Républicains et Laiques Audois

vendredi

4

avril 2014

La crise est aussi politique

Ecrit par , Posté dans Non classé

Cela fait quelque temps que je m’interroge sur la démocratie parce que je sens que les citoyens perdent confiance en ses qualités. Farouchement démocrate, j’ai eu beaucoup de mal à dénoncer ses imperfections, voulant me démarquer du populisme. Mais il arrive un moment où l’on ne peut plus répéter des idéaux théoriques et ignorer la réalité de sa pratique.

Cela m’a valu des mises en garde comme quoi un militant doit rester optimiste et ne pas mêler son discours à celui de ceux qui veulent instaurer un régime autoritaire discréditant pour cela les partis politiques. Mais je ne peux plus rester silencieux sans me rendre complice de l’aveuglement de responsables partisans.

Cela fait quelque temps déjà que les élections se font par défaut. On se fait élire contre les sortants, sans un projet crédible ni une appréciation correcte de la réalité sociale et économique. De plus en plus rares sont ceux qui sont élus pour le souffle qu’ils amènent dans le cadre dans lequel ils se présentent aux électeurs. Depuis des années on donne à la consultation des citoyens un sens autre que celui qui résulte de l’objet du vote. L’idéologie a remplacé la réalité et l’on donne de plus en plus l’impression que le vote proposé n’est qu’un prétexte, l’important étant de perdurer dans le poste qui a été acquis auparavant.

Pourtant, il y a de plus en plus d’observateurs qui alertent sur la crise politique profonde dans laquelle nous baignons. J’y ai pris ma modeste part, signalant la dérive éthique de trop d’élus, leur cynisme à l’égard des électeurs et l’effet pervers de la médiatisation des abus qui les concernent et des privilèges dont ils bénéficient et qu’ils défendent âprement… « Les sacrifices pour les autres, nous on n’est pas concernés !!!…»

Plus de 90 % des Français n’ont plus confiance dans leur classe politique disent les Instituts de sondage. Cela ne veut pas dire que 90 % des élus sont malhonnêtes ou des profiteurs, mais que tous soufrent de la médiatisation des scandales qui accompagnent les actions de certains. Cependant, ceux-ci sont plus nombreux qu’on ne croit. Ils ne sont pas que des exceptions, à voir le nombre de cas qui remplissent presque tous les jours les journaux.

Mais la solidarité corporative, gauche et droite confondues, joue entre les élus et l’on refuse de prendre en considération cet état de fait tant qu’il n’y a pas eu de condamnation définitive. En le niant on aggrave la réaction anti classe politique car les gens ne sont pas dupes entendant chaque jour la litanie des mises en cause.

Les arguties juridiques ne suffisent pas à justifier de temporiser dans l’occupation de leur poste par ceux qui ont commis des abus. Leur réélection dans leur fief, par clientélisme, n’est pas un blanchiment des délits commis avec un vote des citoyens blasés qui les absoudraient, parce qu’ils sont dans la norme. Même réélus chez eux, la tache demeure et la réputation de « tous pourris » persiste et se répand partout ailleurs. Inutile de donner des noms, cela ferait des listes que la majorité des citoyens connaissent.

Alors on ne doit pas être surpris du nombre d’abstentions. Pourtant, dans un scrutin local on trouve une raison nationale qui dispense chacun des battus de se poser des questions sur ses propres responsabilités. Je ne dis pas qu’il n’y avait pas de sanction nationale aux dernières municipales, mais est-on si sûr que rien ne s’est passé au niveau local qui ait écarté les électeurs « fidèles » de ce scrutin ?…

L’explication donnée d’une défaite par la « faute » des abstentionnistes qui ne sont pas venus malgré les abjurations et les pressions parfois exercées sur eux, cela m’a fait penser à Berthold Brecht qui ironisait en RDA sur le comportement des électeurs qui avaient déçu les « élus » par leur vote : « Ne serait-il plus simple de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? »

Tout est bon pour ne pas reconnaître une responsabilité dans son propre bilan. C’est toujours la faute des autres… et des électeurs qui ne se sont pas comportés comme ils auraient dû. Pourtant l’alternance est essentielle en démocratie car sinon elle n’existerait que sur le papier, mais elle n’est facilement admise que par les gagnants au changement qu’elle apporte.

Cela fait deux ou trois ans au moins que je demande aux partis politiques une prise en charge de la réalité politique du pays, un langage de vérité et la prise en charge d’urgence de mesures de moralisation de la vie politique, avec vigueur et intransigeance si l’on veut sauver la démocratie et enlever crédit à ceux qui la déconsidèrent.

Les extrêmes doivent se combattre avec des arguments politiques et des actes et non par des considérations morales qui oublient que des accusations de ces extrêmes apparaissent aux citoyens passifs basées sur des réalités que l’on se refuse de voir. Mais la politique de l’autruche est suicidaire pour les partis et pour la démocratie.

Je souhaite renvoyer à mes analyses précédentes que l’on peut consulter sur le site :
www.republicains-laiques-audois.org
dans le rubrique démocratie. Je joins à ce papier d’humeur l’édito de Le Monde de la veille du premier tour sur « la lassitude démocratique » que j’avais déjà dénoncé avec les mêmes mots. Je joins également le communiqué d’un élu local, maire d’un village rural de l’Aude, paru dans l’Indépendant du Midi du 2 avril 2014.

Il y a heureusement des réactions qui me confortent. Un ami m’a sollicité hier pour écrire et publier ce billet d’humeur, militant écœuré par le comportement des politiques et qui voudrait voir se régénérer l’espace public. J’ai l’espoir de voir que d’autres que moi posent cette question fondamentale : prendre en compte la crise politique pour s’attaquer aux moyens de la résoudre ou continuer à laisser dépérir la démocratie… et, alors… jusqu’où ???…

Raymond Beltran
Le 03 avril 2014