Républicains et Laiques Audois

samedi

17

janvier 2015

Quelques clarifications

Ecrit par , Posté dans Non classé

L’entrecroisement des arguments que l’on entend à propos de certaines questions d’actualité me semble demander un peu de bon sens pour arrêter toutes ces confusions.

En commençant par les crèches (question déjà dépassée par le temps), je dois dire mon étonnement en lisant et en écoutant les partisans de ces crèches publiques dire qu’on voulait les faire disparaître alors qu’elles font partie de notre culture. Car, à mon sens, personne n’a demandé qu’elles soient supprimées, y compris du domaine public visible. Ce qui a été demandé par respect de la loi du 9 décembre 1905, dite de séparation des églises et de l’État, c’est qu’elles ne soient pas installées dans des édifices institutionnels (mairie, préfecture, conseil général, etc.) ni payées sur des fonds publics.

C’est le non-respect de la loi en Vendée et à Béziers qui a fait réagir les défenseurs de la laïcité. Rien n’empêche les manifestations publiques autour des crèches si elles sont organisées et payées par des fonds privés et si elles sont conformes à la loi en matière d’ordre public.

En voulant faire de l’affaire des crèches une affaire d’intolérance de ceux qu’on tache de « laïcards » on a voulu jouer sur la confusion et il est triste de voir combien de citoyens se laissent entraîner par des arguments fallacieux sans réfléchir ni s’informer. En ce moment où la laïcité est louée presque unanimement face aux attentats liberticides, clarifions les choses et arrêtons de laisser faire l’insidieuse accusation d’intolérance pour la discréditer.

Continuons par l’affaire de la représentation graphique du prophète. Si, bien que cela n’est pas été toujours interdit et que le Coran ne l’interdit pas, c’est un usage (hadith) bien établi et respecté par les musulmans, surtout les sunnites.

Rien de cette interdiction religieuse ne peut concerner des non musulmans mais l’extravagance des réactions est telle que l’on prétend interdire à tout le monde ce qu’il n’est interdit religieusement qu’aux musulmans. C’est là que la liberté d’expression est attaquée. Car si la liberté d’expression est limitée par la loi c’est pour éviter insultes, injures publiques, etc. Mais le non-respect d’une injonction religieuse musulmane, comme une représentation (d’ailleurs arbitraire car il n’y a pas de modèle) du prophète, ne peut être considérée comme un délit. Ni pour les musulmans, la loi n’ayant pas à connaître leurs obligations religieuses, ni a fortiori pour les non musulmans.

La loi républicaine n’interdit pas de critiquer une religion. Dans un État laïque, les institutions sont neutres mais les citoyens sont libres de leur opinion et de leur expression dans le cadre de l’ordre public à respecter. La République n’a pas de vocation à promouvoir les religions, ni une religion qui deviendrait alors officielle, mais elle « assure la liberté de conscience », et, en conséquence, la loi du 9 décembre 1905 précise qu’« Elle garantit le libre exercice des cultes, sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public » (article 1), avant d’ajouter dans son article 2 que « la République ne reconnaît ni salarie ni ne subventionne aucun culte ».

Là aussi, la même attaque sournoise apparaît en filigrane : accuser d’intolérance ceux qui demandent le respect de la loi par souci de ne pas faire de l’« d’islamophobie », mais en fait pour imposer ce qui relève de la conviction personnelle des croyants musulmans, à toute la population des autres croyants et des athées de toute origine. Où est l’intolérance ?…

Il paraît qu’en Angleterre on veut supprimer les petits cochons des livres pour enfants pour ne pas choquer les musulmans !… Faudra-t-il censurer « Les trois petits cochons » en France ?… Le ridicule ne tue pas et le prétexte de ne pas provoquer les religions (en fait seulement l’Islam) est une manière de plier sous le chantage et de laisser progressivement imposer à tous la loi islamique. C’est donner raison à ceux qui assassinent leurs ennemis. C’est laisser gagner les mitraillettes contre les crayons et les plumes.

Sur la liberté d’expression, je répète que, comme toutes les libertés, elle est encadrée par la loi. Ce qui veut dire que l’on est libre de penser et de dire, mais que l’on est responsable de ce que l’on dit. On ne peut pas dire n’importe quoi et si ce qu’on dit est répréhensible on peut avoir à en rendre compte devant la justice si cela constitue un délit.

La question avec Charlie hebdo n’était pas d’être d’accord avec ses idées ou sur la façon de les exprimer, mais de refuser qu’on les tue pour la seule raison que l’on n’était pas d’accord avec eux. C’est ainsi qu’il a été un symbole de la liberté d’expression et que les meurtriers sont le symbole de l’intolérance. Si je n’ai pas d’obligation d’être d’accord avec leurs idées, je n’ai pas le droit de leur refuser le fait qu’ils étaient libres de les exprimer, responsables seulement devant la loi et j’admire qu’ils aient eu le courage de tenir face au terrorisme qui les menaçait et qui s’était arrogé le pouvoir de les censurer et les tuer.

Ils ont été le courage face à la bêtise. Je m’affirme solidaire avec ce qu’ils représentent en défense des libertés, en résistance et en victimes à la fin, face à un crime accompli au nom d’une religion et je me sens concerné quand ils affirment l’importance de défendre la laïcité menacée par l’intégrisme musulman.

Il est inconcevable que l’on veuille mettre à égalité la liberté de critique et l’apologie du terrorisme, l’humour, même s’il est provocateur, avec l’assassinat des humoristes. Dire et expliquer l’action des terroristes pour telle ou telle raison c’est justifier que l’individu peut s’ériger en justicier s’il invoque une conviction religieuse et que cela le mettrait au-dessus de la loi.

Il faut éviter que les musulmans soient tous pris comme des terroristes. Mais ils ont mis du temps à comprendre que les comportements des terroristes devaient être dénoncés et en particulier quand ils visaient des juifs. Que les juifs français ne sont pas responsables de la politique du gouvernement israélien, comme les musulmans français ne sont pas responsables des crimes de Boko Haram, de l’État islamique ou des taliban.

Il faut, comme cela s’est fait spontanément ces derniers jours, l’unité des Français pour défendre la république et les valeurs républicaines, dont la laïcité, qui ne sépare pas juifs, musulmans, chrétiens et athées, lesquels sont français. Il faut que cette unité sans faille soit durable. À chaque victime nouvelle du fanatisme, de l’obscurantisme qui vise une catégorie de Français en tant que telle, il est nécessaire que l’on ne se contente pas seulement de les qualifier victimes de la xénophobie, de l’antisémitisme mais que ces agressions soient condamnées par tous. Le sursaut doit durer et ne pas redevenir sélectif et partisan.

Sursaut à dépasser les clivages politiques d’une classe politique qui a dû s’effacer incapable de le provoquer. Il a été sans faille, spontané, et l’appel de l’État le canalisant ensuite, a consacré l’unité républicaine. On a entendu enfin que les Français s’étaient mobilisés pour défendre la démocratie et les libertés dans une nation laïque et responsable. Évitons maintenant les arguties qui divisent et restons dignes de ce que la France a exprimé dans une solidarité à laquelle le reste du monde s’est associé et dont l’importance a montré l’universalité de nos valeurs. Valeurs qu’il faudra défendre toujours contre toute mise en cause nouvelle, car il y en a aura d’autres inévitablement.

Raymond Beltran
le 17 janvier 2015