Républicains et Laiques Audois

jeudi

24

avril 2008

Morale sans religion

Ecrit par , Posté dans Non classé

Il y a une expression religieuse défensive. Les religions se jugent seules à pouvoir maintenir les personnes dans un cadre moral.

Selon elles, sans les directives religieuses, qui découleraient de la volonté de Dieu, personne ne pourrait avoir un comportement moral. Heureusement, pour les chrétiens, qu’il y a les Dix commandements et les freins de la religion pour tempérer les excès humains… Aussi, dans les « quartiers sensibles » le zèle autour de la mosquée changerait le comportement des jeunes, les préserverait de la délinquance et les impliquerait dans un investissement social et un prosélytisme bénéfique auprès des autres jeunes.
Ce point de vue réduit l’Homme (générique) à la dimension d’une humanité mauvaise par nature en raison d’un péché originel nous ayant fait perdre la béatitude du Paradis. Une humanité qui ne pourrait se régénérer que par l’oeuvre d’un envoyé de Dieu rédempteur ou par l’adhésion à une confession religieuse qui prendrait en tutelle chaque individu et le conduirait dans le bon chemin.
L’argument théologique laisse évidemment de côté toute l’humanité non chrétienne, qui vivant dans des pratiques erronées ne pourrait que rester dans l’erreur. La Vérité ne serait détenue que par l’église catholique. Le Vatican ne manque pas une occasion de le rappeler : il n’y a qu’une religion qui soit vraie, qui puisse sauver l’humanité…
Ainsi, au moins les quatre cinquièmes de l’humanité, qui ne connaissent pas la doctrine chrétienne, la vraie religion, ne pourraient pas avoir une vraie morale. On n’ose pas dire qu’ils sont amoraux, mais ils ne peuvent pas suivre la voie morale juste : Une morale ne pourrait qu’être fondée sur une religion et une morale laïque ne serait qu’une imitation de la morale chrétienne, mais vidée de son sens profond.
Si l’on reste dans le cadre religieux, la morale s’impose par la crainte d’une sanction promise en fin de vie à ceux qui ne respectent pas les règles. C’est une morale de soumission.
Dans la salle commune des Hospices de Beaune, quand, au Moyen Age, ils étaient un hôpital, les lits communs pour trois malades avaient tous une vue sur la fresque du « Jugement Dernier », qui couvrait tout un mur et laissait voir les traitements de l’Enfer pour ceux qui auraient démérité. Les mourants et les futurs mourants, dans leur bouillon de culture nosocomial, subissaient la pression de l’image, même s’ils étaient illettrés.
En partant d’un axiome qui est l’existence d’un Dieu unique, auquel on ajoute le lemme qu’il est bon, qu’il s’intéresse au sort de l’humanité, qu’il veut la conduire dans le « bon chemin », et qu’il suit individuellement le cheminement de chaque personne, on aboutit par un raisonnement simple à des préceptes que les clercs explicitent comme des exigences à remplir. Ainsi se raisonne une morale découlant d’une religion.
Mais, regardons autour de nous : les religieux, les croyants, sont-ils d’une moralité exemplaire ? Ceux qui ne suivent pas des préceptes religieux sont-ils pour autant des êtres amoraux ? Peut-on faire de cette distinction un critère pour comparer la moralité des uns et des autres ? Dès qu’on ouvre certaines portes sur des sujets demeurés longtemps tabous, on peut être édifié sur des pratiques récentes ou anciennes !
N’y a-t-il pas possibilité de prendre conscience de la dignité de l’homme, des valeurs de l’humanité, à partir d’une évolution philosophique s’appuyant sur des racines culturelles « païennes » de la culture gréco-latine et d’autres apports, religieux ou non, qui ont enrichi le parcours de l’homme au long des siècles ?…
Ne pouvons-nous pas comprendre la nécessité de règles pour vivre en société, des façons de vivre ensemble, fondées sur l’expérience cumulée à travers l’histoire ? S’il y a eu des états théologiques de l’humanité, ne peut-on pas en sortir ?… La morale peut découler d’une métaphysique mais ne voit-on pas autour de nous aussi des personnes respectables et honnêtes qui n’ont rien à voir avec telle ou telle religion ?
L’intérêt général ne peut être compris en dehors de la soumission religieuse ? Le fait que l’ajout des intérêts particuliers égoïstes ne fait pas l’intérêt général ne peut pas être compris en dehors de toute considération religieuse ?…
L’acceptation d’une morale régissant notre vie n’est-elle pas avant tout sociale et culturelle ?… Les principes sur lesquels elle se base évoluent avec le temps et ne peuvent pas dépendre d’un dieu éternel qui changerait ses principes à mesure que les années passent. Les influences reçues sont très diverses et ce qui était bon à une époque ne l’est pas des siècles plus tard.
Mais, au-delà des règles sociales transmises il y a aussi des choix personnels. Au-delà des instincts primitifs il y une réflexion que permet la raison critique et qui fait l’évolution des consciences personnelles.
La morale évolue avec l’époque, comme évolue la loi civile. Le comportement digne et honnête ne découle pas de la seule peur de sanctions. Il existe aussi le désir positif d’être reconnu comme tel.
Ce n’est pas parce qu’un laïc respecte ceux qui pensent autrement qu’il n’est pas accessible à des convictions, à des valeurs humanistes qui accompagnent et guident son comportement. Cette base philosophique n’a rien à envier à l’enseignement clérical.
La morale laïque cherchant le bien commun des hommes, l’amélioration des situations, l’élévation de la dignité humaine, la solidarité, la justice, la liberté, etc., est un fait, que ne peuvent pas nier ceux qui voudraient lui enlever existence par des condamnations théologiques.
Comme toute morale, elle demande, bien sûr, un enseignement : L’éducation civique est indispensable pour la répandre. Ce qui avait été compris par les promoteurs de « l’école sans dieu » que l’église combattit dès le début, et que les évêques espagnols combattent encore, face à la formation à la citoyenneté que le gouvernement espagnol a décidé de promouvoir.
Le combat n’est pas terminé : ce qui peut paraître, à priori, comme une position défensive de l’église catholique déniant aux laïques d’enseigner une morale est une forme d’accusation qui dure depuis la mise en place en France de l’école laïque à la fin du 19è siècle.
Raymond BELTRAN
Le 24 avril 2008