Républicains et Laiques Audois

lundi

15

mai 2017

Les Camps de concentration de 1939 en France

Ecrit par , Posté dans Non classé

En quoi suis-je concerné par ce sujet ? Bien que je ne fasse pas référence en permanence au fait que je suis fils de républicains espagnols, comme certains le font, je le suis. Mon père a fait la guerre d’Espagne, a été blessé à une main et au ventre en 1936, à la Casa de Campo, dans le front de Madrid. Remobilisé à Barcelone, il a participé à la Retirada et séjourné au Camp de Barcarès six mois. C’est ainsi que je n’ai retrouvé mon père qu’à 15 ans, en arrivant en France avec ma mère et ma sœur.

Les dégâts collatéraux de la fin de la guerre, avec la déroute des républicains, ont entraîné ainsi que j’ai vécu 10 ans séparé de ma mère, de ma sœur et de mon père, avant de nous réunir en France. Je me considère concerné par ce qui s’est passé pendant ce temps. Très tôt je me suis informé et complété par des lectures les connaissances que j’acquerrais.

Le silence de mon père, qui ne parlait que très peu et rarement de cette période, n’a été coupé que par de rares confidences de détail, jamais par des explications d’ensemble, tout en assumant totalement son passé. J’ai compris que son silence était une manière d’oublier, de ne pas exprimer de ressentiment sur la période des camps et de mieux s’intégrer à la France. D’autres, les déportés juifs, ont traversé également une longue période sans parler de leur déportation, pensant qu’on ne les croirait pas, qu’on leur reprocherait d’être revenus, d’avoir survécu, avant de comprendre que ce silence était contreproductif et de témoigner enfin maintenant.

À la fin de la guerre de 39-45 on ne parlait que des anciens prisonniers de guerre, des stalags et des oflags et l’on confondait allègrement les camps de prisonniers, les camps de déportation et les camps d’extermination. « Les grandes vacances » de Francis Ambrière en 1946 et « le Caporal épinglé » de Jacques Perret en 1947 étaient les lectures qui accompagnaient l’épopée des prisonniers. Le prix Goncourt couronnait « Les grandes vacances » en 1946, avec effet, curieusement, pour 1940.

La guerre civile en Espagne :

Pour éclairer mon sujet je dois faire quelques remarques sur la guerre civile.

Le temps de l’histoire commence à peine pour la guerre civile espagnole. Il a été précédé du temps de l’idéologie et, paradoxalement, c’est la voix des perdants qui a dominé, condamnant la dictature de Franco à juste titre, mais ne donnant qu’une lecture partiale des événements.

Pour qu’il n’y ait pas d’équivoque, je précise que je me sens solidaire de cette IIème République, de la nécessité pour elle d’arrêter avec l’état de pauvreté de l’Espagne, de déséquilibre entre riches, trop riches, et les pauvres, trop pauvres, d’arrêter la mainmise de l’église catholique sur le peuple et en finir avec un obscurantisme côtoyant quelques gens de grande culture.

Je dénonce les massacres des franquistes pendant la guerre et, ce qui est beaucoup plus grave encore, dès années encore après qu’elle était finie. Il suffisait d’avoir milité pour la République avec ostentation pour être condamné à mort et fusillé longtemps après la fin de guerre. Les condamnations étaient rarement objet de grâce de la part de Franco, à qui elles étaient toutes soumises. Ce fut une guerre sanglante, qui divisa l’Espagne en deux parties irréconciliables. Elle fut autant idéologique que militaire. Les deux camps voulaient imposer une idéologie. J’y reviendrai.

Les causes de la défaite républicaine furent diverses, dont certaines restées dans l’ombre.

D’abord, face à des militaires nationalistes, on opposa des régiments formés par des civils, car on voulait s’appuyer sur le peuple, mais ils étaient mal armés et mal encadrés. Mon père participa à la bataille de Madrid dans le Bataillon des concierges du syndicat UGT, auquel il adhérait professionnellement. On distribua des armes à des civils sans expérience et il eut beaucoup d’improvisation dans les files républicaines malgré le courage des volontaires. Car l’enthousiasme n’y manqua pas ! L’ouvrage de Mika Etchebehere en témoigne.

Il y eut la participation des troupes de Mussolini et l’appui des avions d’Hitler mais aussi l’achat d’armes en Angleterre par le banquier Juan March. Pendant que, sous prétexte de non intervention, les démocraties suivirent l’Angleterre pour refuser de les fournir aux républicains, les armes ne manquèrent pas à Franco. La France du Front Populaire s’était alignée sur l’Angleterre et cela rendit amers les républicains, qui avaient voulu faire de « la Marseillaise » l’hymne républicain, si l’Ambassade de France ne l’avait pas interdit.

L’Union Soviétique soutint la République espagnole, mais en se faisant payer la fourniture de matériels anciens par l’or des réserves de la Banque d’Espagne. Il y eut cependant les Brigades Internationales, entre 1937 et 1938, dont une grande partie était formée de militants antifascistes d’Europe, surtout communistes, mais aussi d’Amérique du Sud et des EE. UU. (la Brigade Lincoln). L’ossature des Brigades internationales était communiste et André Marty fut le chef incontesté de celles-ci.

