Républicains et Laiques Audois

mardi

24

janvier 2012

Il n’y a pas de démocratie parfaite

Ecrit par , Posté dans Non classé

Il n’y a pas de démocratie parfaite et il n’y en a jamais eu.

Je voudrais poursuivre ici ma réflexion sur la démocratie à partir de cette remarque évidente car j’ai pu noter que mes interlocuteurs semblent toujours chercher un modèle idéal qu’ils ne connaissent pas mais qu’ils croient avoir existé et ceci est une erreur.

Il me semble finalement qu’il y a deux choses qui rendent impossible que nous puissions être satisfaits de la démocratie que nous connaissons : notre croyance en une démocratie utopique et l’ignorance de la définition de ce que c’est une démocratie.

Je ne reviendrai pas sur ce que j’ai voulu préciser il y a quelque temps sur la démocratie à revisiter au 21è siècle, à partir des fondements exposés par Montesquieu au 18è siècle et des commentaires sur la démocratie américaine au 19è siècle par Alexis de Tocqueville. Mais je reste persuadé que le malentendu se creuse entre la perception idéale que nous avons de cette forme de société et ce qu’elle peut être réellement à notre époque.

Si on est amoureux d’une femme imaginée sans aucun défaut, une Venus marmoréenne mais avec bras, jambes et pleine de vie, on ne pourra qu’être déçus face à sa réalité dès que ses défauts humains apparaitront dans notre vie, qui contrediront cet idéal. Alors on aura tendance non à condamner la féminité mais à maudire la femme précise qui nous aura normalement déçus. Il en est de même avec la démocratie.

Dans une étude précédente j’ai voulu renvoyer aux partis politiques l’exercice de restauration qui me semble nécessaire et que je ne suis pas seul à croire nécessaire. Mais je sais bien qu’une société ne s’amende qu’en situation de crise et que les partis ne voient pas pourquoi réagir à froid maintenant tant que cela ne les empêche pas de placer leurs candidats aux élections et de les faire élire.

Que faut-il donc faire ?

D’abord… les révolutions ne se font jamais sur commande, et quand elles explosent elles ne se limitent pas à un sujet précis. Elles débordent facilement avec des excès imprévisibles et on ne peut trier qu’après l’essentiel qu’elles nous ont apporté… En attendant il y a des instances diverses auxquelles nous participons en tant que militants. Si nous en sommes militants actifs, si nous pouvons considérer que nous n’avons pas à y rester passifs, ne pouvons-nous pas proposer une réflexion sur les améliorations à faire pour sauvegarder la démocratie ?

Mon expérience des débats me fait cependant rester sceptique si on ne sait pas y dépasser les banalités d’usage. Il est nécessaire de bien comprendre ce qui est uniquement illusion et leurre, dont on se rengorge avec des mots creux dans des discours, et ce qui ne fait que discréditer la notion que nous en avons, tellement il est évident que cela ne correspond pas à la réalité que nous connaissons.

Il faut revenir aux fondamentaux, mais en les corrigeant de ce qui n’est qu’idéal non applicable. Par exemple, la séparation stricte des pouvoirs que Montesquieu a théorisée est actuellement dépassée et il est inutile de vouloir y revenir même si on peut le regretter. Par contre son exigence de « Vertu » dans l’exercice démocratique est de plus en plus impérative. Cette exigence d’éthique et de déontologie politique est devenue criante tellement les affaires diverses occupent de place dans les média.

La démocratie doit être en conformité avec la société dans laquelle elle s’exerce. Inutile de vouloir une démocratie idéale, inexistante, qui ne sert qu’à permettre de se plaindre de son inexistence, mais au contraire il faut une démocratie réelle, tenant compte de la vie sociale, des citoyens et de la réalité concrète qui nous entoure.

Peut-être qu’il faudra arrêter ainsi de vouloir tout tirer de la seule expression « pouvoir issu du peuple et n’ayant pas d’autre légitimité que celle du peuple. » L’affirmation que le peuple est souverain ne signifie pas que tout vient de lui ni que rien n’existe en dehors de lui, et il ne faut pas oublier qu’il faut une règle constitutionnelle, ou d’usage, qui précise les modalités d’exercice du principe fondateur pour le réaliser.

