Républicains et Laiques Audois

mardi

29

avril 2008

Spiritualité sans religion

Ecrit par , Posté dans Non classé

La spiritualité est vie de l’esprit. Elle dépasse la matière mais se développe sur les éléments matériels qui supportent l’esprit.

Mais est-ce que la spiritualité doit se confondre avec la pratique d’une religion, comme on cherche à nous le bassiner ? N’y a-t-il d’esprit que dans la religion ?… L’esprit, la conscience, la vie hors de l’instinct, l’intelligence et la raison, le sentiment, l’art… tout cela n’existe pas si la religion ne le guide ni le contrôle ?…
Faut-il confondre mysticisme et spiritualité ? Doit-on confondre spiritualité et recherche d’un au-delà par imprégnation religieuse ? Ne peut-on pas s’interroger sur la place de l’homme dans la nature, dans la société, dans la construction d’un avenir qui engage en commun, solidairement, les civilisations ? La philosophie, l’étude des sciences doit-elle être encadrée par les religions ?… La vie de l’esprit est-elle inexistante hors des églises ou des croyances ?
Faut-il solliciter le bouddhisme pour constater une spiritualité incontestable qui n’a pas besoin d’une croyance en un Dieu mais qui s’appuie sur une conception de la vie par rapport à la nature ? Il consiste en une recherche du bien en harmonie avec la nature. Pour comprendre et se dépasser, il utilise des méditations fréquentes, d’une profondeur que l’on ne doit pas sous-estimer à partir d’enseignements des maîtres anciens.
Un athée est-il dans l’impossibilité d’une vie spirituelle ?… N’y aurait-il d’esprit hors du domaine religieux ?… Un athée serait-il « l’être qui s’est réalisé sur le plan biologique et psychique mais qui reste incapable d’accéder à l’existence supérieure d’une personnalité à l’image de Dieu. Un être qui, au total, demeure le simple représentant d’une espèce animale un peu supérieure à celle d’un canard » ? (La Voix de la cathédrale, bulletin paroissial de St Etienne à St Brieuc, le 20 avril 1952)… C’est vrai qu’on a oublié la nature des attaques caricaturales produites contre la laïcité, y compris après la période chaude entre 1880 et 1914 !
Reprenons encore cette citation : « Du point de vue philosophique et scientifique le plus rigoureux, l’homme laïque, l’homme des marxistes, des francs-maçons, de tous ces tarés et non évolués de la libre pensée, est un monstre dont le développement s’est trouvé arrêté à un stade inférieur ». (Ibid, cité par Guy Betchel, docteur en histoire, dans « La chair, le diable et le confesseur », publié chez Plon en 1994)
Peu de curés de paroisse oseraient encore écrire de nos jours ces choses (même si certains le pensent toujours). Elles ont été publiées dans des temps pas si éloignés de nous. En dehors de l’adhésion au religieux n’y aurait-il que des abrutis et des gens bornés intellectuellement ?
Nous ne dénions pas à des penseurs religieux d’avoir atteint une vie spirituelle pleine. Certains l’ont fait dans la recherche d’une ascèse, hors de l’emprise de la matière, en s’isolant dans un ermitage. D’autres l’ont fait par une immersion dans la vie sociale, inspirée par la recherche du bien, l’approfondissement de soi et le dévouement aux autres…
Mais n’y a-t-il aussi des humanistes athées, comme Albert Camus et d’autres… Je ne veux pas en citer tant ils sont nombreux, qui ont rayonné par leur pensée et qui ont influencé d’innombrables disciples ou lecteurs de leurs réflexions fécondes ! Seraient-ils au niveau des canards parce qu’ils ne voulaient pas s’inféoder à un dogme ? Peut-on penser qu’ils se seraient amputés d’une partie de leur cerveau parce qu’ils voulaient faire usage de leur raison ?
Les laïques n’auraient pas accès à la spiritualité, nous dit-on encore, comme si la liberté était une entrave et que seule la pensée dirigée par l’église permettrait de dépasser la matière, parfois de la nier, et d’atteindre la conscience.
Qu’il s’agisse de morale laïque (notre précédente réflexion) ou de spiritualité, les religions campent sur un domaine qu’elles veulent se réserver. Elles cherchent à exclure de ce terrain ceux qui se situent en dehors d’elles. Là où mysticisme et spiritualité se superposent, on trouve aussi, faute de libre arbitre, intégrisme vengeur et fermeture sur soi.
L’humanisme est notre choix parce qu’il est accueillant aux autres, ouvert à ceux qui sont sincères dans leur démarche personnelle et qu’il est tourné vers un avenir de progrès. Rien en lui ne nous empêche de nous poser des questions, de pousser nos interrogations sur l’homme et développer en somme une spiritualité tout autant valable que celle des autres.
Raymond BELTRAN
Le 29 avril 2008