C’était, avant 1940 et le début de la deuxième guerre mondiale, une période très violente à l’intérieur du mouvement communiste international. N’oublions pas les procès de Moscou en 1937, la paranoïa de Staline contre ses opposants vrais ou supposés, sa guerre aux trotskistes qu’il pourchassait partout. Trotski fut assassiné en 1940 au Mexique, sur ordre de Staline, par un républicain espagnol. À mesure que l’influence communiste s’affirmait dans les gouvernements de la IIème République, des commissaires politiques s’installèrent en tête des armées républicaines. Ils étaient chargés de veiller sur l’idéologie des troupes et ils se situaient au-dessus des chefs militaires. Une prise en main politique qui pesa sur la guerre et sur les relations avec les autres factions républicaines.

Il était nécessaire de souligner ce contexte, pour comprendre que, durant cette guerre civile, dans le camp républicain, tout en luttant contre l’avancée franquiste et son cortège de massacres, les règlements de compte, les luttes pour le pouvoir, se faisaient les armes à la main, pour éliminer les autres. Pas seulement les franquistes mais aussi les autres républicains. Les trotskistes, les anarchistes étaient les principales cibles des communistes et les personnes soupçonnées de sympathies nationalistes n’étaient pas épargnées des « paseos » du matin dans les territoires républicains. Je suis persuadé que les divisions des républicains espagnols sont la principale cause de la défaite. « El pueblo unido jamás sera vencido », oui mais s’il est uni et pas victime de rivalités meurtrières entre alliés !

Je me suis nourri pour cette analyse des livres que je veux citer :

  • « La guerre d’Espagne et ses lendemains » publié aux Ed. Perrin en 2004, par Bartholomée BENNASSAR, professeur à Toulouse-Mirail, historien spécialiste de l’Espagne.
  • « La guerre d’Espagne. Brigades internationales : la fin d’un mythe » Témoignage d’un brigadiste, Sygmunt STEIN. Ed. Le Seuil. Écrit en 1950.
  • « Ma guerre d’Espagne à moi » Ed. Denoël 1976. Actes Sud 1988 par Mika ETCHEBEHERE. Témoignage d’une femme au front, dont le mari est mort en combattant avec elle.
  • « Un testament espagnol » d’Arthur KOESTLER, écrit et publié à Londres en 1937 et en 1939 aux Ed. Albin Michel. Témoignage d’un correspondant de guerre ayant couvert le front de Seville à Alicante.
  • « Les grands cimetières sous la lune » de Georges BERNANOS, publié en 1937, réaction d’un écrivain catholique face aux massacres de Franco. Le Goncourt de 2014 « Pas pleurer » de Lydie Salvaire compare la lecture de Bernanos avec les récits de sa mère qui a vécu la guerre d’Espagne.
  • « Hommage à la Catalogne » Ed. Ivrea 10/18. Publié en 1938 à Londres par Georges ORWELL.

Georges Orwell est arrivé à Barcelone comme correspondant de guerre d’un journal anglais. Il raconte l’espoir de la population, les transformations dans les mentalités, la progression de l’égalité. Il adhère au Poum et s’engage au front comme simple soldat. Il y séjourne deux fois trois mois dans les tranchées et il est blessé grièvement. Au retour du front d’Aragon il retrouve une Barcelone changée avec de nouvelles hiérarchies et des rivalités idéologiques qui se règlent à coups de fusil et des arrestations arbitraires, avec disparition définitive des personnes arrêtées. Il est lui-même obligé de quitter précipitamment Barcelone pour éviter d’être arrêté, comme d’autres de ses amis du Poum. Il décrit les affrontements armés entre les groupes républicains. Personne ne sait ce que devint Andreu Nin, le chef du Poum, après son arrestation par les communistes qui l’envoyèrent à Madrid.

Les lecteurs de « 1984 », son livre de fiction écrit en 1948, qui caricature la société sans libertés en devenir, dont le « Big Brother » sera le surveillant, ignorent souvent ses sources d’inspiration vécues, d’un communiste ayant vécu l’Espagne entre 36 et 37, connu la guerre de 39-45 et su les atrocités nazies, qui a quitté le communisme dès 1937. Son témoignage est fondamental. Je le cite :

« On pouvait déjà faire quelques conjectures sur l’avenir… » [en 1937]… « Et pour ce qui est de la situation ultérieure –une fois Franco battu- même en laissant de côté les vastes problèmes posés par la réorganisation de l’Espagne, la perspective n’était pas attrayante. Quant aux boniments des journaux pour faire croire que tout ceci était une « guerre pour la démocratie », simple bourrage de crâne. Personne de sensé ne s’imaginait qu’il y aurait aucun espoir de démocratie, même au sens où nous l’entendons en Angleterre et en France, dans un pays aussi divisé et épuisé que le serait l’Espagne une fois la guerre terminée. Il y aurait fatalement une dictature, et il était clair que l’occasion favorable d’une dictature de la classe ouvrière était passée. Autrement dit, les choses, dans l’ensemble, évolueraient dans le sens d’une sorte quelconque de fascisme, auquel, sans doute, on donnerait un nom plus poli et qui serait, parce qu’on était en Espagne, plus humain et moins effectif que les variétés italienne et allemande. Les seules alternatives étaient une dictature infiniment pire avec Franco à la tête… »

Vision claire d’un Orwell lucide, qui avait compris que Staline ne voulait pas en Espagne d’une République démocratique qui puisse servir de modèle face au stalinisme. Jorje Semprun disait que Staline, au Congrès du Parti Communiste soviétique en 1939 ne dit pas un mot sur la guerre civile espagnole qui venait juste de se terminer.

