Républicains et Laiques Audois

mardi

6

janvier 2015

Être de gauche ?…

Ecrit par , Posté dans Non classé

Je me suis considéré de gauche depuis que, adolescent, je me suis intéressé à la politique. Pas comme un héritage familial, mais comme un choix personnel.

Si mes parents ont vécu avec ma sœur et avec moi la République espagnole et la Retirada, avec ses conséquences des deux côtés des Pyrénées, je, qui arrivais en 1948 d’Espagne sans aucun engagement, n’épousais pas automatiquement les choix de mon père en France. Le communisme ne m’a jamais attiré en raison de mon choix de liberté individuelle incompatible avec sa doctrine.

Même dans les années où je me suis rapproché du catholicisme, en France, j’ai été conduit à chercher dans celui-ci son côté social car j’ai cru à un moment donné que la doctrine sociale de l’église que je connaissais à travers les encycliques des papes était une réalité. On me laissait croire que l’Action catholique était un chemin qui débouchait plus tard sur les Semaines Sociales, dans lesquelles se regroupaient des catholiques de haut niveau. Les prêtres ouvriers étaient un autre « pendant » de cette action.

Car j’ai cru au social, à la société à améliorer, avant de préciser ou d’affiner une option politique. En même temps que je perdais mes illusions dans la façon dont l’église catholique croyait dans une action politique sociale, qui ne servait qu’à marquer de signe de ralliement et de prosélytisme, je m’intéressais à une action politique se caractérisant par l’engagement européen, mais suivant, malgré cela, Pierre Mendès-France en raison de son langage de vérité et d’efficacité.

Peu à peu j’ai adhéré à la gauche sans me poser des questions mais rejetant les options de droite. J’ai cru à une politique de gauche et voté à gauche sans jamais être attiré par le communisme dont la rigidité doctrinale ne me convenait pas et dont je rejetais le stalinisme en cours. J’ai été de gauche avant de me considérer socialiste mais je pensais que dans la SFIO (le PS ne date que de 1969) on pouvait concilier liberté et engagement politique.

Les valeurs socialistes ont été les miennes longtemps, tout en gardant dans le parti une liberté de parole qui portait souvent à critique de la part des autres encartés. J’ai toujours pensé que la réflexion et la proposition étaient des outils du militant et j’ai toujours été réfractaire aux argumentaires tout faits et à la vulgate marxiste. Cela a duré 30 ans mais j’ai été déçu par un parti qui ne sert qu’à faire des élus, lesquels se croient tout puissants une fois élus, tandis que les militants sont ignorés sauf pour les services qu’ils peuvent rendre au niveau électoral.

Je ne suis plus socialiste. Je crois être pourtant toujours de gauche… mais pas pour suivre n’importe quel pantin qui s’affiche de gauche. Je garde toujours ma liberté d’observation, de choix et de vote, tout en m’éloignant des options partisanes. Je me fais une opinion et trie les propositions politiques en fonction des réalités que j’observe et de ce qui me semble juste. Mes analyses m’ont conduit à prendre des positions sur la démocratie et sur la classe politique que j’ai largement diffusées et qui ont eu un certain écho.

Je crois que les faits m’ont malheureusement donné raison à voir les évolutions en cours et j’enrage de ne pas voir prendre en compte par les élus la crise politique de qui accompagne la crise économique. Je me méfie du populisme et je voudrais que la démocratie se régénère par la prise de conscience de la nécessité de rejeter toutes les formes de corruption, en ostracisant les élus malhonnêtes comme les Grecs avait su le faire.

Si je continue à croire dans les aspirations de la gauche vers le progrès et l’amélioration de la société, je crois aussi que, avec des convictions économiques qui penchent à droite, il y a aussi des gens qui ont nettement partagé ces aspirations et je ne rejette donc pas ces personnes et leurs idées. Mais il y a à droite des comportements cyniques que je refuse et des dérives autoritaires que je refuserai toujours au nom de la liberté. De la même manière je refuse les violences politiques et les attitudes idéologiques d’une gauche qui s’est illustrée en voulant faire le bonheur des gens contre eux-mêmes et qui a tenu le haut du pavé avec le stalinisme.

Avec le temps je me suis approché des « majorités d’idées » chères à Edgar Faure, qui permettraient de choisir, sans idéologie, en fonction des réalités, une solution parce qu’efficace et non parce que opposée à l’autre. Je rêve d’une politique basée sur la vérité, sur l’honnêteté et sur l’efficacité.

Je ne me situe pas dans un centre qui n’existe que pour des considérations de simple géographie politique, à équidistance des extrêmes. Je ne me situe pas à droite, mais je ne rejette pas les hommes, les femmes, les idées par ce que elles seraient de droite si je pense qu’ils, qu’elles, sont justes. Mes aspirations de gauche demeurent mais je crois de plus en plus aux majorités d’équilibre et non d’opposition. L’ouverture que Rocard, puis Sarkozy, ont essayé, était une voie juste mais qui a été dévoyée en outil de communication et rien d’autre.

Le social et la liberté sont toujours des critères de base de mes choix politiques. L’information que je fréquente beaucoup me sert à analyser, confortée par des lectures d’experts, et m’aide à concrétiser ainsi des conclusions personnelles. N’étant pas de la « gauche caviar », ni du « radicalisme cassoulet », j’ai fabriqué personnellement mes options, prenant des distances avec les partis politiques, même si je pense qu’ils sont nécessaires, à condition qu’ils se régénèrent, espérant qu’on évitera la défaite annoncée de la démocratie. Car la démocratie est en danger de dilution dans l’individualisme.

Raymond Beltran
Le 06 janvier 2015