Républicains et Laiques Audois

mardi

27

mars 2012

La Protection sociale exclue de la campagne.

Ecrit par , Posté dans Non classé

Les média reconnaissent qu’il y a des sujets qui intéressent les français et que les candidats ne traitent pas. Les journalistes orientent avec raison les questions à aborder, mais il est remarquable que l’on ne mette pas en avant la protection sociale parmi les sujets essentiels pour l’avenir.

Il est vrai que, comme l’a fait remarquer Michel Rocard, cette campagne fait preuve d’une « vacuité intellectuelle absolue ». Il est vrai que les sujets essentiels dans une campagne présidentielle ne manquent pas. Il est vrai que les candidats choisissent les thèmes porteurs et qu’ils évitent soigneusement ceux qui les engageraient à des prises de position qui déplairaient aux électeurs.

Que c’est difficile de dire la vérité aux citoyens, qui préfèrent se laisser bercer d’illusions démagogiques plutôt que de constater que, sans réforme de structures, notre protection sociale va dans le mur !…

Les rapports ne manquent pas et je ne vais pas ici rappeler tous ceux qui sont publiés depuis des décennies. Je ne vais pas reprendre les conclusions récentes de la Cour des Comptes qui mettent en garde l’avenir de notre système si on se contente encore de réformes cosmétiques sans s’attaquer aux structures et sans le remanier profondément.

Tout le monde est persuadé que cela ne peut pas durer de cumuler les déficits annuels, financés par l’emprunt, faisant semblant de croire que l’Etat va les prendre en charge !… comme s’il n’avait pas lui-même ses propres déficits à résorber, qui sont la base de la crise économique sérieuse en cours.

On ne compte pas les plans de rattrapage intervenus qui ne pouvaient que limiter à la marge la profondeur des « trous », les diminuant de quelques millions mais laissant des milliards béants : 200 millions pour 20 milliards il y a peu… Les majorités de droite comme de gauche se sont vantées de limiter les excès, de limiter les dérapages, faisant contribuer davantage les assurés, diminuant certains remboursement mais sans jamais pouvoir combler les « trous ».

En 2011, la Fédération Nationale de la Mutualité Française, avec l’ensemble de ses mutuelles, couvrant plus de 25 millions de foyers français, annonçait son intention de faire des propositions avant la campagne des présidentielles afin de sensibiliser la population et les partis politiques à ce thème essentiel. Des travaux furent produits. Je ne doute pas que le travail de lobbying aie été fait correctement par ces mutuelles et que les propositions aient été diffusées auprès des candidats.

Malheureusement, je n’ai pu voir dans la presse autre chose que l’opposition à la taxe majorée qui frappait les mutuelles. Un travail corporatif, défensif, qui a reçu un écho des candidats en son temps et qui a fait… pschitt !… depuis… je le crains. Mais rien n’est apparu au niveau des propositions de réforme au plan médiatique.

Personne ne croit au maintien durable du système français sans une réforme en profondeur. Même ceux qui publiquement disent ne rien vouloir changer, en privé ne cachent pas qu’il ne peut pas perdurer tel quel et qu’il ne subsistera que s’il est refait et repensé profondément. La société a changé depuis 1945 et la nature des dépenses de santé également. Leur coût n’ira qu’en augmentant. Les réformes seront d’autant plus dures que l’on aura plus attendu pour les réaliser.

Dans les années 1986, le financement de la protection sociale posait déjà problème. Malgré la CSG intervenue après, le refus du syndicalisme de le fonder sur autre chose que les salaires et de séparer ce qui revient à la solidarité professionnelle de ce qui relève de la solidarité nationale a contribué à laisser dépérir ce problème depuis 30 ans. Il n’est pas sûr que le système existe encore dans 30 ainsi.

Aucun candidat ne veut parler de sacrifices. Aucun ne veut se « couler » avec des propositions empreintes de vérité, que les autres dénonceraient comme un sabotage de l’existant pour prôner un retour à 1945, ce qui privilégie l’immobilisme.

Avant la fin de cette campagne finira-ton par avoir le courage de faire émerger dans un débat sérieux les propositions que connaissent mutuelles, syndicats et partis politiques ? Il faut en parler, reconnaître qu’un consensus est nécessaire pour avancer et s’engager pour les lendemains de l’élection mais en ayant préparé les citoyens par un débat qui les éclaire véritablement.

C’est l’espoir qui m’anime en signant ce pamphlet, en rappelant que la Protection sociale en France doit revoir son financement mais aussi qu’il faut la repenser de fond en comble pour la préserver.
Le 27 mars 2012
Raymond Beltran
Article publié en point de vue dans « lemonde.fr« , édition numérisée, le 16 avril 2012 et donc soumis à exclusivité.