 Avant la Retirada :

Dans le passé les Pyrénées n’ont pas été imperméables aux passages. Emmanuel Leroy-Ladurie dans son étude sur « Montaillou, village occitan » indique que des bergers ariégeois allaient avec leurs troupeaux jusqu’à Vinaroz aux 12ème et 13ième siècles pour hiverner. Selon les périodes c’étaient des Espagnols qui venaient travailler en France ou des Français qui allaient en Espagne. C’est ainsi que les Espagnols ont appelé « gavachos » les Français venus souvent travailler en Espagne.

N’ayant pas ici à faire l’histoire de ces immigrations je me limiterai à rappeler celle des années 1920 qui amena dans notre région beaucoup d’Aragonais mais pas seulement. Pas mal de personnes portent encore les noms devenus courants depuis en France.

La guerre civile a amené des réfugiés avant 1939. Bennassar rappelle deux autres exodes importants en 1936 en Catalogne et au Pays Basque et un exode massif en 1937 déjà. Environ 120 000 personnes, par voie maritime parfois, favorables à la République mais aussi ceux favorables à Franco fuyant les avancées républicaines. En mai 1937, le Ministère de l’Intérieur Français publiait une Instruction Générale pour l’hébergement des réfugiés espagnols, organisant la dispersion des arrivants sur 34 départements entre Garonne et Loire. Fin 38 il restait encore 40 000 d’entre eux en France et les espagnols venus bien avant la guerre (253 000 alors) les hébergeaient en bonne partie. Cette première vague fut bien accueillie, car ils repartaient en Espagne rapidement.

Dès 1938 des mesures étaient prises par le gouvernement Daladier. Je les cite car elles étaient caractéristiques de la mentalité de l’époque. Pour « surveiller les agissements des populations étrangères » le décret du 17 juin 1938 d’Albert Sarrault explique qu’« une sage gestion de nos finances, la protection de la santé publique et la sauvegarde de notre race commandent de renforcer le contrôle sanitaire… à l’égard des travailleurs étrangers », cité dans « De l’exode à l’exil ».

Finalement, malgré les avertissements pressants de certains fonctionnaires, la France fut débordée en janvier et février 1939 par le nombre de ceux qui se présentèrent aux frontières, par la soudaineté de leur arrivée. Rien n’avait été préparé, la gestion de cette retirada s’improvisa.

L’accueil par les populations civiles fut dans l’ensemble hostile, malgré quelques initiatives solidaires. Pendant la guerre civile les journaux catholiques affichèrent les républicains le couteau entre les dents  et ils les dénoncèrent comme assassins de curés et violeurs de religieuses. Les journaux de droite les présentèrent à leur arrivée comme des dangers pour la population et des profiteurs de l’argent public français. Les témoignages de portes fermées et d’épiceries fermées à leur passage sont fréquents dans le récit des refugiés.Il faut tenir compte que 450 000 à 500 000 arrivèrent alors, surtout dans les P. O., en peu de semaines, et que ce département avait une population de 200 000 habitants environ à cette époque. Ces réfugiés avaient été bloqués plusieurs jours à la frontière, son passage interdit, dans la neige et dans la boue. Les hivers 39 et 40 ont été très rigoureux et c’était dans la montagne. Ils étaient hirsutes, sales, cela s’ajoutait à la mauvaise réputation qui les avait précédé. Avant qu’ils aient été regroupés dans ce qu’on avait voulu appeler centres d’accueil avant de désigner ceux, définitifs, comme camps de concentration, car c’était leur désignation officielle, ils furent regroupés au hasard et d’autres errèrent des jours avec leur « manta » (couverture) comme seul abri.

Les réfugies, en coupant les arbres fruitiers et en arrachant des souches des vignes pour les brûler provoquèrent le mécontentement des paysans. Les commentaires des journaux se plaignant de cette invasion de « pouilleux » sont éclairants : « 2 millions dégâts (du bois en particulier) à Argelès où on a laissé s’installer 100 000 hommes malpropres souvent en guenilles, plein de poux, exempts de tout entretien corporel ; 100 000 hommes parqués entre des barbelés, sur une lande déserte, sans eau, sans WC. Aujourd’hui toute la région est empestée » selon le journal La Garonne, cité dans L’Odyssée pour la liberté.

