Républicains et Laiques Audois

jeudi

3

décembre 2015

La laïcité est un droit individuel

Ecrit par , Posté dans Non classé

 

Il m’est arrivé de participer à des cérémonies sur la laïcité où l’on expliquait que la laïcité c’était la liberté d’exercice des religions, en quelque sorte un encouragement à l’existence des religions, ce qui est totalement tendancieux.

À force de vouloir apparaître tolérant, et toujours plus qu’aucun autre, on oublie les faits. Si l’on s’en tient à la seule loi du 9 décembre 1905, l’art. 1 dit, d’abord : « La République assure la liberté de conscience » et, ensuite qu’ « Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public. ». Le libre exercice des cultes résulte donc de la liberté de conscience assurée à chaque individu. Le libre exercice des cultes n’est pas l’objet de la loi de 1905 car l’art.2 précise encore que « La République ne reconnaît, ni salarie ni subventionne aucun culte. » La séparation permet l’indépendance. La République n’a pas à faire la promotion du fait religieux : elle le permet, c’est tout.

Les individus sont libres de croire ou de ne pas croire. S’ils croient, on leur garantit le libre choix d’un culte libre dont la promotion ne concerne que les membres de ce culte. Il est vrai que la laïcité permet la liberté de religion, comme une de ses conséquences, elle n’a pas été faite pour libérer les religions mais pour libérer les citoyens individuellement en leur assurant la liberté de conscience, dont celle d’être athées s’ils ne croient pas en un Être transcendant.

Il ne faut pas confondre la loi de 1905, qui a été une loi d’équilibre et de libération, avec la loi Falloux qui fut, en 1850, une loi voulant la liberté pour la religion catholique libérée de l’emprise de l’État dans l’éducation (on parla alors d’École libre). Elle fut défendue par un « parti clérical » et combattue à l’époque par Victor Hugo, entre autres. Son discours d’alors est une modèle pour la laïcité dans l’enseignement qui n’était pas encore organisée par Jules Ferry.

La Laïcité libère de la pression religieuse

La laïcité en France est la conséquence d’évolutions historiques anciennes. Après le gallicanisme, puis l’église constitutionnelle de la Révolution Française avec ses prêtres assermentés, Napoléon I voulut avec le Concordat de 1802 contrôler l’église par l’État, étendant aux protestants et aux juifs les mesures visant les catholiques. La loi Falloux voulait sortir de cette tutelle pour l’enseignement secondaire, tout en gardant les avantages du Concordat. En proclamant la III République, les républicains voulurent dégager complètement l’Instruction Publique de la tutelle ecclésiastique et ensuite ils firent de même pour les institutions républicaines les rendant indépendantes de l’église catholique.

Cette dernière étape s’est construite progressivement, en partant de l’École avec les lois Ferry et Goblet, faites par des protestants mais face aux réactions négatives très fortes de la hiérarchie catholique qui perdait des privilèges et qui s’était engagée dans la défense de la monarchie, il fallut continuer et aller plus loin. Face au cléricalisme il y eût l’anticléricalisme. Si des croyants catholiques étaient républicains, la hiérarchie de l’église ne l’était pas et si les républicains souhaitaient promouvoir l’école publique et former des républicains l’église ne le voulait pas.

Encore en 1925, le 10 mars, l’Assemblée des Cardinaux et Évêques de France publiait une déclaration contre les lois laïques, qui disait, je cite : « Elles tendent à substituer au vrai Dieu des idoles (la liberté, la solidarité, l’humanité, la science, etc.) à déchristianiser toutes les vies et toutes les institutions » (…) « Elles sont injustes (disaient-ils encore) parce qu’elles sont contraires à nos intérêts temporels (sic) et spirituels » (…) «La loi de séparation nous dépouille des propriétés qui nous sont nécessaires » (…) « La laïcisation des hôpitaux prive les malades de ces soins dévoués et désintéressés que la religion seule inspire »

Le Pape, le 31 décembre 1929 dans l’Encyclique Divini Illius Magistri condamnait l’École laïque : « Pour qu’une école puisse être conforme aux droits de l’Église et de la famille chrétienne et digne d’être fréquentée par des enfants catholiques… Pour cette conformité il est nécessaire que tout l’enseignement, toute l’ordonnance de l’école, personnel, programmes et livres, en tout genre de discipline, soient régis par un esprit vraiment chrétien, sous la direction et la maternelle vigilance de l’Église, de telle façon que la religion soit le fondement et le couronnement de tout l’enseignement, à tous les degrés, non seulement élémentaire, mais moyen et supérieur. »

La grande crise économique avait démarré et l’on voit quelles étaient les préoccupations du Vatican par rapport à la laïcité 48 années après les lois Ferry et 24 ans après 1905. Il ne pouvait pas avoir d’accord avec l’église catholique car elle ne pouvait pas accepter de perdre ses privilèges et son influence sur les jeunes. Il y avait antagonisme entre la libération de l’État républicain et l’emprise ecclésiastique avec ses intérêts matériels. Pétain accorda une revanche à la hiérarchie catholique qui dura jusqu’en 1944, mais qui provoqua des rechutes et une guerre scolaire qui ne prit fin qu’en 1984.

La laïcité libère des pressions politiques

La laïcité est une création politique qui n’a rien à voir avec la morale. Elle a été le fruit de l’évolution historique française voulant traduire la liberté de conscience et d’opinion de chaque citoyen et, surtout rendre impossibles les pressions officielles qui existaient. J’ai reçu d’un ami le règlement d’une imprimerie en 1880 imposant aux employés l’obligation de prières chaque matin, avant de commencer le travail. Les candidatures politiques officielles étaient courantes sous le Second Empire et ont été interdites par la III République. La mise à la porte de son emploi si on n’allait pas à la messe était aussi une pratique courante.

