Républicains et Laiques Audois

mardi

22

novembre 2011

Echec de la démocratie

Ecrit par , Posté dans Non classé

Tant en Grèce qu’en Italie nous pouvons constater l’échec de la démocratie.

Face à la situation de crise que nous traversons, face aux créanciers dont les Etats sont devenus dépendants pour pouvoir continuer leur cavalerie d’emprunts, la classe politique résultant d’élections démocratiques a dû abdiquer et laisser à « des hommes providentiels », « des technocrates », le soin de s’en sortir.

C’est un échec de la démocratie, résultat du triomphe de la démagogie qui a régné en maitresse depuis des années, avec la fuite en avant irresponsable de ceux qui avaient pour mission de travailler pour améliorer l’avenir mais qui ont préféré vivre à crédit et tant pis pour leurs successeurs… Ils ont tiré sur la ficelle tant qu’elle ne cassait pas, croyant à son élasticité éternelle.

Dans mon édito du 23 septembre 2004, présent sur ce site, je m’inquiétais de l’absence de débat politique sur la dette publique et sociale qui sacrifiait l’avenir des générations futures. Je rebondissais à l’écrit de l’alors directeur de l’Express Denis Jeambar : « nous flambons et nos descendants paieront ».

L’on apprend maintenant le mécanisme de la cavalerie financière que l’on use encore et toujours au niveau des Etats… Remarquons que le système est frauduleux au niveau des particuliers qui l’emploieraient à leur usage… Ainsi l’on rembourse les emprunts précédents en recourant à de nouveaux.

Pour des emprunts en cours, si les taux nouveaux sont plus faibles, c’est alors une saine gestion qui revient à renégocier pour avoir moins d’intérêts à payer… S’il s’agit de nouveaux emprunts permettant d’investir pour produire des richesses, celles-ci seront utiles et permettront de mieux rembourser ces prêts. Alors le procédé sera rentable.

Mais si les emprunts servent seulement à combler les déficits, sans rien produire, s’ils ne servent pas à investir des actifs mais à payer des fonctionnements passifs non provisionnés et à rembourser des prêts arrivés à terme, ils ne peuvent que se cumuler sans aucun espoir de diminuer leur poids dans le futur. Cela fera boule de neige.

Ayant emprunté 100 pour un an, on doit rembourser 103 à 3% au bout de cette année. Si le déficit a été encore de 100, on empruntera alors 203 pour combler le nouveau déficit et rembourser l’emprunt précédent… et l’on empruntera à égalité des situations 307 au bout de 2 ans. Quelques dizaines de milliards par an deviennent ainsi des milliers de milliards au bout des années, ce que nous entendons maintenant dans les discussions internationales.

Voilà comment des pays riches, ayant vécu à crédit arrivent à dépendre de ceux qui font crédit, devenus méfiants après la crise des « subprimes » en 2008 et qui se garantissent avec des prêts à très court terme et avec des intérêts de plus en plus élevés quand la confiance des prêteurs manque à des emprunteurs sans crédit !…

Car le terme abstrait « Les marchés » évite de préciser de qui il s’agit et il fait oublier que ce sont des institutions privées et publiques, très souvent étrangères, qui achètent les bons du Trésor ou autres titres offerts en souscription. Ils ne seront achetés que s’ils sont attractifs pour l’acheteur.

La France va émettre 179 milliards d’euros d’obligations à moyen et court terme en 2012, pour amortir 98,9 milliards de dette arrivant à échéance et 80 milliards de nouvelle dette devant couvrir le déficit prévu pour 2012. Selon les prévisions budgétaires publiées en septembre 2011.

Selon des documents de l’INSEE de mai 2011, le déficit public en 2010 s’élevait à 136,5 milliards, soit 7,1% du PIB. Je n’ai pas la place ici pour détailler ces comptes, mais remarquons que la Sécurité Sociale était comprise dans ce déficit pour 22,8 milliards et que la dette publique nette cumulée de cette SS était de 170,6 milliards d’euros au 31-12-2010, sur un total de 1 591,2. Ce total de la dette représentant 82, 3% du PIB français.

Sur le budget 2011, la charge de la dette était prévue en début d’année pour 45,4 milliards, montant des dépenses qui la plaçaient au 3è rang des budgets ministériels, représentant la moitié de celui de l’enseignement et de la recherche, plus fort que celui de tout l’enseignement supérieur de l’année, absorbant presque le montant de l’impôt sur le revenu encaissé.

J’ai cru important de développer le mécanisme de cette cavalerie et l’importance des montants de cette dette parce que la vérité, il faut la connaître… On ne voulait pas la voir et, tant qu’on pouvait éviter de la révéler, les élus politiques l’ont fait, espérant que ce serait toujours les suivants qui, après, auraient à affronter cette réalité. Et, encore il y en a qui nient l’existence du problème prétendant qu’il ne s’agit que d’un montage idéologique dont « les spéculateurs », « les marchés », ces abstractions, sont seuls responsables… L’échéance est arrivée !…

La démagogie est plus facile que la démocratie. Tant qu’elle fonctionne elle permet de faire semblant… Courage, fuyons !… fuite en avant, puis… fuite tout court quand il n’y a plus d’issue… On joue alors sur les abstractions « c’est la faute aux marchés », mais on évite d’expliquer pourquoi ils sont devenus maîtres… « c’est la crise »…

Mais si les élus politiques laissent la place aux technocrates pour résoudre les crises qu’ils n’ont pas vu venir et qu’ils ont été incapables de résoudre avec les outils démocratiques, c’est très grave pour la crédibilité de la démocratie. Cela signifie que l’on n’est pas capables d’agir dès que l’on doit faire face à des difficultés graves, que la vérité n’est pas accessible au politique ordinaire qui n’a pas la stature de l’homme d’Etat véritable. Celui-ci est rare !… Puis, il y a eu le cynisme de la « berlusconiade » qui annonce son retour quand les technocrates se seront usés à résoudre la crise et qu’il n’y aura plus à affronter des problèmes aussi aigus…

Ce constat d’échec, ce constat d’irresponsabilité que les élus démocratiques laissent établir est grave. Au moment où les citoyens, qui forment le peuple, doutent de leurs capacités à faire fonctionner une démocratie effective, ce renoncement est inquiétant. Il montre que l’issue de l’accumulation de problèmes non résolus ni surmontés mène inéluctablement à une autorité qui ne vient pas du peuple, mais de compétences demeurées extérieures à la classe politique. La démocratie dépendra alors du bon vouloir de ces hommes providentiels.

C’est le grand danger que courent aujourd’hui nos institutions. Si la classe politique qui alterne dans notre gouvernance n’est pas capable de se saisir des problèmes importants qui se posent à nous, ils laisseront la place à d’autres. Seront-ils dans la continuité d’un De Gaulle qui, dans sa droiture, dit « Ce n’est pas à mon âge que je vais devenir dictateur, alors que j’ai contribué à rétablir les libertés ».

L’issue à notre lassitude démocratique, se renforçant par la crise économique, si elle persiste comme c’est prévisible, ce sera l’échec de la démocratie et la porte ouverte aux solutions autoritaires et technocratiques. La décadence politique amènera à la décadence démocratique et l’autoritarisme nous guettera alors comme une fatalité.

Raymond BELTRAN
Le 22 novembre 2011