Républicains et Laiques Audois

mercredi

5

mars 2008

Différencier pour vivre ensemble

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Intégration ou conservation des cultures ? (Nous entendons par culture les traditions, usages, croyances, etc.)…

Comment conserver la culture dans une société d’accueil sans l’isoler ? Il y aura assimilation à la longue, avec, au mieux, échange partiel. On ne peut concevoir d’inaltérabilité dans un contexte minoritaire car l’autre culture sera dominante parce que plus répandue.
Il y a toujours évolution et transformations réciproques. Aucune civilisation ne reste figée. Si elle est vivante, elle empruntera aux autres du vocabulaire, des usages, etc. Surtout avec les moyens de contact élargi par les voyages touristiques, la télévision, et… l’immigration. C’est pourquoi l’opposition faite classiquement entre l’intégration, accusée d’assimilation à la française, et la différenciation à l’anglo-saxonne est caricaturale et inexacte au bout de trois ou quatre générations.
L’immigration n’est pas une colonisation, même si certains veulent faire peur en suggérant une invasion qui nous imposerait des coutumes étrangères. Les étrangers n’ont pas le nombre et, surtout, pas le pouvoir politique et administratif qui leur aurait permis d’imposer leurs traditions au pays qui les a reçus.
Des ghettos se forment souvent, spontanément, à l’arrivée. Ils ne durent pas éternellement. Quand ils sont là après plusieurs générations c’est que l’intégration n’a pas fonctionnée. Cet échec est le triomphe de la marginalisation et de l’isolement. Tout le monde le reconnaît, mais pourquoi culpabiliser sur le fait de ne pas avoir réalisé un espace culturel indépendant pour les hôtes, alors qu’il aurait aggravé leur marginalisation.
Car le problème qui se pose à nos sociétés est que les individus puissent se différencier librement, mais tout en vivant ensemble pour ne pas favoriser discriminations et oppositions ethniques ou religieuses. En Angleterre, en Allemagne, en Hollande, on s’en rend compte de plus en plus…
Ne pas différencier par le droit, car la loi est la même pour tous et tous les citoyens doivent être égaux. Différencier par la liberté de choix donnée à chacun de vivre sa différence, mais avec la réserve qu’elle ne doit pas séparer ni empêcher la vie commune.
Cem Özdemir, député vert allemand, d’origine turque, dans une interview dans Le Monde des 24 et 25 février explique : « On doit apprendre la langue du pays dans lequel on vit ; on doit respecter sa Constitution et, dans les Etats démocratiques, la Constitution est la loi commune des chrétiens, des musulmans, des athées… Le système scolaire et le monde du travail sont les éléments clés de l’intégration. »
Il précise également « que des parents turcs veuillent ou non faire apprendre le turc à leurs enfants, c’est une décision personnelle… ce qui est important, en revanche, s’ils vivent en Allemagne, c’est que leurs enfants maîtrisent l’allemand… pour l’avenir même de leurs enfants… Je ne suis pas contre l’assimilation sur le lieu de travail… à l’école… mais le comportement privé n’est pas l’affaire des politiques si les lois sont respectées. » Il réagissait aux affirmations du Premier Ministre turc Erdogan qui avait qualifié en Allemagne de crime contre l’humanité, l’assimilation… mais qui la pratique en Turquie pour les Kurdes et autres minorités !…
Pour travailler dans un pays il vaut mieux se trouver à armes égales avec les autres : langue, formation, etc. Les différences se payent en chômage, salaire, dépendance avec des intermédiaires… L’insertion sociale ne peut se satisfaire du culte des différences. Elles se feront toujours au désavantage de l’immigré. Même s’ils savent crier à la discrimination, les conseils en différences ne viendront pas après lui payer les conséquences de leurs injonctions.
Si les différences débordent la vie privée et se manifestement dans la vie publique, elles provoquent des rejets. Si elles sont institutionnalisées en communautés autonomes, dans des quartiers séparés, alors on fait un apartheid.
Refuser l’intégration à la française c’est adopter le communautarisme saxon. Le maintien des ghettos est une manière de rallier cette solution. Les ghettos ne sont pas compatibles avec l’intégration ; s’ils dépassent le provisoire, s’ils sont confortés politiquement comme réservoirs de voix, ils préparent des bouillons de culture qui seront des poudrières prêtes à exploser à chaque occasion.
Bien accueillir est une loi d’hospitalité ancienne. Mais cela ne veut pas dire se plier à des coutumes différentes des nôtres. Les immigrés ne nous le demandent pas. Ils nous demandent, par contre, comme tous leurs prédécesseurs, de les considérer comme des personnes humaines, de les respecter et de leur donner du travail à égalité avec les natifs. Ils connaissent les contraintes et ils savent qu’ils ne seront pas prioritaires mais bouche-trous.
Les intégrer c’est leur reconnaître le droit d’être comme nous. Ce n’est pas bafouer leur personnalité, mais leur dire vous êtes bienvenus dans une société différente de la vôtre, qui vous accepte mais qui vous demande de respecter ses lois et ses coutumes. Vous serez libres de garder votre identité propre si vous le souhaitez, mais il faudra que cette identité privée n’apparaisse pas comme une provocation, une obligation qui s’imposerait à ceux qui vous accueillent.
Il faudra arrêter de faire le jeu des cultures égales. Toutes sont égales en théorie, mais celles qui se trouvent en position de demande d’asile ne peuvent pas être à égalité de fait avec celles qui les reçoivent. Le jeu des intellectuels ne fait que favoriser les extrêmes et les rejets.
L’ONU l’a prévu depuis quelque temps, le 21è siècle verra des immigrations massives vers l’Occident dans les 40 prochaines années. Elles sont inéluctables démographiquement et économiquement. L’important n’est pas de discuter académiquement de l’accueil mais de le rendre efficace et humain pour tous.
Raymond BELTRAN
Le 05 mars 2008