« A la Tour de Carol (1 300 m d’altitude), les blessés passent la nuit étendus, sans soin, sur la terre nue, au bord du chemin, sur l’herbe blanche de givre. Dans la seule nuit du 9 février, on dénombre trente-cinq morts ; la veille, trente décès ont déjà été enregistrés à la gare internationale… » … « Pour décongestionner la gare, un autre terrain vague à quelques kilomètres de la Tour de Carol est réquisitionné… « Un officier se détacha pour pousser une barrière en bois qui ouvrait sur un pré… il fit signe à la colonne d’avancer… des gendarmes poussaient les retardataires, les éclopés. Derrière nous j’entendis les gendarmes disposer une chaîne et fermer un cadenas. Du bétail, pensais-je voilà ce que nous sommes… l’horreur fut à son comble quand j’aperçus le cordon de soldats sénégalais, fusil au poing et baïonnette au canon, qu’on disposait autour du pré. La nuit était glaciale, quant au pré, il n’était pas vert mais blanc. Dix centimètres de neige le recouvraient totalement. Pas le moindre abri. Rien à manger. Rien à boire… Malgré le froid, les hommes cherchaient à se reposer en même temps qu’ils suçaient la neige… Il n’y avait pas une seule couverture, pas même une planche sous laquelle s’abriter… Le sang s’écoulait des blessures qui s’étaient ouvertes pendant le voyage. Beaucoup d’hommes gisaient immobiles… Ils n’ignoraient plus, maintenant, qu’on les avait condamnés à mourir… La gangrène gagnait les blessés et une puanteur d’équarrisseur empoisonnait l’air à deux cents mètres. Les soldats sénégalais eux-mêmes en étaient incommodés. »  (L’odyssée pour la liberté) .

Les camps de concentration :

Les « Camps du Mépris », citent Federica Montseny, qui fut ministre « Ce que nous ne pourrons jamais oublier ni pardonner c’est que la France ait accepté que des femmes, des enfants, des vieillards, des blessés aient été parqués sur des plages durant un hiver qui fut particulièrement rigoureux. Pour s’abriter, les réfugiés ont dû creuser des trous dans le sable. On leur jetait la nourriture comme des chiens »

Dans « Les camps sur la Plage » figure ce témoignage : « A trois heures, raconte le Dr. Pujol, une fourgonnette militaire pleine de pain arriva. On déchargea le pain sur le sol, et un gendarme, juché sur une chaise, le jetait à la multitude affamée qui se battait pour récupérer un morceau… » « Par la suite, on perfectionna le procédé. Des gardes à cheval arrivaient et faisaient la répartition du pain en le lançant du haut de leurs montures, se divertissant beaucoup du spectacle offert par les hommes qui se disputaient comme des chiens pour un morceau de pain. On appelait cela avec humour ‘à la curée’. Ce rituel dura quelques dizaines de jours. Par la suite, on distribuait aux internés de la nourriture crue qu’il fallait cuire comme on pouvait avec le bois rejeté par la mer. »

Il faut croire que cela ne dura pas tout le temps de l’internement et que les choses devinrent plus humaines avec le temps. Il faut dire qu’à l’époque il n’y avait pas de caméras de télévision filmant les camps, qu’il n’existait pas des ONG s’occupant des internés et que les espagnols, s’ils se sentaient méprisés, ils l’étaient réellement… « Espagnols de merde ! » injure que j’ai encore entendu dans ma jeunesse, des années après et que certains d’entre vous avez certainement entendu aussi dans nos villages.

J’ai eu beaucoup de mal à limiter les citations des trois ouvrages précédents pour ne pas allonger trop mon propos, tellement ils sont riches en précisions de toute sorte sur ces camps. L’Odyssée est le fruit d’une thèse de doctorat. Les Camps sur la plage, œuvre d’historiens universitaires connus. Les camps du Mépris de journalistes locaux. De l’exode à l’exil a été écrit par une thésarde qui a consacré son doctorat au camp du Vernet.

Le premier camp a été celui d’Argelès et très rapidement ce fut Saint Cyprien, l’un comme l’autre arrivant à 180 000 internés, l’un comme l’autre sable et barbelés avant qu’il fut permis aux réfugiés de construire des baraques et d’organiser une vie d’internement. Le Barcarès suivit encore et, dans des conditions meilleures, Bram et Montolieu dans l’Aude, Agde dans l’Hérault, Le Vernet dans l’Ariège, Rieucros dans la Lozère, Septfonds dans le Tarn et Garonne, Ogeu et Gurs dans les Basses Pyrénées, Vincent de Tyrosse dans les Landes, Talence en Gironde…  et de multiples centres d’hébergement Jusqu’à 56 centres dans l’Eure et Loir, 19 dans le Gard… Ne me demandez pas de les citer tous. Je sais qu’il y a Couiza et j’en dirai un mot sur Bram et sur Couiza.

Les conditions de vie dans les camps, même si elles restèrent dures, ne sont pas du tout comparables aux camps de déportation nazis. Mais il y eut, estime-t-on, environ 10 000 morts (on cite selon les sources entre 5 000 et 14 600) et Bennassar, dans sa préface des Camps du Mépris, pense que l’incompétence et l’incurie ont eu plus de responsabilité que la malveillance dans cela. Il ajoute avec raison « qu’aucun pays d’Europe n’aurait été capable alors d’accueillir de façon décente une telle masse humaine. 440 000 environ, qui ont franchi la frontière en une dizaine de jours (28 janvier – 9 février) ».

