Républicains et Laiques Audois

mardi

3

juin 2014

Et… maintenant ?...

Ecrit par , Posté dans Non classé

Les résultats du vote aux européennes étaient tellement prévisibles que je n’ai pas été surpris en en prenant connaissance. Malheureusement je ne suis pas sûr qu’ils soient suffisants pour que les Partis en prennent conscience. J’ai été très attentif aux commentaires des élus politiques au soir du scrutin. Pas de triomphalisme… cela aurait été déplacé de la part des battus, mais la joie normale des responsables du FN qui obtenaient enfin le résultat qu’ils souhaitaient depuis des années.

J’ai été très attentif aux commentaires des élus politiques au soir du scrutin. Pas de triomphalisme… cela aurait été déplacé de la part des battus, mais la joie normale des responsables du FN qui obtenaient enfin le résultat qu’ils souhaitaient depuis des années.

Deux interventions ont attiré mon attention… pour constater que personne ne les reprenait ensuite ni parmi les politiques ni, et c’est le plus lamentable, parmi les observateurs et les journalistes qui commentaient ensuite ces commentaires.

L’une venait de la part de J. M. Cavada comparant les résultats du vote en Allemagne et en France, pour des gouvernements en place, mais en soulignant l’absence d’information dans les media en France sur le travail du Parlement européen et l’importance de la reprise par les media allemands de ce qui se faisait en Europe. J’ajouterai l’absence de connaissance par les électeurs de tout le travail fait par les eurodéputés de notre région, dont on a fini par oublier leur nom et qu’ils nous représentent au Parlement européen. Ils deviennent opaques après leur élection.

L’autre était le fait de Rama Yade qui soulevait la question de la crédibilité de la classe politique française par rapport aux abstentions et la nécessité d’un sursaut moral des Partis.

C’est cet aveuglement qui est inquiétant. On ne veut pas sortir des ornières politiques et l’on fait comme si le rejet de la classe politique constatée dans les sondages et confirmé par les abstentions n’était qu’un élément d’analyse sans conséquences pour l’avenir. On ne veut pas se rendre compte que le phénomène est durable et que ne pas réagir confortera encore le FN.

Il fut un temps où L. Fabius examinait avec lucidité le contexte politique et il avait alors dit que le FN posait de bonnes questions mais qu’il n’apportait pas de bonnes réponses. A ne pas vouloir comprendre que le FN a su reprendre les questionnements que beaucoup de citoyens se posent, à tort ou à raison, sous prétexte que ces questions ne sont que le produit de l’imagination diabolique d’une extrême droite condamnable, on a fini par laisser le seul FN leur apporter sa réponse et se créditer auprès de ces électeurs d’être à leur écoute.

Des partis classiques, dits « républicains », qui se noient dans les affaires qui les touchent et qui se discréditent à ne pas réagir à temps, mais qui confortent ceux qui ont été mis en cause jusqu’au moment où il n’est plus possible de continuer à nier ce qui leur est reproché… Des affaires qui n’en finissent pas de se dérouler en enquêtes judiciaires interminables et tant de nouvelles affaires qui apparaissent tantôt à droite, tantôt à gauche, cela aboutit à ce que les Français considèrent à plus de 80 % que la classe politique n’a pas leur confiance, même si l’on vote encore en pensant que, de toute manière, il n’y a pas mieux. Mais alors de plus en plus d’électeurs vont chez les populistes en essayant de trouver là ce mieux, ce qui leur permet de rejeter en même temps les élus installés.

J’ai été frappé par le fait que quasi 100 % des villes et même des villages (du moins dans l’Aude) ont mis le FN en tête des votes aux européennes. Quelle unanimité et quel retournement après les municipales !… Peu d’analyses en dehors du classique « vote de contestation sans conséquence », ce qui montre le peu de valeur qu’on accorde au travail des députés européens ! Je ne crois pas qu’il soit sans conséquence et, en particulier, j’ai l’impression que l’on a cultivé depuis longtemps que tout ce qui ne va pas est de la faute de l’Europe. Le FN ayant choisi la cible de contester l’Europe a récolté ce que d’autres avaient semé depuis des décennies.

On est devant une crise qui n’est pas qu’économique : elle est autant politique !… Pour en sortir sans dommage pour la démocratie il faut un électrochoc provoqué par les partis politiques, sinon ils le subiront venant d’autres. Je reste optimiste en le disant car sinon il ne restera que l’espoir du surgissement d’un l’homme providentiel… Mais je doute cependant que les partis politiques soient capables de se saisir des chances qui restent de s’en sortir, n’étant intéressés que de trouver en dehors d’eux les responsabilités de leur débâcle.

Je crois que, malgré la Constitution, on ne peut pas continuer à dire que tous les Français sont égaux. Les élus politiques ont des responsabilités particulières et des avantages en conséquence. Leurs candidatures personnelles doivent présenter des garanties qu’on n’exige pas des autres. Je reste persuadé que l’exigence de Vertu que Montesquieu avait pour la démocratie, rejoignant le vêtement « candide » (blanc) des candidats de la Rome antique, cette Vertu doit être affirmée dans une Charte déontologique qui engage les Partis et qui entraîne de leur part sanction immédiate et durable pour ceux qui s’en écarteraient.

