Républicains et Laiques Audois

lundi

19

mai 2008

Jenner et la vaccination

Ecrit par , Posté dans Non classé

On sait qu’un médecin britannique, Jenner, fut à l’origine de la vaccination contre la variole après avoir observé que les garçons de ferme ne contractaient pas cette maladie.

Ils semblaient immunisés du fait qu’en trayant les vaches ils s’infectaient d’une maladie bovine (cow pox ou vaccine). Avant de recourir maintenant à des méthodes plus modernes d’obtention du vaccin spécifique, on a donc immunisé par incision cutanée et dépôt du pus de cette maladie des vaches.
Notre curiosité fut donc grande de lire Voltaire. Celui-ci, dans ses lettres philosophiques (la onzième) s’explique « sur l’insertion de la petite vérole » : …On dit doucement dans l’Europe chrétienne que les Anglais sont des fous et des enragés, des fous parce qu’ils donnent la petite vérole à leurs enfants pour les empêcher de l’avoir… »
Il explique que : « Les femmes de Circassie sont de temps immémorial dans l’usage de donner la petite vérole à leurs enfants, même à l’âge de six mois, en leur faisant une incision au bras, et en insérant dans cette incision une pustule qu’elles ont soigneusement enlevée du corps d’un autre enfant… »
Nous ne souhaitons pas résumer ici la lettre de Voltaire. Le plaisir sera plus grand pour le lecteur qui se plongera dans sa lecture et dans toutes ces lettres si passionnantes et instructives. Limitons-nous à quelques citations utiles pour la compréhension de ce billet.
« Les Circassiens s’aperçurent que sur mille personnes il s’en trouvait à peine une seule qui fut attaquée deux fois d’une petite vérole… Ils remarquèrent encore que quand les petites véroles sont très bénignes, et que leur éruption ne trouve à percer qu’une peau délicate et fine, elles ne laissent aucune impression sur le visage : de ces observations naturelles, ils conclurent que si un enfant de six mois ou d’un an avait une petite vérole bénigne, il n’en mourrait pas ; il ne serait pas marqué et serait quitte de cette maladie pour le reste de ses jours… »
Il faut dire que les filles circassiennes étaient très appréciées pour le harem du sultan ottoman et qu’il ne fallait pas abîmer leur beauté pour leur garder leur valeur marchande.
« …Mme de Worley-Montaigu… étant avec son mari en ambassade à Constantinople, s’avisa de donner sans scrupule la petite vérole à un enfant dont elle était accouchée en ce pays ; son chapelain eut beau lui dire que cette expérience n’était pas chrétienne, et ne pouvait réussir que chez les infidèles, le fils de Mme de Worley s’en trouva à merveille… Cette dame de retour à Londres fit part de son expérience à la princesse de Galles… La princesse, assurée de l’utilité de cette épreuve fit inoculer ses enfants : l’Angleterre suivit cet exemple… »
Sauf l’origine de la pustule, le mode opératoire comme le but de l’opération sont identiques. Ceux qui ont l’image d’un Jenner observant la traite des vaches, comme Newton voyant tomber une pomme pendant sa sieste, et criant tous les deux comme Archimède dans son bain : « Euréka ! » en prennent un coup. Le simplisme des légendes aussi.
L’esprit critique demande alors un minimum de vérifications. Nous sommes allés chercher des précisions dans une source britannique, l’Encyclopédie Universalis.
Edward Jenner est né en 1749 et est décédé en 1823. Il connaissait l’usage de la variolisation, mais il savait que les dangers étaient grands de développement d’une forme grave de variole. Il chercha, observa pendant plus de vingt ans avant de se décider à utiliser les pustules de vaccine sur quelqu’un le 14 mai 1796 : la vaccination était née.
Voltaire publia ses Lettres philosophiques en 1734, simultanément à Paris et à Londres, quinze ans avant la naissance de Jenner.
Rapprochement d’une image d’Epinal répandue et d’un récit ? Moyen aussi de démythifier ces surgissements brusques de génie, qui résultent, en fait, d’une longue patience et d’un travail d’observation des pratiques antérieures, soumises à interrogation et dont sortira, parfois, une intuition géniale.
L’histoire des sciences, comme celle de l’humanité est une succession de découvertes et de ruptures. Elles se sont préparées par nombre de travaux sans suite, qu’un jour débouchent lorsque une personne ou une équipe trouvent l’élément (qui pouvait se trouver parmi ceux déjà connus, que d’autres n’avaient pas su distinguer), et qui permet d’avancer. La synthèse ne part pas du néant : elle est produit du réel existant… et ainsi se réalise le progrès.
Finalement l’objet de ce billet ne serait-il pas celui d’inciter à lire Voltaire, agréable, éclectique, toujours intéressant et qu’on ne se lasse pas de relire ?…
Raymond BELTRAN
Le 19 mai 2008