Discipline militaire et inactivité, mais des internés organisaient des conférences, des cours et peu à peu se développa une activité intellectuelle réduite mais réelle : « l’université des sables » pour combler l’inaction, à l’initiative de ceux, internés, qui en avaient les compétences.

Pour maintenir un certain ordre et pour empêcher une organisation qui échappe aux gardiens, ceux-ci montèrent un système disciplinaire et le Camp du Vernet, ainsi je crois que le Mont Louis ,recevaient les meneurs ou considérés comme tels. Mais certains gardiens firent preuve d’imagination dans le mépris et des punitions étaient prononcées. Le camp du Barcarès créa ainsi « l’hippodrome » : « un coin de sable séparé du reste du monde par plusieurs rangées de barbelés, à l’intérieur desquels sont placés ceux des refugiés qui sont accusés  d’être de fortes têtes, des perturbateurs de l’ordre du camp… Situé à proximité du crématoire des ordures, il ne faisait guère qu’une dizaine de mètres carrés et on y avait planté un poteau auquel pouvaient être attachés les récidivistes, leur ôtant ainsi toute possibilité de se réchauffer pendant la nuit en courant autour de l’enclos » … « La peine a une durée minimale de 48 heures… mais il est bien rare que cette durée ne soit pas largement augmentée » … au préalable le condamné a ses cheveux rasés et tous les boutons de ses vêtements sont arrachés, cela afin de rendre plus difficile la lutte contre le froid. »

Arthur Koestler, qui avait été correspondant de guerre en Espagne, passa par le camp du Vernet, camp disciplinaire donc. Il avait fait partie d’une deuxième vague, à la déclaration du guerre des nazis contre la France, il fut arrêté et mené dans ce camp, où il rencontra des républicains encore présents et les allemands ou supposés tels (il était hongrois mais communiste) qui s’ajoutèrent fin 39. Il raconte la vie du Vernet, où il séjourna plusieurs mois. J’oubliais de dire que son livre écrit mars-avril 1941 et publié aout 41 s’appelle « La lie de la Terre. » Je cite Koestler « Les pires choses se passaient dans la prison du camp. Pendant la nuit, les gendarmes s’enivraient et, comme il n’y avait pas d’autres distractions au Vernet, ils se rendaient à la prison du camp, ouvraient les cellules et battaient les prisonniers. Cette distraction était appelée traditionnellement le ‘passage à tabac’. »

Je cite encore « La lie de la terre » : « Les baraquements étaient construits en planches, couverts d’une sorte de papier goudronné. Chaque baraque contenait 200 hommes. Elles avaient trente mètres de long sur cinq de large et leurs mobiliers consistaient en deux plateformes superposées courant le long des murs et laissant un passage étroit au milieu. L’espace entre les deux plateformes était d’un mètre, de sorte que ceux qui occupaient la plateforme inférieure ne pouvaient jamais rester débout. Dans chaque rangée, cinquante hommes dormaient les pieds vers le passage. Les rangées étaient divisées en dix compartiments par des piliers de bois supportant le toit. Chaque compartiment contenait cinq hommes et avait deux mètres cinquante de large : ainsi, chaque homme avait cinquante centimètres pour dormir, c’est-à-dire que les cinq devaient se coucher d’un même côté et, si l’un d’eux se retournait, tous devaient se retourner. »

Assez rapidement les enfants et les femmes furent envoyés dans des camps particuliers. L’un des plus importants fut Rieucros dans la Lozère, où séjourna, enfant, Michel del Castillo avec sa mère. En ce qui concerne Couiza, le commissaire spécial de Carcassonne qualifiait ce camp « d’ancienne usine assez malsaine » malgré son appréciation, on y installa 914 femmes et enfants.

Tous les camps s’étaient voulus provisoires, les autorités françaises gardaient l’espoir que les espagnols reviendraient rapidement en Espagne et une propagande officielle les encourageait dans ce sens mais peu le firent car l’accueil pouvait être le mur du cimetière et les fusils nationalistes… Jusque dans les années 1960 on fusillait encore dans l’Espagne de Franco… Une histoire circule chez les enfants des réfugiés disant qu’à la lettre envoyée des camps à la famille en Espagne demandant s’il y avait du travail au village pour eux, s’ils venaient, (langage codé) il était répondu avec un oui, chez un tel (nom de quelqu’un connu et enterré dans le village). L’histoire est probablement inventée mais si souvent racontée que chacun la croie advenue dans sa propre famille.

À la mi-juin 1939, quatre mois après la débâcle de Catalogne, il y aurait eu encore 173 000 Espagnols dans les camps, 84 688 a la mi-août et en avril 1940 environ 30 000 internés, selon les Camps de la plage de G. Dreyfus et E. Temime, déjà cité.

Ces universitaires citent le camp de Bram comme un camp modèle, qui accueillit 15 000 personnes mais dans des baraques conçues pour 72 personnes et en recevant 100. Les témoignages des internés restent négatifs dans ce camp aussi, comme celui du pain moisi distribué et la réquisition d’internés pour faire du pain pour l’armée française, mais avec interdiction d’en manger par ceux qui le fabriquaient qui étaient affamés.

