Républicains et Laiques Audois

mardi

19

mai 2015

« Martyrs » ou « Héros ratés » ?

Ecrit par , Posté dans Non classé

 

« Martyrs » ou « Héros ratés » ?

Dans mon inculture gréco-latine et dans les lectures passées de ma jeunesse j’ai rencontré un certain Érostrate dans « Le Mur » de Jean-Paul Sartre. La lecture de son nom fut certainement rapide car il ne me reste de ce patronyme que « héros raté » et je dois faire un effort pour l’écrire correctement encore et maintenant en français.

Il est vrai qu’il est resté le modèle de la célébrité négative. Ne sachant, ne pouvant pas acquérir la gloire par des actions positives, c’est par un acte destructeur qu’il voulut atteindre la renommée qu’il était incapable d’obtenir autrement. Et, malheureusement, il l’obtint.

Sartre s’interroge. Le temple d’Artémis à Éphèse qu’il détruisit dans un incendie volontaire, très peu savent qui fut son architecte, mais Érostrate a réussi car, par contre, les gens cultivés connaissent encore le nom de l’incendiaire bien des siècles après. La loi qui interdit alors en Éphèse de prononcer le nom d’Érostrate après son exploit négatif ne put, comme toujours, que contribuer à sa publicité.

Pourquoi revenir sur cette histoire si peu exemplaire moralement ? Parce que, sans s’en référer explicitement, puisque la plupart ne le connaissent même pas, les gestes destructeurs d’un certain nombre des participants à la croisade des islamistes me fait penser à des héros ratés. Ils ont voulu participer à l’entreprise de destruction de la civilisation occidentale et de tout ce qui a précédé l’Islam, mais ils resteront anonymes et ne seront pas des Érostrate mais seulement des « héros ratés ».

Même Érostrate a raté son coup. Car si son nom est connu encore il ne l’est que pour continuer à condamner son action, toujours aussi condamnable des siècles après et, finalement, il n’est connu que dans le cercle étroit des hellénistes, des lettrés et des quelques touristes qui ont écouté attentivement leur guide dans leur visite d’Éphèse.

Il n’est pas un modèle. Il ne suscite pas des émules qui s’inspireraient de lui. Ses équivalents modernes en perversité ne savent même pas qu’il a existé. Ils veulent sortir d’une médiocrité quotidienne par des actions d’éclat. Comme il est plus facile de détruire que de construire ils choisissent la facilité et la célébrité médiatique qui ne dure pas. Anonymes ils étaient. Anonymes ils le resteront quand l’actualité sera effacée par de nouveaux news.

La plupart des gens mènent une vie dont ils espèrent que leurs proches, comme les autres, qui les ont côtoyés, garderont le souvenir de quelqu’un de bien. Quelques-uns, ayant traversé un événement exceptionnel, réagissent en héros. D’autres, dans la même situation, non pas eu ce courage et s’en écartent. Ils sont passifs, là où une minorité a été active. La plupart ne se trouvent pas confrontés à ces circonstances et tous vivent une vie qui ne cherche pas à les faire jouer « le héros négatif » de Sartre.

Réussir sa vie, c’est apporter quelque chose. Un apport ne peut être que positif. L’éclat et le rayonnement ne sont admirables que si cela sert. En général ceux qui veulent être des Érostrate ne sont que des héros ratés.

Raymond Beltran

Le 19 mai 2015