Faut-il rêver encore d’une démocratie à la grecque, éternelle et immuable, qui n’a jamais existé face au suffrage universel que nous connaissons aujourd’hui ?… Ne faut-il pas consolider notre démocratie, la renforcer, en lui enlevant les gangues dont les discours l’ont ornée en la rapprochant ainsi plus de l’anarchie que de son sens historique ? J’ai eu l’occasion de dire déjà que la démocratie n’existe qu’avec des règles précises qui doivent avoir été objet de consensus.

Mais ces règles ne peuvent pas être celles qui étaient en vigueur il y a plus de 2 000 ans dans une ville grecque, réduite à ses notables. Il faut tenir compte des dimensions actuelles de son exercice dans un Etat, dans une U.E…. La démocratie directe est ainsi devenue depuis longtemps obligatoirement représentative, mais comment renforcer le côté « participatif » des citoyens qui ne sont pas seulement au niveau de la cité mais du département, de la région ou de la nation, élargie maintenant à l’U.E. ?

Oui, la démocratie s’oppose à beaucoup de « xxxcraties » par son origine et sa légitimité issue du peuple. Comment dans notre contexte du 21è siècle, dans le cadre des Etats-nations et de l’U.E., cela peut se traduire concrètement sans la dénaturer et en la rendant viable.

Je ne crois pas à des démocraties identiques partout. Je ne crois pas qu’il suffise d’un vote pour dire que l’on a instauré une démocratie dans un pays. Je crois que la démocratie nécessite un apprentissage qui peut être long.

Mais je crois, et ce n’est pas la première fois que je l’écris, qu’il n’y a pas de démocratie sans liberté d’opinion, donc de croyance, et sans possibilité d’alternance au pouvoir qu’un vote libre puisse provoquer. Après… selon les pays, des modalités différentes peuvent exister et ce n’est pas cela qui peut justifier des condamnations suffisantes et dogmatiques. Le Royaume Uni, les USA, l’Allemagne, la France sont des démocraties différentes, mais elles sont des démocraties… La Tunisie de Ben Ali votait et… je peux ajouter d’autres pays… mais est-ce des démocraties ?

Formes de scrutin, constitutions… combien de variantes discutables et à discuter !… Le scrutin proportionnel est-il le plus démocratique ?… l’éparpillement des voix obligeant à des coalitions ne donne-t-il pas le pouvoir aux petites représentations devenues indispensables pour faire une majorité ? (Voir Israël et le poids des partis religieux minoritaires) … Le référendum doit-il être la « votation » des cantons suisses ?… Comment augmenter la participation des citoyens à la politique locale, départementale, régionale, nationale, européenne et internationale ?… Comment le faire avec réalisme et efficacité sans en rester aux incantations partisanes ?

Comment arrêter de brasser des vieilles lunes démagogiques qui ne veulent rien dire mais qui laissent l’impression que l’on se réclame d’une démocratie inaccessible… ce qui ne sert qu’à mieux développer le nombre d’insatisfaits, en manque de cette démocratie utopique !

Et, j’en viens à un sujet qu’il ne faut pas éviter. Celui des insuffisances du modèle démocratique.

En période de crise grave les politiques élus démocratiquement n’osent pas prendre les responsabilités nécessaires. Ils en sont paralysés : clientélisme, démagogie, manque de courage… rares sont les vrais hommes d’Etat et la démocratie semble incapable de résoudre les problèmes graves qui se posent à elle et se trouve réduite pour s’en sortir à faire appel à « des hommes providentiels. »

Ainsi sans les situer sur le même plan, considérons 1940 avec Pétain ; 1958 l’Algérie et De Gaulle ; Papandréou en Grèce élu démocratiquement et laissant la place après à un technocrate ; Berlusconi remplacé en Italie pour les mêmes raisons, etc. C’est là le danger des démocraties qui vont à vau-l’eau à force de se laisser aller à la facilité, qui perdent le soutien des citoyens qui ne comprennent pas les dérives du pouvoir et qui ont même fini par perdre toute considération pour une alternance qui ne ferait que faire tourner aux commandes la même classe politique discréditée.

Du populisme issu des discrédits des affaires… Des hommes providentiels, recours indispensables pour s’en sortir, à la merci de qui on se place alors, soumis à leur bon vouloir… au risque qu’ils s’installent et ne veuillent plus quitter ce pouvoir pour lequel ils ont été fortement sollicités… C’est la fin des démocraties, car, comme les civilisations, elles aussi sont mortelles.

Raymond BELTRAN
Le 24 janvier 2012