Républicains et Laiques Audois

lundi

28

juillet 2008

Honte de qui, de quoi ?...

Ecrit par , Posté dans Non classé

La « honte » de Benoît XVI s’exprimant en Australie est qualifiée par les media d’évènement historique, tout en rappelant un précédent récent aux USA. Mais quel a été l’objet de cette honte ?

Qu’il y ait des prêtres pédophiles ce n’est pas surprenant. Ce milieu ne pouvait pas être exclu de cette perversion. On pourrait dire, au contraire, que ce penchant est favorisé par les refoulements occasionnés par la chasteté, qui, si elle n’a pas été promise formellement à l’ordination semble logiquement liée au célibat imposé qui, lui, a bien été promis. Ces « solutions » sont favorisées par la position morale dominante qui est reconnue aux prêtres par les familles croyantes, ainsi que par l’accès aux enfants qu’elles leur confient aveuglement, en tant que directeurs de conscience disant le bien et le mal.
Les victimes ont été trahies en fonction de ce rôle moral et de la confiance accordée par les familles, autant que par le message de l’église qu’ils représentent. Cela ajoute aux dégâts physiques et psychiques que ces agissements ont provoqué sur des enfants dont ils ont abusé la confiance en raison de leur autorité, cautionnée par l’église et par des parents crédules.
L’évolution des mentalités, la baisse d’influence morale sur les familles, l’inopérance des pressions pour faire le silence sur ces turpitudes qui en a résulté, tout cela a permis aux victimes d’abus sexuels de dénoncer ces pratiques et de porter enfin plainte auprès de la justice. Celle-ci qui a été, souvent dans le passé, réticente à développer une action sur la pédophilie, en particulier à l’égard de prêtres, le témoignage des enfants étant considéré peu crédible et la mise en cause d’un clerc évitée a priori tant que cela se pouvait.
Pourtant, on savait. La simple lecture de Roger Peyrefitte permettait de connaître que dans les internats scolaires religieux c’était un fait fréquent. Mais on préférait ignorer, considérer que ce n’était là que des cas particuliers, rares et que les dénoncer était faire profession d’anticléricalisme primaire.
Il a fallu qu’aux USA plus de 4 000 prêtres soient impliqués, au point de faire frôler la faillite de diocèses entiers contraints d’indemniser les plaignants afin d’arrêter les poursuites, pour que cela devienne public. En Australie on cite plus de 140 cas connus. On peut considérer que la honte, celle-ci bien réelle, des victimes à se faire connaître, le respect que, lorsque cela ne leur a pas fait perdre la foi, elles gardent pour la religion qui les a façonnées avec leur famille, tout cela fait que le nombre des cas connus est très sous-évalué par rapport à la réalité des faits… On peut aussi se demander pourquoi cela ne serait arrivé de manière importante qu’aux USA et en Australie, épargnant les autres pays !…
Aucune institution humaine ne dévoile facilement les erreurs de ses membres, à plus forte raison les malhonnêtetés qui interviennent en son sein. La réaction réflexe est toujours de protéger le coupable afin de se protéger par le secret gardé sur les mauvaises actions.
La pédophilie se développe aussi dans d’autres milieux. Il y a des traditions dans lesquelles l’âge des enfants n’est pas un obstacle à des « mariages » précoces, à la prostitution infantile, à la satisfaction d’adultes riches ou puissants, de vieillards séniles. Une certaine littérature a décrit cette pratique. L’Amant de Marguerite Duras en est témoin. Un écrivain connu, Gabriel Matzneff, dans les années 70-80 se vantait de ses multiples succès sexuels avec des jeunes, filles et garçons, parfois très jeunes. Il en a fait l’objet de plusieurs de ses livres et participé à des émissions prestigieuses à la TV, à la radio…
Depuis une bonne vingtaine d’années, la publication et la diffusion de la Charte des Droits de l’Enfant sous l’égide de l’Unicef, tout en étant considérée utopique et inefficace par certains, a alerté peu à peu des organisations luttant contre l’esclavage des enfants et contre le tourisme sexuel et pédophile. Elle a justifié leur action.
Cela a suscité un sentiment nouveau et permis l’émergence de lois répressives au-delà du cadre national. Cela a incité les enfants à se manifester, à ne pas garder pour eux une culpabilisation injuste, à comprendre que l’enfant ne doit pas accepter l’inacceptable, y compris dans la famille. Des téléphones d’alerte ont été diffusés dans les pays occidentaux, des actions ont été menées dans des pays « bénéficiant » du tourisme sexuel, etc. S’il n’y a pas eu éradication de la pédophilie, il a été établi qu’elle est condamnable et punissable.
C’est dans ce contexte que, devenus adultes, les victimes ont réagi et dénoncé la pédophilie de clercs d’église. Les actes commis étaient répréhensibles pour tous et personne n’a jamais admis qu’ils aient été autorisés aux prêtres. Le fait que la réaction est plus forte et devient plus efficace maintenant pour refuser toute pédophilie et tout silence sur ce sujet est devenu un de ces progrès moraux de l’humanité qu’il ne faut occulter.
Mais ce que les victimes étasuniennes ou australiennes demandaient au Pape n’était pas seulement de dire la honte des actes commis sur elles par des individus, mais de dire la honte de toute une hiérarchie allant jusqu’à des évêques et cardinaux, qui savait… et n’a rien fait pour l’arrêter. Ces victimes l’ont dit et elles l’ont prouvé : elles n’ont pas eu le sentiment d’avoir été entendues…
Même si la pédophilie existe ailleurs aussi, le brouillage des notions morales provoqué par des ecclésiastiques a des conséquences amplifiées par la qualité des responsables. Ils ont profité du milieu religieux dans lequel ils agissaient, cyniquement, s’abritant sous l’autorité de leur fonction.
La honte face à ces faits n’a donc pas été repentance de l’institution face à la couverture de la hiérarchie qui les a niés : Celle-ci a fait comme si cela n’avait pas d’importance tant que personne ne le savait… Une hiérarchie prompte à proclamer la morale religieuse urbi et orbi, à vouloir la faire imposer partout à tout le monde et si permissive pendant des lustres et plus pour son usage et celui de son « personnel. »
Un personnel maintenu sur place, où il continuait à sévir, avec juste une remontrance si cela s’était un peu ébruité, envoyé ailleurs si c’était nécessaire pour garder le secret, mais avec des fonctions le mettant toujours en présence d’enfants qui devenaient de nouvelles victimes en puissance. Cela a duré des décennies en toute hypocrisie…y compris en France…
On dit que c’est historique qu’un Pape consente à dire qu’il fallait que cela cesse… mais cette information ne s’accompagne du moindre commentaire sur l’amoralité antérieure ni sur les limites de la reconnaissance des fautes, ni sur le fait que l’église catholique a cultivé cela impunément… depuis… ?
Raymond BELTRAN
Le 28 juillet 2008