Républicains et Laiques Audois

mardi

20

janvier 2015

Remarques réactives

Ecrit par , Posté dans Non classé

L’actualité me faire réagir sur deux points : les manifestations contre Charlie dans les pays musulmans et la réaction qu’un sondage révèle de la condamnation par des Français de ces caricatures.

La comparaison est frappante. Dignité, mesure et expression d’unité des Français dans leur diversité politique, confessionnelle et culturelle dans les manifestations. Fanatisme et hystérie des manifestants dans les pays musulmans qui condamnent la représentation graphique du prophète.

Ils réclament le respect de leur religion en France, mais ils s’attaquent aux chrétiens de leur pays, citoyens et originaires du même pays, leurs concitoyens, et brûlent leurs églises au Niger, parce qu’ils les accusent, étant chrétiens, de coresponsabilité dans la publication de Charlie en France.

On peut se demander combien de ces manifestants du Niger, du Pakistan, du Yémen, de Tchétchénie, etc. ont vu ce dessin. Leur réaction n’est pas spontanée. Elle résulte d’une mise en condition, d’un échauffement préalable par un discours haineux contre un Occident qui est le bouc émissaire des responsables religieux locaux. En canalisant les mécontentements sociaux contre cet Occident à la fois envié et haï, ils les détournent de la corruption qui les asservit chez eux.

Car, malgré les dénégations naïves de certains chez nous, nous sommes bel et bien en guerre. Elle n’a pas été déclarée ici et contre eux. Elle a été, et elle est toujours proclamée par les discours djihadistes. Et si nous ne sommes pas en guerre contre les musulmans, que nous ne rendons pas responsables des attentats, il y a des constats qui peuvent nous troubler dans le peu de réciprocité que nous renvoient les pays musulmans, lesquels en plus ne sont pas un modèle ni de liberté ni de respect du droit d’expression ou de croyance.

En paraphrasant Miguel de Unamuno en 1936, je dirais que les djihadistes veulent nous vaincre mais qu’ils ne peuvent pas nous convaincre. S’ils arrivent à nous faire instaurer des limites dans nos libertés, par esprit de conciliation, l’escalade de leurs exigences ne fera que se développer.

Je ne peux pas oublier W. Churchill, qui disait après les accords de Munich de 1938 qui laissèrent les mains libres à Hitler pour annexer les Sudètes et envahir la Tchécoslovaquie ensuite : « les démocraties ont eu le choix entre le déshonneur et la guerre. Elles ont choisi le déshonneur et elles ont eu la guerre ». Tout signe de faiblesse dans la préservation de nos libertés sera interprété comme une victoire du djihad et entraînera plus d’exigences de leur part sans arrêter pour autant ni les attentats ni la menace terroriste.

Le Coran interdit la représentation d’idoles qui pourraient devenir objet d’adoration et en conséquence donner vie par l’image à des êtres humains ou à des êtres vivants, car ce serait vouloir copier ce qui est du domaine du seul Allah. Mais les chiites ont fait souvent des représentations du prophète et même des illustrations de celui-ci dans les enluminures de la vie de Mohamed. Cela s’est aussi produit en Turquie.

Par ailleurs, j’ai vu dans un site de journal étranger une BD publiée en arabe, il y a une cinquantaine d’années, mettant en action Mohamed et ses disciples, les représentant ainsi. Aucune protestation n’a eu lieu alors.

Les photographies, notamment des mollahs iraniens, affichées partout en Iran, ne semblent pas poser problème. L’arrivée du cinéma filmant des personnes et des êtres vivants ne semble pas avoir posé de question. Pourtant ceci est plus proche de l’interdiction du Coran que l’interdiction ne visant que le prophète, qui ne figure nulle part dans le Coran mais seulement dans la tradition (les hadiths), plus suivie par les sunnites que par les Chiites.

Certaines réactions à mes papiers antérieurs (une en particulier) désespèrent de voir se moderniser l’Islam. Les fondamentalistes ont réussi en France à se rapprocher de la pratique et de l’habillement du Proche et du Moyen Orient, aidés pour cela par la littérature wahhabite et l’argent provenant d’Arabie et arrivant dans les mosquées. Ils étaient aidés aussi par la télévision de là–bas. Ils ont évité de se concentrer sur l’adaptation à la vie occidentale. Ayant érigé en modèle cette pratique orientale, ce n’est pas étonnant que des jeunes sans repères soient attirés par le djihad qui les appelle de là-bas. Ils partent en guerre contre les valeurs occidentales. Il paraît qu’en Afrique, Boko-Haram signifie « la civilisation (occidentale) n’est pas licite » !…

Puisque j’ai cité Boko-Haram je ne peux pas passer sous silence les enlèvements de femmes et de filles qu’il pratique régulièrement pour les rendre esclaves et les crimes par centaines qu’ils viennent de commettre en rasant un village et ses alentours au Nigeria. Cela devient tellement habituel qu’en dehors d’un récit indigné des médias personne ne réagit plus. Il est vrai qu’ils sont mieux armés que l’armée nigériane grâce aux rançons perçues et aux armes qui viennent de Libye. Personne ne réagit pas plus que pour le massacre des 141 enfants d’une école du Pakistan, qui étaient enfants de militaires, mais qui avait surtout le tort d’être scolarisés et avides d’instruction.

Pour conclure je voudrais me référer à la « Lettre ouverte au monde musulman » publié par Abdenour Bīdar, philosophe spécialiste des évolutions contemporaines de l’islam. Il est dommage qu’elle n’atteigne qu’un cercle limité de musulmans. C’est un appel à un Islam de progrès et d’adaptation au monde moderne afin de participer à nouveau au progrès culturel et scientifique de l’humanité, comme ce fut le cas auparavant et comme ce n’est plus le cas depuis plusieurs siècles. Dans l’enfermement actuel sur le passé il n’est pas étonnant, pour lui, que l’Islam soit le siège d’extrémismes réactionnaires, des monstres prônant le djihad.

Raymond Beltran
le 20 janvier 2015