Républicains et Laiques Audois

samedi

16

octobre 2010

Limites de la démocratie

Ecrit par , Posté dans Non classé

Sommes-nous dans un stade sociétal pré-anarchiste ? La contestation de l’Etat, à travers ses représentants, est devenue l’axe principal de la vie politique. Mais, avec le refus de l’autorité, de toute autorité, ne sommes-nous pas en train de vouloir la dissolution de l’Etat ?

Est-ce qu’on n’est pas parfois à la limite de la démocratie ? D’un côté il y une exigence toujours plus grande et toujours insatisfaite de plus de démocratie ; de l’autre, parfois dans un souci d’efficacité, l’impossibilité de répondre à cette demande. L’exigence de partage grandit alors que la complexité des informations qui permettent de trancher rendent impossible ce partage.
L’exigence de démocratie participative s’affronte à une démocratie représentative qui, cependant, s’affirme chaque jour un peu plus. Plus la demande est forte d’être impliqués aux décisions, plus on est heurtés quand elles sont prises sans consultation. Même si elles sont expliquées, elles sont malgré tout rejetées.
Ce conflit, devenu systématique, aboutit à déconsidérer la démocratie qui apparaît en déclin et il prépare à un autoritarisme auquel on s’habitue doucement comme un mal inévitable. Personne ne veut expliquer les limites de l’exercice démocratique car cela desservirait l’opposition, qui manipule cette demande non satisfaite, et cela piège les pouvoirs qui n’arrivent pas à expliquer avec crédibilité leurs décisions, qui apparaissent donc autocratiques.
Tout le monde veut affirmer sa liberté face au pouvoir. Et, en démocratie, il faut des contrepouvoirs pour qu’il y ait débat et prise de décision éclairée. Mais le balancier ne va-t-il pas trop loin et les contrepouvoirs ne sont-ils pas en train médiatiquement d’écraser ces pouvoirs que l’on accuse d’être absolus, distants, indifférents à l’opinion ? Leur rejet par la rue et par la rumeur publique les fait considérer inopérants et imposant arbitrairement les mesures prises.
Le discrédit du politique est grand. Même si des élections donnent de temps en temps des participations correctes.
Les élections locales attirent pourtant les électeurs qui ont envie de s’impliquer dans la « polis » et de choisir parmi des candidats connus. Cependant les choix faits se soldent par du 50/(50 + le peu en plus qui permet la victoire)… Heureusement que le système majoritaire permet de dégager une autorité pour les vainqueurs, ce qui ne les empêche pas d’être soumis aussitôt à la critique de leurs décisions par ceux qui sont devenus minoritaires à leur tour.
Nous n’allons pas contester l’esprit critique des électeurs redevenus citoyens face à leurs représentants élus. Nous sommes nombreux à nous plaindre du manque de cet esprit critique et du suivisme des militants. Ce suivisme était auparavant majoritaire partout. Il devient maintenant minoritaire dans la population. Les ragots et les contestations systématiques sur tout et n’importe quoi deviennent une part importante de l’opinion ce qui diminue le consensus citoyen.
La part des média dans l’action politique est devenue primordiale. Il y a longtemps qu’on le sait. Mais il y a une accélération depuis peu au niveau de la contestation gouvernementale, justifiée ou pas.
Cela favorise, évidemment, l’opposition qui peut s’appuyer sur ce fond pour légitimer son espoir d’accession au pouvoir dès le prochain scrutin. Mais il ne faut pas se tromper : dès la revanche acquise des minoritaires d’aujourd’hui, les mêmes attitudes contre eux se développeront, après à peine un temps de latence.
En effet, l’opinion est devenue sceptique aux initiatives des politiques. Elle subit, critique et approuve rarement. Elle vote, oui, par coups de cœur instantanés, mais pour devenir réticente aussitôt après. Elle est désillusionnée et ne croit plus aux promesses électorales dont elle sait trop qu’elles n’engagent que ceux qui les ont entendues et qui les ont crues.
Je suis frappé du contenu « anti » des éditos, des commentaires écrits ou diffusés par radio ou par télévision. Chroniqueurs, journalistes, humoristes, tous font du zèle pour faire de la contestation. Le négatif l’emporte sur le positif. Le non l’emporte sur le oui… Je ne crois pas que ce soit le fait seul d’une politique ? Je crois que c’est devenu maintenant une manière d’affirmer son indépendance face au pouvoir… et cela restera au-delà de l’alternance qui viendra !…