J’en terminerai avec Rivesaltes, dont vous allez visiter le mémorial. Il ne fait pas partie des premiers camps. Il a été construit début 1940, les baraques prêtes pour l’accueil, mais il est resté actif après pour recevoir juifs étrangers, communistes allemands ayant fui Hitler, prisonniers allemands à la fin de la guerre et finalement les harkis venus d’Algérie en 1962. Alors que la plupart des camps ont disparu aujourd’hui, celui-ci est resté et il abrite enfin le mémorial, bâti il y a peu, à la mémoire des internés.

Le départ des camps :

Si les autorités françaises espéraient un retour rapide qu’elles l’avaient encouragé, nous l’avons dit, peu revinrent en Espagne. Ceux qui partirent, après s’être assurés auprès de leur famille en Espagne qu’ils n’étaient pas menacés d’être fusillés, ce fut en espérant que la prison espagnole serait mieux que le camp. Aussi, quelques nationalistes se firent connaître auprès des franquistes et les rejoignirent rapidement. Aussi, des familles espagnoles déjà installées en France, prévenues de la présence de cousins firent le nécessaire pour les faire sortir et les accueillir chez elles. Ce fut le cas de mon père qui ne passa ainsi que 6 mois sur la plage.

La Légion Étrangère, malgré la réticence des républicains face à un type de forces militaires (el Tercio, c’est-à-dire la Légion Étrangère espagnole) qui les avait combattus pendant le guerre, elle fut une issue pour pas mal d’internés qui s’y engagèrent… fortement encouragés par les autorités françaises…

La guerre avec l’Allemagne, la encore drôle de guerre, ayant mobilisé les Français, il manqua de bras en conséquence et des internés furent recrutés pour les travaux industriels ou agricoles. Dans ces temps un immigré ne pouvait prétendre qu’à être ou maçon ou ouvrier agricole, quel que fusse son passé et sa carrière ou son métier antérieurs. Cela s’accompagna d’une dispersion dans de nombreux départements vers le Nord. Des regroupements familiaux intervinrent alors. Les préfets furent encouragés à sélectionner à leur tour ceux qui pouvaient travailler pour la défense et des bataillons de travailleurs furent organisés, avec un régime militaire disciplinaire. Ils furent utilisés dans certains travaux comme l’usine hydroélectrique de Gniours dans l’Ariège, ou dans des mines…

Une législation abondante précise, par exemple avec le décret du 2 octobre 1939 du ministre de l’intérieur Albert Sarrault, cité dans l’Odyssée, que « tous les espagnols qui, à la suite de la circulaire du 17 août, se sont déclarés réfugiés, doivent être utilisés dans l’agriculture s’ils n’occupent pas d’emploi intéressant l’économie nationale. Les embauches ne se font que sur demande formelle de l’employeur mais dans le cas où ces étrangers se refuseraient à accomplir la besogne qui leur est demandée, il appartiendrait aux services compétents du ministère du Travail de requérir, s’ils le jugent nécessaire, les intéressés, conformément à l’article 2 du décret-loi du 12 avril 1939 ou de les refouler, sous escorte, à la frontière espagnole. »

Jean Moulin, Préfet d’Eure et Loir écrivit au gouvernement une lettre le 15 mars 1940 disant : « Le département compte depuis septembre dernier, un fort contingent de réfugiés en provenance du camp de Bram… qui manifestent un désir évident de se regrouper dans la commune de leur lieu d’emploi… Bien que les instructions ministérielles soient favorables à ces regroupements, je ne puis envisager d’accorder à ces étrangers l’autorisation qu’ils sollicitent en raison de ce que leur gain ne constitue pas une rémunération leur permettant d’assurer la subsistance de leur famille. À la fin des travaux, ils seront obligés de réintégrer leur camp d’origine… » Là aussi, comme toujours, il y eut beaucoup de gens qui profitèrent de cette main d’œuvre contrainte pour l’employer sans la payer au tarif normal à l’époque.

Il est peu connu que des espagnols furent aussi déportés dans le Sud algérien et dans le Sud tunisien. Deux camps de regroupement ont été importants par le nombre d’internés : celui dit Suzzoni et le camp Morand, ce dernier avec plus de 3 000 personnes au début de l’été 1939 et aux conditions de vie mauvaises de ces camps s’ajoute ici la chaleur du jour et le froid de la nuit. En décembre 40 ils sont employés à réaliser la ligne de chemin de fer de Colomb Béchar pour un transsaharien jamais achevé. Je cite « Les camps sur la plage » encore « Les centres de regroupement des travailleurs dans le Sud algérien jouissent, c’est le moins qu’on puisse dire, d’une fort mauvaise réputation. Sans doute faut-il se garder de généraliser, mais on ne peut pas ignorer les cas de Berroaghia et de Djelfa… sans doute les pires de tous… Djelfa est le camp qui reçoit le plus grand nombre d’Espagnols transférés des camps disciplinaires français. Il s’agit de véritables bagnes… Des nuits sous la tente à Djelfa, sans manteau et sans matelas, avec une température inférieure à 10 °C en dessous de zéro, interdiction de faire du feu… la crasse, la misère, les mauvais traitements infligés par les gardes, les châtiments incessants, les réfugiés morts de froid et de faim. Pour que cessent les violences dont les internés sont l’objet, il faudra attendre le débarquement allié de novembre 1942, que suivront le procès de certains responsables [dont deux furent condamnés à mort]. »

