Républicains et Laiques Audois

lundi

16

janvier 2012

Etudiants étrangers

Ecrit par , Posté dans Non classé

Cela fait partie des sujets qui me sont sensibles, sur lesquels je n’ai jamais varié d’opinion.

Autant le dire tout de suite, j’ai toujours été opposé à toute obligation qui serait faite aux étudiants étrangers de partir chez eux dès la fin de leurs études. Je n’ai pas attendu que la majorité actuelle le propose et les circulaires Guéant pour le penser et pour le dire autour de moi.

Ce qui me semble le plus amusant aujourd’hui c’est que l’obligation faite de repartir chez eux était un discours de gauche à l’époque où cela m’avait indigné. Il y avait toute une logique dialectique qui justifiait ce discours. Résumons-la :

Les anciens colonisateurs attiraient les jeunes élites dans leurs universités et écoles supérieures. Ce qui pouvait apparaître comme un geste généreux ne l’était pas car, en fait, à la fin de leurs études ces jeunes restaient dans la « métropole », attirés par des gains faciles. Ils étaient donc soustraits à leur pays d’origine.

Ils ajoutaient à la dynamique des pays riches et manquaient cruellement à l’économie des pays pauvres dont ils étaient originaires. Le déficit intellectuel de ces pays s’accroissait et il ne faisait que les enfoncer encore plus dans le sous-développement.

Cette situation était incompatible avec le désir de contribuer au développement de ces pays pour qu’ils puissent créer des richesses qui fixent sur place les malheureux qui, faute d’activités sur place, sont obligés de recourir à l’émigration. Ainsi une double hémorragie affaiblit le Tiers monde, les futures élites restent dans les pays riches et les masses migratoires les y rejoignent avec l’espoir d’échapper ainsi un peu à la misère.

Faut-il ajouter que ce discours, très à gauche, s’accompagnait de propositions d’aide économique au développement auquel chacun trouvait, des sources particulières crédibles… Mais qui n’ont jamais suffi à enrayer les flux migratoires illégaux.

Faut-il ajouter, pourtant, que ce déficit de cadres techniques a favorisé l’envoi sur place de techniciens « coopérants » pour impulser des actions qui, dans le langage de gauche de l’époque, pouvaient s’assimiler à une sorte de néo-colonisation.

Faut-il ajouter, enfin, que si déficit de cadres techniques il y a eu, le déficit de cadres politiques n’a pas existé pour autant, hors les rejets des opposants par les népotismes en place qui ne souffraient pas de contestation et voyaient d’un mauvais œil le retour d’élites formées à la démocratie et prêtes à les combattre.

Mais, dans ce contexte, j’osais dire qu’il n’y avait pas que ces raisons à prendre en considération.

Pour moi, de par mon expérience d’étudiant, je savais que les étudiants étrangers venus en France ne provenaient pas du prolétariat local de chez eux. Sauf très rares exceptions, ils étaient issus d’une classe moyenne, plutôt au-dessus, qui leur avait permis d’obtenir des bourses officielles et leur donnait des moyens financiers supplémentaires.

Mais, surtout, j’estimais que l’on ne pouvait pas décider de leur avenir par un froid raisonnement idéologique dans lequel ils n’étaient que des éléments d’un collectif, des pions qu’on pouvait déplacer sans tenir compte de leur vie, de leurs ambitions, etc. Toutes choses légitimes que l’on voulait ignorer. Ils n’existaient pas en tant qu’individus. On voulait en disposer collectivement !

C’est pourquoi, dès lors, j’ai combattu ce discours de retour obligatoire dans leur pays et c’est pourquoi je réaffirme aujourd’hui mon opposition à cette mesure que Claude Guéant semble découvrir et vouloir activer… Car elle n’a jamais pu être appliquée avant.

J’ajoute des arguments en faveur de ma thèse.

Ces étudiants en fin de formation, si la France les fait partir, où vont-ils alors ?… Ceux qui sont d’un haut niveau de formation ne manifestent pas l’intention de revenir chez eux. Ils disent au contraire vouloir « rentabiliser » leurs études en allant ailleurs… USA, Canada, etc. …et ils iront enrichir des communautés scientifiques déjà riches, des laboratoires et des entreprises concurrentes des nôtres… mais la France les aura perdus !

