Républicains et Laiques Audois

mercredi

21

juillet 2010

Etat de droit… et réciproquement ?...

Ecrit par , Posté dans Non classé

Il y a des affrontements périodiques entre la police et des jeunes de quartier. Cela est qualifié de violences et l’on donne la parole à des spécialistes qui expliquent doctement les raisons de ces oppositions. Peut-on en rester là ?…

Comme d’habitude deux positions sont exposées. Manque de moyens et insuffisance de police de proximité en sont l’explication des uns qui ajoutent la nécessité de développer les associations de quartier et le besoin de les subventionner davantage. De l’autre côté on insiste sur la nécessité de répression d’actes insupportables et sur le besoin de sécurité dans ces quartiers.
Cela fait combien d’années que cet affrontement stérile sert à maintenir le statuquo ?… Ce débat se fait par-dessus la tête des habitants du quartier qui, eux, supportent les tensions, voient leurs voitures brulées et leurs magasins pillés ou incendiés en réaction contre les activités de la police qui dérangent certains caïds.
Deux événements récents sont devenus tant symboliques qu’il est difficile de ne pas réagir en citoyen à leur déroulement, et aussi à l’absence de condamnation de ceux qui ne sont rapides à le faire que dès qu’il y a bavure policière.
Ainsi, un braquage d’un Casino avec des armes de guerre, utilisées ensuite contre les policiers prenant en chasse les auteurs de ce braquage, permet à un quartier de s’embraser pour protester contre la police qui a tué l’un des braqueurs. Il y aurait le droit d’attaque à main armée, de tirer sur les agents de police… et la police devrait laisser faire ?…
Ainsi, un jeune « des gens du voyage » comme on doit dire, forçait deux barrages de gendarmerie et, abattu par les gendarmes justifierait l’attaque de la gendarmerie par la famille du jeune ?
Ces droits à l’impunité revendiqués implicitement laissent rêveur l’observateur citoyen.
Les « explications » données par le manque de confiance en la police qui s’est installé dans certains quartiers, qui permet à la rumeur d’accuser les agents dès qu’il y a un incident avec des jeunes, si elles permettent de « comprendre » certains cas, ne peuvent pas justifier les excès qui viennent de se dérouler et dont la presse nous a fait témoins.
Si l’on peut comprendre des réactions contre ce qui paraît une bavure et contre tel ou tel manque de maîtrise de policiers, si on peut comprendre que l’on dénonce certains agissements de harcèlement de jeunes, peut-être trop provocateurs par ailleurs pour quelques uns, pourquoi cette partialité qui ne dénonce pas l’insupportable de ce qui vient de se passer ces derniers jours ?…
Il n’y aurait que le gouvernement qui devrait dire que les comportements de révolte contre la police sont intolérables ?… Les associations promptes à attaquer les policiers seraient plus crédibles si elles les défendaient dans les cas où il est incontestable qu’ils ont agi comme il le fallait.
Aucun pays au monde ne peut accepter des territoires de non droit et leur domination par des gangs qui prennent en otage les autres habitants et qui prétendent avoir le droit de réagir à la présence de la police par la violence afin qu’on les laisse tranquilles pour poursuivre leur négoces. Flambées de violence supportées par les autres habitants, solidaires par proximité, mais victimes réelles de leurs « parrains ».
On dit du mal du comportement de certains policiers… Parfois avec raison… Plus souvent à tort. Leur métier est difficile. La tension est grande et la perte de sang froid facile dans certains affrontements. Cela ne les excuse pas… mais il ne faut pas ignorer que c’est le corps de fonctionnaires qui subit le plus de sanctions disciplinaires.
En 2009 il y a eu 3 109 policiers sanctionnés. Plus d’une centaine ont été révoqués ou mis à la retraite d’office. Plus de 300 ont été exclus temporairement du service… La police qui ne représente que 8 % de la Fonction Publique cumule 50% des sanctions. On ne peut pas laisser dire qu’on laisse aux agents de police faire n’importe quoi. La « police des polices » a déclenché 1 480 enquêtes dont 50 % sur saisine judiciaire et 21 % à la demande du ministre de l’Intérieur.
L’Indépendant du 20 juillet, dans un édito signé de Christian Bachelier me fournira quelques éléments supplémentaires de réflexion sur ce thème de la violence urbaine. Je le cite :
« Plus de … Mais suffit-il d’additionner tous ces ‘plus’ pour réduire le phénomène ?… La violence quand elle s’exprime ainsi est le signe d’un ‘moins’. Un moins de respect pour la vie, pour les autres. Brûler, tuer, détruire, démolir, incendier ne semble plus, en de si nombreuses circonstances, être limité par l’interdit. Au contraire. Plus que toute autre chose, la violence nous dit que notre société perd un repère fondamental, gage de cohésion, signe de civilisation. »
Je conclurai mon billet d’humeur citoyenne en citant encore ce journaliste, dont je partage l’expression :
« Le problème est que l’enjeu politicien est tellement énorme que ni la gauche ni la droite ne sont prêtes à se tendre la main pour regarder ensemble ce qui pourrit à ce point notre société. Elles préfèrent, imprégnées par l’air du temps, s’en tenir à la violence des mots pour désigner l’autre, plutôt que de construire avec lui. »
(…)
« Ce n’est pas moi… C’est les autres !…
Les autres… les autres… les autres…
Disait Abd El Malik…
(…)
Raymond BELTRAN
Le 21 juillet 2010