Républicains et Laiques Audois

vendredi

24

février 2012

Parrainages

Ecrit par , Posté dans Non classé

La démocratie voudrait, d’après ce que l’on entend, que tout citoyen puisse être candidat à la Présidence de la République. Je suis étonné que cela se dise et se répète dans les média, sans attirer de contradiction. Il suffit d’un peu de bons sens pour constater que cet argument relève de la démagogie.

A quoi sert-il alors d’exiger des parrainages parmi les 47 000 élus qui ont la possibilité de proposer ces candidats ? Ils devraient les donner à tous ceux qui les sollicitent ? S’il ne fallait pas de frein ni de tri, il n’aurait pas été nécessaire de demander une présentation : les candidatures auraient dû être alors automatiques. Les parrainages ne seraient donc que de la pure et simple bureaucratie inutile. Or il se trouve que ce n’est pas le cas.

Le bon sens comme la pratique ont montré que toutes les élections ne sont pas au même niveau et que l’accès au suffrage passe par des formalités particulières que les lois organiques ont fixées pour chaque cas.

Commençons par la pratique. Après la loi référendaire de 1962 fixant l’élection du Président de la République au suffrage universel, 100 signatures étaient nécessaires pour valider une candidature au niveau présidentiel.

Cela avait pour but d’exiger des candidats une représentativité qui dépasse le cadre local de quelques copains quant on voulait prétendre à une fonction où l’on avait à gouverner la France et la représenter. L’on voulait éviter le ridicule, qui ne manqua pas d’arriver cependant…

C’était un minimum d’exigence… Mais c’était sans compter avec la démagogie et l’absence de compréhension de ce qu’est la démocratie, suivie d’une manipulation dialectique.

« Tout le monde a le droit de devenir Président de la République » est un slogan piège, un principe sympathique mais irréel dans un vote dans lequel interviennent plus de 40 millions de citoyens. Le bon sens suffit à remarquer que l’on quitte terre en jouant sur ces affirmations péremptoires et en en faisant des principes d’une démocratie que l’on ne sait plus définir clairement.

Cette élection permet une tribune médiatique qui attire ceux qui, sachant qu’ils n’ont aucune chance d’être élus, veulent cependant bénéficier de la publicité gratuite permise par leur seule présence au vote. Comparativement au prix de la publicité à la TV pour quelques secondes… il est rentable d’en profiter… longuement, pendant un mois, sans avoir à payer quoi que ce soit.

L’on a vu ainsi un candidat pleurant lors de son passage à l’écran n’ayant rien à dire… aussi celui qui prônait la lévitation comme programme et d’autres… que je n’ai pas souhaité recenser mais qui ont brillé par leur ridicule et…qui avaient bel et bien eu ces 100 signatures de complaisance pour contourner la loi dans son esprit et se présenter légalement dans la forme. Même des candidats soupçonnés parler au nom d’une association sectaire ont pu s’exprimer sur nos chaines télévisuelles et développer librement leurs thèses.

C’est ainsi qu’une loi organique modifia en 1976 l’exigence initiale et la fit passer à 500 signatures de présentation ou de parrainage, dans 30 départements différents avec un maximum de 50 par département. Elle aurait dû arrêter ce détournement de démocratie qui avait été constaté dans les élections précédentes.

Le principe qui avait guidé le législateur était simple : à l’élection présidentielle au suffrage universel ne doit pas se présenter n’importe qui, s’il ne cherche qu’à parler de lui ou de choses sans rapport avec la vie nationale ou au nom d’une minorité très faible de gens. Ceux qui se présentent doivent représenter un courant politique implanté nationalement, ayant une représentation nationale leur donnant une assise indiscutable. Il s’agissait d’écarter les fantaisistes, les marginaux et garder à cette élection le sérieux qui correspond à la dignité de la fonction postulée.

On pouvait penser que tout candidat « représentatif » avait derrière lui au moins 500 élus (sur 47 000… Il y a 36 600 maires en France) qui le soutenaient et appuyaient sa candidature sur toute la France. Il ne semble pas que l’on ait à quémander au hasard les signatures des maires, ni qu’il soit nécessaire de mettre les maires sous pression, sous prétexte d’un manque de démocratie de leur part, s’ils ne leur permettaient pas de se présenter au suffrage !

Ce nombre de parrainages devait avoir un effet dissuasif… et pourtant, la pression démagogique agissant, tant de candidats pittoresques, qui avaient obtenu les appuis nécessaires sans difficulté, ont exposé leur égo dans les écrans de TV depuis 1976 !…

Je ne comprends pas comment un parti qui prétend représenter 20% de l’électorat n’aurait pas 500 élus dans les communes, départements, régions, Assemblée Nationale, Sénat, et Parlement Européen pour le soutenir… D’autres, par contre, qui ne représentent pourtant que 1 à 2 %, obtiennent les signatures utiles, qui leur procurent aussitôt une avance de 153 000 € sur les frais de campagne. En 2002 il y avait 16 candidats et tous n’ont pas fait campagne, hors TV ou radios, ni fait imprimer les bulletins de vote !

Je ne vois pas pourquoi les maires des communes rurales se verraient culpabiliser parce qu’ils ne veulent pas signer pour n’importe qui, qu’ils ne soutiennent pas. Celui qui n’a pas une assise locale suffisante n’a pas à être favorisé comme si sa présence était une exigence de démocratie. S’il n’a pas les militants qui le défendent et le poussent ce n’est pas aux autres de l’aider à atteindre les feux médiatiques.

Que gagnerait la démocratie (au niveau national) à favoriser la candidature des buveurs de bière, des chasseurs, des joueurs de boules, des amateurs de foot, etc. en les faisant élire à ce titre particulier dans une fonction où l’intérêt général est primordial ?

Il est consternant d’entendre dire que les maires devraient pouvoir cacher leur parrainage afin de le donner avec plus de laxisme !… C’est une confusion grave avec la nécessité pour le citoyen de garder secret son vote pour être libre, alors que l’élu a des comptes à rendre à ceux qui l’ont élu. Il ne peut pas cacher son action et s’il n’est pas d’accord avec ses électeurs il doit assumer les conséquences et s’en expliquer avec eux. Il serait démocratiquement absurde de l’encourager à cacher les actions qu’il exécute dans le cadre de son mandat.

Je suis abasourdi de la démagogie que cette question a pu développer. Mais je ne suis pas surpris de la méconnaissance de ce qu’est une démocratie et de ses règles, car je dénonce depuis un certain temps cette méconnaissance, un des problèmes de notre société.

Sans recourir au juridisme j’approuve la décision du Conseil Constitutionnel refusant l’anonymat des présentations et j’espère que cela permettra de réfléchir encore à ceux qui crient au manque de démocratie, mais qui voudraient permettre à des guignols, qui n’ont rien de commun avec ceux de Canal +, d’encombrer un débat qui doit demeurer sérieux.

Raymond BELTRAN
Le 24 février 2012