Le 6 juillet 1980, Le Monde publiait une lettre d’un lecteur, étudiant étranger, doctorant, s’insurgeant alors de la prétention de refuser l’inscription dans les universités françaises des candidats qui ne sauraient pas assez de français :

…  » Je suis arrivé en France sans titres et sans argent. Je viens du « cône Sud » de l’Amérique latine, et les gens de mon milieu ne font pas d’études là-bas, comme tout le monde le sait. J’ai pu étudier en France, tous mes diplômes universitaires sont français, et, bientôt je soutiendrai ma thèse de troisième cycle en philosophie. Des gens compétents pensent que c’est un bon travail, et même qu’elle est très bien écrite. Faut-il ajouter que je ne connaissais pas le français en arrivant ? C’est fait, comme aurait dit le Montévidéen, gloire de la poésie française (Lautréamont se dénomme Montévidéen dans les Chants de Maldoror, et avec raison, puisqu’il l’était). »

 » Je voudrais seulement ajouter deux choses : si le projet Imbert avait été loi au moment de mon arrivée en France, de toute évidence je n’aurais pas pu rester dans ce pays que j’aime, et, encore moins étudier. La deuxième chose est la suivante : veilleur de nuit depuis quatre ans, c’est-à-dire depuis que j’ai la maîtrise de philosophie, je suis las et fatigué de garder les œuvres de métèques notoires, comme les dénommés Alechinsky, Brancusi, Carzou, Chagall, Dali, Max Ernst, Freundlich, Friedlander, Foujita, Giacometti, Miro, Juan Gris, Picasso, Soto, Sarki, etc. : ceci pour dire qu’il est vrai, comme « on » l’a dit (on au sens de Heidegger), que nous, étranges étrangers, enlevons le travail aux jeunes gens de la terre de Voltaire et de Rousseau (ce Suisse). »

 » Est-il nécessaire que pour finir je dise merci aux Français qui m’accueillirent, et qui m’accueillent chaque jour ? J’aimerais plutôt terminer en citant un poète français, un grand :  » Il y maintenant, comme en tous pays, d’ailleurs, tant d’étrangers en France qu’il n’est pas sans intérêt d’étudier la sensibilité de ceux d’entre eux qui, étant nés ailleurs, sont cependant venus ici assez jeunes pour être façonnés par la haute civilisation française. Ils introduisent dans leur pays d’adoption les impressions de leur enfance, les plus vives de toutes, et enrichissent le patrimoine spirituel de leur nouvelle nation comme le chocolat et le café, par exemple, ont étendu le domaine du goût. « 

« (Ce texte est le commencement d’un récit qui s’intitule Giovani Moroni, œuvre d’un Rital, ou d’un Polonais, je ne sais, Guillaume de Kostrowitzky, qui se faisait appeler Guillaume Apollinaire). »

Ce texte anonyme m’a semblé rester d’actualité. L’argument actuel pour rejeter les étudiants en fin de cursus est le fait qu’ils prennent la place des français dans l’emploi. Leur excellence ne devrait donc pas être prise en compte : il serait préférable qu’ils aillent ailleurs, dans des pays très accueillants aux diplômés ! et qu’ils concurrencent les Français ensuite en apportant à d’autres notre savoir faire, acquis en France, pour satisfaire une démagogie politicienne !… Ils iront s’ajouter aux Français doctorants, surdiplômés, qui doivent aller chaque année chercher dans d’autres pays le travail que nous ne leur offrons pas… Ainsi l’on affaibli nos laboratoires et nos entreprises en les privant de savoirs éminents en nous renfermant sur nous-mêmes.

Puis, comment interdire à ces étudiants étrangers de rester en France et demander en même temps que les nôtres soient admis à l’étranger quand ils le souhaitent ?

Permettez-moi de conclure avec le sketch de Fernand Raynaud sur l’étranger que l’on accusait de manger le pain des Français et qui, excédé, se trouva contraint de partir, en laissant son village sans pain… car il était le boulanger qui fabriquait leur pain.

Raymond BELTRAN
Le16 janvier 2012