Républicains et Laiques Audois

lundi

26

novembre 2018

Un échec que je voudrais faire transformer en réussite

Ecrit par , Posté dans Non classé

Il ne doit pas exister beaucoup de Français qui ignorent le nom de BARBES, tant il y a de rues, de boulevards et d’avenues qui portent ce nom. Peu de personnages sont aussi connus et si peu savent qui il fut.

Armand Barbès n’a pas publié de livres, il a agi. Il a aussi communiqué avec beaucoup de personnes de son siècle et ses lettres nous livrent sa pensée, éclairant ses actions. Mon ami Paul Tirand a publié sa correspondance avec George Sand, provenant des Archives russes (Ed. L’Harmattan) et Michelle Perrot avait publié, en 1999 je crois, « Sand, Barbès. Correspondance d’une amitié républicaine, 1848-1870 » aux Ed. Le Capucin.

Son activité militante en faveur de la République l’avait emmené en prison à plusieurs reprises. Il fut même condamné à mort, avant que cette condamnation ne fût commuée en détention à vie, et qu’il fut député de l’Aude en 1848, exilé à la proclamation de l’Empire et mort à La Haye deux mois avant la proclamation de la IIIè République. Comme il existe une littérature sur sa vie militante et républicaine, je renverrai à celle-ci.

Son père, médecin militaire, né à Capendu dans l’Aude, en mission à la Guadeloupe épousa une demoiselle Berbas (cela ne s’invente pas !) et Armand naquit à Pointe à Pitre en 1809. Il vint dans l’Aude jeune et s’impliqua très activement dans la vie politique dès avant 1830. Il vécut dans le domaine de Fourtou, à Villalier, que son père avait acquis. Le tombeau de la famille Barbès existe encore dans le cimetière de Villalier, témoignage de leur implantation dans ce village, proche de Carcassonne.

Dans la cour de la ferme de Fourtou il y a la maison dans laquelle Armand vécut son enfance. Un ancien ouvrier agricole qui avait travaillé dans ce domaine me dit un jour que dans les années 1970 il y avait encore des meubles dans cette maison… Je ne sais plus aujourd’hui !…

En 1885 son corps, ses cendres, furent inhumées à Fourtou, un tombeau étant érigé avec l’accord du maire de Villalier dans une parcelle, un tertre, à la limite du domaine. Il n’y a aucune indication de cela et peu savent le lieu. C’est un lieu pratiquement abandonné, en tout sans aucun entretien, les propriétaires actuels ayant opté pour le tourisme dans les cabanes en bois de la forêt environnant la ferme.

À mon retour dans l’Aude, j’eus du mal à localiser ce tombeau et je m’indignais de l’état d’abandon où je le trouvais. Alors je décidai d’alerter le Ministère de la culture pour faire classer le site comme lieu de mémoire. Ce fut en 1990. Après avoir rencontré la fille de la propriétaire, la mère étant dans une maison de retraite, je vis qu’elle n’avait aucun pouvoir. La Direction des Affaires Culturelles de Montpellier, alertée par le Ministère, découvrit le site et me déclara être prête à faire ce classement, à subventionner la Mairie pour l’entretien et même pour l’achat de la parcelle, mais qu’ils ne pouvaient rien faire sans l’initiative du Maire de Villalier.

Mais je me suis heurté à l’inertie du Maire d’alors et, puis, de plus en plus, à son opposition à mon projet à mesure que mon insistance grandissait. J’ai relancé à plusieurs reprises cette affaire, avec le soutien moral du Conseiller Général du Canton, qui était communiste, mais qui ne voulait pas s’opposer au Maire du village. Je dois avouer mon échec et la lassitude qui m’a envahi avec l’âge. A un moment j’ai envisagé envoyer à Pierre Nora mon dossier, lui qui avait publié sur les lieux de mémoire… Je vais le faire maintenant pour que cela puisse avancer…

Il m’est resté la sensation d’échec, pas simplement au plan personnel, mais, à voir se détériorer le cadre du tombeau et le tombeau dans l’indifférence des élus. Le Conseil Général me disant qu’ils ne pouvaient rien faire sans l’action du Maire, le député socialiste d’alors comme la majorité du Conseil, le Maire étant permanent (employé) de la Fédération Socialiste de l’Aude. Un ancien Président du Conseil Général à qui j’exprimais la situation ironisa quand je lui disais s’il fallait m’adresser à la droite pour avancer : « Peut-être que oui ! »

En octobre 1998 un colloque sur Barbès eût lieu à Carcassonne. A la pause-café je m’adressai à Michelle Perrot, qui le présidait, pour lui dire mon désir. Elle me donna la parole à la reprise des travaux et j’exposai mon action pour le classement du tombeau (p. 60 des actes du Colloque). Elle demanda aux organisateurs de lui faire visiter le tombeau, ignorant son existence et pourtant si proche. A la fin de colloque Mme Perrot lut un texte, qu’elle avait rédigé et qu’elle fit approuver à l’unanimité par les historiens présents, émettant « le vœu  que le tombeau de Barbès soit rendu plus accessible au public et mieux signalé afin qu’il redevienne un lieu de mémoire, éventuellement intégré aux visites scolaires et touristiques et objet reconnu du patrimoine régional et national » (p. 258 des actes du Colloque).

Cette demande avait déjà été faite en février 1948 par le Conseil Municipal de Villalier unanime. L’Assemblée Nationale avait proposé, suite à cette demande, ce classement. Si la Mairie d’alors contacta la propriétaire du domaine à cette fin, face au refus de la propriétaire, elle n’alla pas plus loin et tout resta en état.

Cette publication est comme une bouteille à la mer lancée pour qu’enfin Armand Barbès ait un tombeau digne du militant qu’il fût.

Raymond Beltran en novembre 2018

 

(Extrait de mon ouvrage « Témoignages et Réflexions » en cours de publication aux Ed. EDILIVRE)