Je ne crois pas que tout ce que fait le gouvernement soit mauvais, même si tout n’est pas bon. Je ne crois pas non plus que l’opposition politique soit à l’initiative de tout « l’anti »… Mais il me semble que cette opposition surfe sur la vague médiatique : elle se fait porter sur elle mais elle n’est pas pour autant plus crédible ni auprès des média ni auprès des électeurs… Depuis quelques années nous sommes réduits à l’élection par défaut au plan national, ce qui est loin de nous enthousiasmer au niveau démocratique.
Nous sommes de plus en plus dans un stade de négation du pouvoir, de l’autorité, pas seulement d’un gouvernement, de ses ministres ou d’un parti politique mais aussi de tous les représentants du pouvoir, que ce soient des policiers, des juges ou des enseignants. Les rebellions sont défendues dans certains milieux et bénéficient de la plus grande couverture médiatique. (« Les trains qui n’arrivent pas à l’heure ! ») Ces rebellions apparaissent comme un exemple offert à tous.
Elles sont une défense des droits individuels, respectables, mais en omettant toujours d’accompagner cette défense des tout aussi respectables devoirs. Des agressions contre des policiers, ou gendarmes, justifiées par les excès de certains d’entre eux, mais jamais condamnées quand elles sont injustifiables et que les forces de l’ordre faisaient légitimement leur travail !… Suspicion de tout ce qui détient une autorité… déliquescence entretenue de ce qui représente la société. Le collectif se dissout et l’individu règne. La révolte a toujours raison contre les représentants de la société… Cela laisse des traces et se traduit en termes de violences… et l’on s’en étonne après !…
Mais, je ne crois pas qu’on soit en train d’arriver à la société anarchiste, sans Etat, utopie dépassée. Même si ce stade pré-anarchiste perdure et se développe nous courons le risque de voir augmenter la rupture entre citoyens et élus ; le scepticisme des uns étant alors compensé par le cynisme des autres.
Nous courons le risque d’une désaffection envers notre démocratie et un recours au populisme démagogique des extrêmes. A défaut d’une anarchie utopique, on pourrait bien se retrouver dans un autoritarisme, lui, bien concret.
Ce système de contestation permanente et de mise en cause systématique des autorités légales est une incitation à la non-intégration sociale pour ceux à qui on apprend que toutes les actions administratives les concernant sont illégitimes et que l’on dresse à s’opposer par la violence à ceux qui représentent la société. Comment les intégrer socialement après leur avoir appris à refuser toute autorité ? Comment ne pas comprendre qu’ils usent de la violence qu’on leur a montrée en exemple ?… Alors qu’au lieu de les aider à intégrer (entrer dans) la société on les pousse à la contester ?…
Le balancier de la contestation est, à mon avis, allé trop loin. Il ne faut pas qu’il aboutisse à la destruction de tout pouvoir et de tout ordre social. L’équité est équilibre. La balance doit être égale entre droits et devoirs. Une société n’existe que dans cet équilibre et dans la reconnaissance d’un ordre et des garants de cet ordre, au sein d’un contrat social qui soude les citoyens pour mieux vivre ensemble.
Nous vivons dans un dérapage constant. Face à des dérives sécuritaires gardons-nous de l’excès du dérapage nihiliste et destructeur ? Mais ne nous croyons pas à l’abri pour autant d’un virage en douceur vers l’extrême droite qui nous guette sournoisement. L’histoire nous apprend que les déçus de la démocratie vont facilement vers l’autorité devenue autoritarisme rassurant. Les inquiets de l’insécurité et du désordre cherchent à se rassurer en votant démocratiquement pour ceux qui garantissent l’ordre… N’oublions pas la fin de mai 68 !
Finirons-nous par savoir expliquer à tous les citoyens, à tous ceux qui nous entourent, que les limites de la démocratie existent, que la démocratie s’exerce dans des cadres légaux précis et pas dans la pagaïe du chacun fait ce qu’il veut mais exige des autres de se plier à ce qu’il a décidé lui-même. A vouloir que la démocratie aille au-delà de ses bornes on s’oriente vers une démagogie dont l’insatisfaction ne peut mener, dans un délai indéterminé, que vers l’exutoire des hommes providentiels… futurs guides en dictature ?
Je ne crois pas à l’arrivée prochaine d’un grand soir. Rien ne permet de penser que du jour au lendemain on sera dans une dictature. Mais je crains que les excès dans le refus d’un ordre social, sous prétexte démagogique de manque de démocratie, ne nous amènent à un renforcement de cet ordre et à une déconsidération de la démocratie, donc à l’autoritarisme que l’on dénonce tant.
Raymond BELTRAN
Le 16 octobre 2010