Républicains et Laiques Audois

mercredi

4

juin 2008

L’intérêt général ?

Ecrit par , Posté dans Non classé

Individualisme, égoïsme, corporatisme, ce sont des attitudes que l’on condamne dans l’abstrait, surtout quand on vise les autres. Mais chacun les cultive dans le concret de sa personne

Pour évoquer ce fait la mémoire déborde d’exemples… Tel leader syndical, aujourd’hui à la retraite, claironnait partout « je ne suis pas mandaté pour défendre l’intérêt général ; je suis mandaté pour défendre l’intérêt des salariés que je représente »… Tel élu défend une structure sanitaire par un référendum local « pour faire entendre ce que les habitants veulent » pour contester les arguments économiques et médicaux qui étaient invoqués pour cette suppression, sans en débattre avec les électeurs… On pourrait multiplier à l’infini des récits de défense d’intérêts particuliers.
Les nouveaux projets rencontrent plus facilement des oppositions que des adhésions, même s’ils sont justifiés. Il est plus facile d’être contre que pour. Ce qui est nouveau fait peur et l’exploitation des peurs est plus facile que la défense de ce qui est entré dans les habitudes. L’immobilisme dérange moins : même s’il alimente un sentiment de passivité et d’enfoncement qui aboutit à la longue à l’écoeurement civique, puis à des révoltes. Cela demande du temps pour se déclarer et, en attendant, l’on s’en accommode plus facilement que des changements nécessaires.
La démocratie doit organiser la concertation entre les acteurs concernés : Certaines sont réussies, mais on connaît toujours mieux leurs échecs. Alors que « des compromis » aboutissent, pourquoi ne pas s’en vanter ?… C’est que, si la concertation a été fructueuse, elle n’a pas pu satisfaire tout le monde. Il restera toujours des mécontents : une minorité peut-être, des maximalistes qui voulaient tout… Pour ne pas les heurter l’on se fait discret. L’on préfère, face à ces mécontents, oublier le succès atteint plutôt que d’en paraître l’organisateur ! Les bénéficiaires, pense-t-on à tort, savent à qui ils le doivent… les adversaires sont orientés dans leur courroux vers d’autres supposés responsables. A force de démagogie et d’irresponsabilité, à la fin on ne retiendra que le négatif.
Tout le monde souhaite des réformes, reconnaissant les failles que l’on critique, et se rendant compte des problèmes engendrés par le laisser pourrir… Mais chaque citoyen a ses propres solutions, celles qui confortent son intérêt personnel ; celles qui ne touchent que les autres, ceux dont on jalouse la position.
Quand des « acquis » sont touchés les corporatismes se réveillent. Il est plus facile de faire prononcer les individus contre ce qui les touche collectivement que de les engager dans un dessein de changement. C’est plus facile de se poser en défenseur de tel ou tel intérêt que de débattre du bien fondé d’une proposition nouvelle.
Les considérations humaines sont ainsi une limite importante à la démocratie. L’intérêt général reste une utopie. Si on l’invoque tout le temps, si tous nous nous en réclamons dans l’absolu, on ne pense, en fait, qu’au travers des intérêts particuliers.
Malgré tout on progresse vers un bien commun qui résulte de ces conflits d’intérêts, mais qui aboutit à des équilibres qui, quoique parfois instables, durent longtemps. L’évolution sociale est à ce prix. Rarement unanime. Le pendule balance tantôt à droite, tantôt à gauche, mais il avance à chaque coup. La société avance par inertie vers le progrès. C’est une nécessité vitale pour l’humanité d’avancer.
Il y a aussi une inertie des acquis. Ce qui avait été combattu, une fois réalisé, est reconnu de ceux qui en étaient adversaires, justifié à posteriori, et conservé après, malgré les alternances politiques.
Les évolutions économiques suscitent des protestations de ceux qui sont lésés par elles. Des manifestations demandent légitimement des solutions politiques à court terme. Elles doivent déboucher à l’évidence sur des négociations qui aboutissent à des compromis. Car les manifestants formulent une demande même si le contexte impose des contraintes dont il faut tenir compte. Ce n’est que dans la mise à plat loyale du problème qu’une solution acceptable pour une majorité (non maximaliste) peut être trouvée : nous avons l’habitude de souligner que compromis veut aussi dire (étymologiquement) s’engager ensemble.
Mais pourquoi ne pas faire cette mise à plat avant les conflits ?… Incapacité des représentants professionnels de traduire la question litigieuse auprès des pouvoirs publics, incapacité de distinguer l’important de l’accessoire dans leur travail de lobbying… ou tentation démagogique de la revendication maximale dont-on sait qu’elle ne sera pas obtenue intégralement… ou bien, incapacité pour le gouvernement d’entendre ce qui est légitime, préférant n’agir qu’après la crise ?… A force de tirer sur ce qui est élastique on finit par casser (la confiance) !…
Il est probable que ces deux attitudes existent en même temps : La dérive démagogique est proche de l’attitude démocratique. Elle existe au niveau politique ; elle existe au niveau syndical. A cause de cela, la désillusion est grande après pour ceux qui ont été lancés dans une action démagogique qui n’aboutit pas alors qu’on leur avait laissé croire qu’ils allaient obtenir tout ce qu’ils demandaient : « on ne s’arrêtera que quand nous aurons obtenu complète satisfaction ! »
Pourtant est-il acceptable des débordements de « vandalisation » justifiés par le « si on ne casse pas on ne nous écoute pas » ? Il s’agit d’attaques contre du matériel ou des édifices dont le remplacement ou la réparation sont à la charge de l’Etat, c’est-à-dire des contribuables. Parce que le prix du gazole est trop fort doit-on détruire des installations du chemin de fer à coups de barre de fer, cagoulés, devant l’objectif des JT ? Quel exemple de civisme pour les jeunes ?…
…Alors qu’on sait l’impunité des auteurs de ces vandalismes… Personne n’a entendu parler des pécheurs qui mirent le feu avec des fusées au Parlement de Bretagne et qui détruisirent des biens culturels irremplaçables à Rennes il y quelques années. Faut-il ajouter d’autres exemples ?…
La profession justifie les agissements, sans les approuver, mais sans, toutefois, les condamner ni surtout demander aux instigateurs de ces agissements d’éviter les destructions gratuites.
La démocratie est difficile. Ses avatars sont nombreux. Pourtant, elle doit vivre et la société doit évoluer. En attendant les grands soirs révolutionnaires qui n’arrivent pas chaque jour, il faut améliorer la société par des compromis qui engagent le futur.
Raymond BELTRAN
Le 04 juin 2008