La réaction à ces pratiques a consisté dans l’obligation faite aux institutions officielles de l’État d’être strictement neutres par rapport aux églises et aux partis politiques. Si les partis politiques participent, selon la Constitution de la France, à la vie politique démocratique, les institutions de l’État qu’ils dirigent ne doivent pas être des officines de propagande et de clientélisme faisant pression sur les citoyens qui viennent à elles pour des raisons administratives.

Cette neutralité, qui a débuté par l’École, a été renforcée par la loi de 1905 qui, en séparant les organismes religieux de l’État a voulu, non seulement arrêter leur financement qui résultait du Concordat de 1802, mais aussi rendre indépendants les organismes de l’État de toute tutelle religieuse. La laïcité de l’État est la neutralité de tout ce qui est officiel pour permettre aux citoyens d’y accéder quelle que soit leur opinion ou leur croyance sans qu’ils aient à subir une influence ou une pression pour obtenir satisfaction.

La laïcité de l’État est ainsi un moyen politique permettant au citoyen, individuellement, de pratiquer la religion et l’opinion de son choix, en dehors des établissements officiels, avec la seule restriction de respecter l’ordre public… Fomenter des attentats terroristes n’est pas autorisé par la laïcité !

La laïcité est un principe politique, constitutionnel en France, permettant la liberté individuelle par rapport aux religions. La croyance de chaque individu n’est pas l’affaire de l’État. Chacun est libre de refuser pour lui telle ou telle religion ou toutes les religions, même s’il est tolérant pour que d’autres pratiquent l’une ou l’autre de ces religions et qu’il défende ce droit pour tous. Chacun est libre de dire du mal des religions et de les combattre personnellement car il a le droit de les penser nocives. Les combattre par l’expression individuelle n’est pas les interdire pour les autres mais dire une opinion et exercer un droit. C’est une liberté de choix, d’expression et de parole que les partisans de la laïcité défendent pour tous et qu’il serait curieux qu’ils ne l’aient pas pour eux.

La laïcité est la forme française de la liberté de croyance. Elle se situe dans la suite des Droits Humains du Siècle de Lumières sans être la forme exclusive de cette liberté. Elle a codifié une manière de coexister qui concilie liberté individuelle maximale et vie en commun avec ceux qui peuvent ne pas partager les mêmes convictions. Mais la liberté de croyance existe dans d’autres contextes politiques, sous d’autres formes, comme la démocratie existe dans certaines monarchies dont le Royaume Uni.

La laïcité peut être universelle

L’exercice de la laïcité est, et ceci la rend universelle, un moyen de coexistence de la diversité dans la diversité des croyances des individus, dans une unité nationale préservée, sans les ségrégations du multiculturalisme. La distinction de la sphère publique, des institutions officielles obligatoirement neutres et la liberté absolue, soumise au seul respect de l’ordre public fixé par la loi, permet l’unité dans la diversité, écartant toutes les pressions.

Un enseignement neutre de l’histoire, non polémique, ne fasse pas la part belle aux oppositions et aux luttes du passé entre communautés, avec une loi commune à tous, ne faisant pas de différence entre les origines communautaires, peut être un facteur de conciliation et de vie ensemble entre « nations » ennemies vivant dans le même pays. Je vise les États des Balkans en le disant.

Je ne ferai pas la liste des pays où l’on se massacre entre ethnies ou nations, prolongeant des luttes anciennes, qui vivent à côté, sans se mélanger, en ruminant l’histoire des guerres anciennes, des dominations et des revanches à prendre… Une histoire différente, des communautés fermées sur elles-mêmes, des massacres récents, des religions différentes et souvent des lois différentes ce sont des foyers incandescents qui s’allument à la moindre étincelle provoquée par le moindre incident. Je pourrais citer le Liban…

Si l’histoire a fait que la laïcité se développe en France, je crois que son application ailleurs permettrait de faire progresser la paix et diminuer les guerres civiles dans d’autres pays. Pour que ce ne soit pas un seul produit franco-français il faut ne pas se concentrer sur l’école et insister sur le fait qu’elle est garante de libertés par l’obligation de rendre l’État neutre dans ses institutions, les individus étant libres en dehors de ces institutions. Avec des institutions qui doivent être ouvertes à tous sans distinction de croyance ou d’origine.

En conclusion

En évitant les pressions officielles clientélistes on libère les individus. Rien ne les empêche de cultiver d’autres cultures en privé ou en public, s’ils respectent la loi et que les autres ne sont pas obligés de s’y soumettre. En donnant un enseignement de l’histoire unitaire et rassembleur on favorise la réunion de la diversité dans l’unité nationale nécessaire pour vivre ensemble.

On peut être personnellement pour ou contre le libéralisme, pour ou contre la finance, pour ou contre tel ou tel parti politique, pour ou contre la droite ou la gauche, cela n’a rien à voir avec la laïcité, qui est garante de la liberté d’opinion. Voulant assimiler la laïcité à certains combats politiques on a développé des confusions qui portent tort à sa compréhension. Les amalgames partisans, qui voudraient récupérer la laïcité pour la monopoliser au service d’un objectif politique qui l’asservit, sont cause d’incompréhension et de rejets qui la desservent.

 

Raymond Beltran

Le 03 décembre 2015