Républicains et Laiques Audois

mardi

30

décembre 2014

Partir de l'existant

Ecrit par , Posté dans Non classé

Au moment où un nouvel an commence il est d’usage de faire des vœux. Leur banalité l’emporte souvent sur leur précision. Chacun a ses préoccupations et l’on ne peut pas les embrasser toutes avec un regard personnel.

L’actualité sortie de la quotidienneté qui est l’objet de mes écrits m’a amené à revenir sur un sujet qui m’a souvent attiré, que j’ai abandonné parce qu’il m’a semblé sans espoir, je veux parler du conflit israélo-palestinien ou palestino-israélien.

J’ai souvent été partisan d’une realpolitik qui a souvent suivi les opinions d’Édouard Saïd, avec deux états souverains, faute de réaliser le pays arabo-juif, laïque, qui est devenu impossible depuis longtemps. J’ai souhaité aux deux parties assez de lucidité pour renoncer à des revendications extrêmes que l’on sait irrecevables pour l’autre partie.

À plusieurs reprises, après les accords d’Oslo, l’on a été près d’une solution. Chaque fois l’une de ces revendications a bloqué le processus. Que d’occasions perdues !…

Le retour des familles arabes exilées après la guerre de 1948, qui avait voulu rejeter les juifs de la « Terre promise » par la déclaration Balfour en 1917 et que l’ONU venait d’officialiser, ce retour ne pouvait pas être admis par Israël. Doubler sa population avec quatre ou 5 millions d’Arabes supplémentaires, sortis des camps de réfugiés et formés à la revanche contre Israël, ne pouvait pas être admis par un gouvernement responsable de 4 millions de juifs et 1 million d’Arabes israéliens sur place. Cela aurait été suicidaire et il était impensable que ce fut accepté par Tel Aviv. Ce fut, si je ne me trompe, car je cite de mémoire, ce que fit capoter la négociation de paix à Akaba.

La situation a-t-elle évolué depuis ?… Tellement… qu’il ne semble plus possible de trouver un accord !… Établir des responsabilités entre palestiniens et Israéliens ?… À quoi cela servirait-il si on veut avancer ? Mais je veux insister sur les années perdues, les occasions perdues avec la seule raison de vouloir calmer les exigences des extrémistes des deux côtés qui imposaient toujours l’exigence qui faisait tout capoter !…

Où en sommes-nous maintenant ?… La Cisjordanie est devenue un gruyère de colonisations juives. La Palestine n’a pas, ou plus, de viabilité économique et ne vit que des subsides européens ou autres, dans une dépendance absolue d’Israël. Quel État palestinien peut être viable dans ces conditions ? Où en sont les frontières de 1967 revendiquées à un moment donné par les Palestiniens face à cette réalité ?… Jérusalem : capitale partagée dans ce climat d’opposition et de colonisation juive massive ?…

Si un accord, même a minima, avait eu lieu dans les années favorables suivant Oslo, les colonisations auraient-elles été aussi massives ? Le vieux rêve d’Israël d’annexer la Cisjordanie se serait-il poursuivi sous forme d’implantation de colons ! Si une paix armée avait-été possible alors, les maximalistes juifs auraient-ils pu orienter la politique israélienne vers le blocage actuel sans autre issue que le rejet par Israël de ce qui n’est pas juif ?…

Je n’ignore pas cette politique du talion aggravé pratiquée par le gouvernement israélien et je condamne les violences que cela entraîne, même si les ripostes viennent en réponse aux provocations du Hamas. Aucun pays ne supporterait sans réagir de recevoir des fusées explosant au milieu des civils. L’irresponsabilité du Hamas a pour conséquence de provoquer des destructions massives et des pertes civiles dans la propre population palestinienne qu’il est censé protéger, au milieu de laquelle il se dissimule. Israël a tort dans le manque de mesure de ses frappes. Doit-on dégager pour autant le Hamas de toute responsabilité ?

Dès 1948 les choses étaient mal engagées. L’implantation d’un État juif en Palestine, décidée par l’ONU, mais refusée par les Etats arabes, les fit se déclarer en guerre contre le nouvel État. Ils furent battus militairement et l’exil d’une majorité de palestiniens arabes facilita cette implantation, mais ce fut, pour les exilés, le début d’une longue histoire dans des camps de réfugiés précaires et provisoires qui durent encore.

Des deux côtés ce fut « eux ou nous ! » Et les tensions demeurent depuis sur la même base. Mais, après plus de 60 ans ne peut-on pas prendre en compte la réalité du terrain aujourd’hui ! Peut-on encore penser politiquement que l’on va pouvoir expulser par la force les juifs qui vivent en Israël ? Peut-on penser que l’on ne peut pas vivre en paix avec les voisins arabes et développer alors une coexistence, une « convivence »(1) authentique ?

Au lieu de donner des gages aux extrémistes qui entretiennent réciproquement attentats, colonisation des terres palestiniennes et action militaire ne serait-il pas possible d’avancer dans une réconciliation qui supposera des sacrifices, dont la destruction des implantations juives illégales en contrepartie de la reconnaissance pleine d’une légalité d’Israël avec les frontières de 1967 ?… Cela permettrait alors des projets économiques de développement commun et pas seulement de reconstruction vouée à une nouvelle destruction dès qu’arrive la crise suivante !…

Irresponsabilité des Etats arabes qui ont parqué les palestiniens dans des camps, refusant leur intégration et les encourageant à garder intacte la haine contre un occupant qui est devenu incontournable avec le temps. Cela facilitait leur politique régionale, favorisait une unité de façade, mais cela n’aidait pas à trouver une solution à leurs problèmes. Irresponsabilité d’une éducation basée sur la haine réciproque. Des réfugiés arabes assistés, marginaux dans les pays arabes d’accueil, quand ils n’ont pas été des victimes de leurs frères comme pendant le septembre noir de Jordanie !…

Les nationalismes qui se réfèrent à des siècles de batailles anciens, qui oublient les périodes de « convivence »(1), on a su en Europe ce que la cela signifiait et le mal que les déplacements démographiques intervenus avant comme après la guerre de 1945 ont fait dans la mémoire des populations concernées…

Dans la prise en compte de la réalité actuelle, sans la mise au pas des extrémistes des deux bords, sans le retour en arrière sur les colonisations, sans la coordination économique et politique entre la Cisjordanie, la Jordanie et le Liban, entre Gaza et l’Égypte, les morts continueront à se compter et personne ne pourra envisager des solutions d’avenir.

Par ce que je suis optimiste par nature, je ne peux pas me satisfaire de ce que je constate. Par ce que je suis optimiste, je ne peux pas croire qu’on n’avancera pas et que les Etats voisins ne finiront pas par imposer un accord avec Israël, qui soit raisonnable, et qui envisage enfin un avenir commun à cette région. On sait combien pèse contre cette solution la présence islamiste et la puissance du fanatisme religieux qu’elle sait entraîner. Mais, n’est-ce pas devant cette menace commune que le sursaut politique peut aussi déterminer une réaction bénéfique de défense cherchant également des garanties sur le futur ?

Cela ne se fera pas sans l’implication diplomatique des voisins arabes et sans un accord international garanti aussi par de grandes puissances et soutenu par une force militaire efficace. Il faudra que l’Iran admette aussi que son aide au Hamas ou à l’Hezbollah libanais affaiblit en pure perte les gouvernements de la région et que ceci est contre-productif en matière de paix.

Voilà ce que je n’ai pas osé espérer pour l’année 2015.

Raymond Beltran le 30 décembre 2014 N.B. (1) Le mot « ‘‘convivence » » est admis par l’Académie Française depuis avril 2004.