Peu connu encore que, la guerre de 39-45 étant commencée, furent créés des Régiments de Marche de Volontaires Étrangers (RMVE) dont une des bases était composée de réfugiés des camps qui firent envoyés au-devant des troupes allemandes et qui prirent part à des batailles ignorées  aujourd’hui. On ne parle que des batailles de Montcornet et d’Abbeville avec les chars de De Gaulle en mai-juin 1940. C’est au hasard, en lisant le livre de Boris Cyrulnik « Sauve-toi, la vie t’appelle », racontant son enfance, que je lus « Un jour, mon père est revenu en uniforme et j’ai été très fier. [Il avait 3 ans alors] Les archives m’expliquent qu’il s’était engagé dans le ‘Régiment de marche des volontaires étrangers’, troupe composée de juifs étrangers et de républicains espagnols. Ils ont combattu à Soissons et ont subi des pertes énormes ». En note il précise « sur onze mille soldats, sept mille cinq cents ont été tués, le 8 juin 1940, en avant de Soissons ». Je n’ai rien lu sur d’autres batailles ayant engagé des espagnols mais cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas eu. Un monument existe à Barcarès, sur la plage, rappelant l’existence de ces Régiments.

J’allais oublier de dire que peu à peu dans les camps l’on se regroupa par appartenances politiques, communistes, anarchistes, socialistes, trotskistes, quand la circulation était possible, ce qui n’était pas toujours le cas, à Bram par exemple où les baraques étaient séparées les unes des autres par des barbelés. Pablo Neruda était ambassadeur du Chili à Paris. Le Mexique était favorable aux républicains. Des bateaux furent ainsi affrétés et un certain nombre des internés quitta au bout de quelques mois les camps de concentration. Cela bénéficia aux communistes particulièrement en raison de leurs qualités d’oraganisation. Divers pays d’Amérique latine reçurent ainsi des républicains dont le Chili et le Mexique mais pas seulement.

La Résistance :

Dès que les allemands s’installèrent en France, dès que la zone libre fut occupée par eux en octobre 1942, des maquis s’organisèrent. Sans faire la liste des groupements qui les créèrent et sans donner les dates de création, il faut souligner que les MOI (Main-d’œuvre immigrée) formés par des espagnols et des juifs furent parmi les premiers à exister et à fonctionner. Tout le monde connaît l’affiche rouge que chanta Aragon avec Léo Ferré sur Manoukian et ses compagnons fusillés… parmi lesquels Celestino Alonso, l’un des 23… « Parce que vos noms à prononcer sont difficiles »…

Sans attendre le STO qui permit aux maquis de prospérer grâce aux réfractaires se cachant pour ne pas aller en Allemagne, et bien avant 1943, rares étaient les maquisards en activité, pratiquant des actions contre les troupes allemandes. Les républicains espagnols, les juifs venus d’Europe centrale, ayant fui Franco ou Hitler, sachant qu’ils seraient les premières victimes des troupes nazies étaient plus facilement mobilisables que les Français qui avaient cru en Pétain en 1940. Henri Amouroux intitule le deuxième de ses 10 livres sur la guerre 40-45 « Quarante millions de Pétainistes ».

Pour certains à partir des camps, pour d’autres arrêtés pour activités hostiles, un certain nombre d’espagnols ont été déportés, particulièrement au camp de Mauthausen plus de 10 000 et ce camp de déportés acheva avec presque 8 000 d’entre eux qui ne supportèrent pas les privations et les travaux épuisants. Les allemands ne considéraient pas les réfugiés espagnols comme prisonniers de guerre pouvant bénéficier des conventions internationales et de la protection de la Croix rouge mais comme une catégorie particulière de déportés les « spanien roten ».

J’ai cherché inutilement dans les deux tomes de l’histoire de la Résistance audoise une trace d’actions de résistants espagnols sans trouver aucune. Pourtant il y a eu de telles actions. « Dans l’Aude, la 234è brigade de guérilleros, future 5è brigade, est la première unité combattante de ce type formée en France. Elle compte 284 hommes et deux femmes agents de liaison placés sous le commandement d’Antonio Molina. À Roullens, près de Carcassonne, se trouve un centre de formation de guérilleros »… « Le premier officier allemand abattu par la résistance tomba en 1942 à Limoux (Aude) attaqué par une équipe d’espagnols » Cité dans « Les camps du mépris ». Et, encore «  Devenu chef des maquis de l’Aude, Rafael Gandia décrit l’état d’esprit des guérilleros espagnols à cette époque : ‘Nous savions que nous serions les premiers fusillés par les Allemands si nous étions pris. Nous avions tout perdu, nous n’avions plus rien à perdre. Nous avions entre vingt et vingt-cinq ans et nous avions une expérience de la guerre. Nous avons pensé aussi qu’il fallait rendre aux volontaires des Brigades internationales la monnaie de leur pièce. Dès l’invasion de la zone libre, nous étions déjà organisés, prêts à nous battre. Dans l’Aude, par exemple, c’est la résistance française qui a pris contact avec nous.’ »

Il faut comprendre qu’à la fin de la guerre en 1945, on a fait du politiquement correct comme quoi la Résistance n’avait été menée que par des Français. Des actes de résistance dont les MOI de Toulouse étaient responsables, furent homologués pour d’autres, comme le constatèrent à leur retour ceux revenus de déportation, dont Raymond Lévy, décédé il y a peu. J’ai l’enregistrement de l’émission de TV diffusée il y a quelques années sur les MOI de Toulouse.