Il serait souhaitable que cette Charte soit issue de la classe politique elle-même et qu’on lui donne charge de loi organique avec traduction dans le Code électoral, qu’elle soit consensuelle et que, sans être démagogique, elle soit suffisamment stricte pour arrêter les dérives actuelles. Il faudra que les parlementaires s’interrogent sur les privilèges dont ils bénéficient, qui s’ébruitent de plus en plus et de leur effet sur les citoyens qui s’appauvrissent et sur ceux qui voient leurs avantages acquis rognés au nom de la solidarité à côté d’élus qui ne bougent pas sur les leurs.

Il faut également que les partis politiques soient davantage lieu de débats et de formation et non celui de rassemblement « d’analphabètes politiques » (disait Roger Garaudy dans sa première période. Je connais la suite…) qui dans beaucoup de sections n’ont vocation qu’à confirmer les décisions prises par les leaders et à voter les décisions des élus dans une soumission idéologique presque religieuse à des chefs qui, eux, ne se trompent jamais. Si les encartés politiques ne sont pas tous des analphabètes politiques ils ne comptent pas car on ne tient pas souvent compte du travail de réflexion de leur part et on ne le leur demande même pas de le faire.

En définitive, pour reprendre en creux ce que mes critiques antérieures ont mis en relief sur le fonctionnement de la démocratie en crise, je fais le vœu d’une refondation se manifestant d’abord par une reprise en main morale des élus par eux-mêmes, avec le respect de leurs engagements pris, qui ne doivent pas rester des promesses électorales vaines, avec un langage de vérité qui explique et permette de comprendre les compromis nécessaires et l’engagement de réformes qui simplifient la vie sociale et qui suppriment les scories inutiles du passé. Seul un langage de vérité peut permettre la remise en cause des forteresses clientélistes.

Remarquons qu’en Italie Matteo Renzi a obtenu 40,8 % des voix aux élections européennes, au bout de 3 ou 4 mois au pouvoir, ayant engagé des réformes qui mettent en cause l’organisation administrative et politique du pays, dans un pays en crise économique profonde.

Il faut une volonté politique résolue, une explication claire de la politique suivie, une analyse sincère de la situation, sans se contenter de seulement accuser les autres. Il faut arrêter avec la langue de bois traditionnelle. Contre le populiste Bepe Grillo et Berlusconi, la victoire du PD de Matteo Renzi a été claire.

Il y a longtemps que j’affirme que l’on ne battra pas en France le FN par le discours moralisateur. La diabolisation n’a pas suffi à les contenir. Face à leur politique il faut des arguments politiques. S’ils ont une écoute de leurs électeurs c’est qu’ils reprennent les préoccupations et les réactions que les citoyens ressentent face à la société. Si les électeurs se trompent encore faut-il le leur montrer en reprenant les questions abordées et en donnant les bonnes réponses à ces questions au lieu de vouloir les ignorer parce qu’elles sont l’objet d’intérêt par le FN.

Après le retard pris et l’avance que l’on a laissé prendre au FN sur le terrain populaire, il faudra du temps … sauf à faire cet électrochoc politique que je demande. Ce qui vient de se jouer était prévisible et prévu. D’autres que moi s’y attendaient aussi et je ne tire pas gloire de l’avoir annoncé depuis plusieurs années.

Si les partis politiques dits « républicains » ne saisissaient pas cette nécessité pour dépasser les options électoralistes et partisanes qui viennent d’être mises en échec, pour faire cette refondation démocratique profonde, il ne faudra pas s’étonner des prochaines échéances électorales régionales pour voir encore le FN s’implanter davantage dans les échelons du pouvoir territorial et… culminer aux présidentielles.

Raymond Beltran
Le 03 juin 2014

Maurice Agulhon

Je viens d’apprendre le décès de Maurice Agulhon. Il nous avait aidés en 2003 avec sa participation bénévole au Colloque Laïcité-République à Carcassonne et nous n’oublions pas la compétence de sa contribution à ce colloque. Historien, Professeur au Collège de France, grand spécialiste de la République il avait marqué les travaux de cette rencontre.

Dans la page que Le Monde du 1-2 juin 2014 lui a consacré, j’ai relevé un extrait de la tribune qu’il avait publié dans ce quotidien, le 3 mai 2002, avant le deuxième tour de la présidentielle. Je vous en livre ce passage :

« Comment être républicain face à M. Le Pen ? En dénonçant les épisodes détestables de son passé et ses théories sur le mode de l’excommunication ? Ou en argumentant sur les principaux points d’un invraisemblable programme (quitter l’Europe, renoncer à l’euro, récupérer la guillotine…) ? Etre républicain ne devrait pas empêcher d’être raisonnable, car le raisonnement est plus efficace que l’imprécation. »