Serge Ravanel, qui fut le responsable des résistants de la Région Midi Pyrénées a raconté cette période dans « l’Esprit de Résistance » et il a expliqué la libération de l’Ariège par les guérilleros espagnols, donnant la liste des interventions des guérilleros qui aboutirent à la reddition des allemands. J’ai eu l’honneur d’assister il y peu à la remise de l’insigne de chevalier de la Légion d’honneur à Herminia Muñoz à l’endroit même, Rimont, où les allemands signèrent leur reddition, en présence du chef des guérilleros, le colonel Roberto Alonso, dont elle avait été à 16 ans l’agent de liaison… Le futur Général Bigeard, était le représentant de De Gaulle. Il autorisa l’action des guérilleros, n’ayant pas d’autres troupes à sa disposition pour le faire. Il y a quelques années se déroula à Foix une rencontre bilatérale franco-espagnole et le Président Mitterrand rendit alors hommage à ces guérilleros qui libérèrent Foix et tout l’Ariège.

Beaucoup de résistants espagnols s’engagèrent dans les troupes alliés. Il y peu, grâce à Bertrand Delanoë maire de Paris et de son adjointe d’alors et actuelle maire Anne Hidalgo, on a célébré les 3 derniers survivants de la compagnie de la 2è DB de Leclerc qui, commandée par le capitaine Raymond Dronne libéra Paris. Je crois qu’ils ne sont plus qu’un aujourd’hui. L’adjoint du capitaine Dronne était le lieutenant Amado Granell. Cette compagnie, « la Nueve » (la neuvième compagnie) était composée de 80% d’espagnols et les ordres se donnaient en espagnol. Ils furent aussi ceux qui arrivèrent les premiers au Nid d’Aigle qui était la résidence d’Hitler à Berchtesgaden. Evelyn Mesquida qui a écrit l’Histoire de « La Nueve », d’Afrique en Allemagne, prépare actuellement un livre sur la résistance des républicains espagnols basée sur les témoignages qu’elle a pu encore recueillir.

La tentation est grande, et beaucoup cèdent à elle, de vouloir comparer l’arrivée des républicains espagnols en France à celle des réfugiés et immigrés qui viennent de nos jours de Syrie ou d’Afghanistan ou d’ailleurs… Je crois que les situations ne sont pas comparables. Ces immigrés ne sont pas une armée défaite, poursuivie jusqu’à la frontière française par une autre qui ne faisait pas de prisonniers… Contexte différent, lieux différents, distances d’avec la France différentes, etc. Je crois que chaque évènement est unique et que les comparaisons qui les situeraient sur une échelle de valeurs seraient indécentes. Ce genre de comparaisons ne sert qu’à  tout banaliser.

Il faut se souvenir du passé et profiter de l’expérience pour ne pas commettre les mêmes erreurs. Mais il ne faut pas faire comme l’état-major français en 1940 qui croyait avoir à refaire la guerre de 14-18. Un travail de mémoire est nécessaire mais sans refaire 1939 en 2017.

Raymond Beltran                                                  Carcassonne, le 10 mai 2017

Je me suis référé pour écrire ce texte aux ouvrages suivants :

  • « De l’exode à l’exil » L’internement des républicains espagnols au camp du Vernet en Ariège de février à septembre 1939, par Maëlle MAUGENDRE. Ed. Sudel
  • « L’odyssée pour la liberté » Les camps de prisonniers espagnols 1939-1945 par Marie-Claude RAFANEAU-BOJ. Ed. Denoël
  • « Les camps du mépris » Des chemins de l’exil à ceux de la résistance 1939-1945 par René GRANDO, Jacques QUERALT et Xavier FEBRES Ed. Traboucaïre
  • « Les camps sur la plage » Un exil espagnol par Geneviève DREYFUS-ARMAND et Émile TEMIME. Ed. Autrement
  • «  La lie de la Terre » par Arthur KOESTLER publié en anglais en 1941
  • « L’archipel du mépris » Histoire du camp de Rivesaltes de 1939 à nos jours par Joël METTAY. Ed. Traboucaïre
  • « L’esprit de Résistance » par Serge RAVANEL. Ed. Seuil
  • « Premiers camps de l’exil espagnol » Prats de Mollo, 1939 par Jean-Claude PRUJA. Ed. Alain Sutton.
  • « La Nueve » 24 août 1944 Les républicains espagnols qui ont libéré Paris par Evelyn MESQUIDA. Ed. Cherche midi
  • « Réfugiés espagnols dans l’Aude » 1939-1940. Actes du Colloque international de Carcassonne (2 juin 2004)