Républicains et Laiques Audois

vendredi

25

février 2011

Des regrets…

Ecrit par , Posté dans Non classé

Au bout du temps, il arrive que la pensée revienne en arrière et que l’absence de réalisation d’une idée d’avant suscite des regrets.

Une vie antérieure de syndicaliste enseignant en rapport avec les syndicalistes des confédérations ouvrières et avec les représentants des organisations patronales. Un poste modeste de conseiller technique, souvent « nègre » pour d’autres… un poste riche en expériences et en enseignements. Là où l’on constate que la langue de bois est très efficace pour calmer ou pour stimuler les siens mais entièrement inefficace pour faire avancer les choses… Et qu’en face les mêmes causes produisent les mêmes effets…

J’avais osé proposer alors des idées qui s’opposaient à des tabous corporatifs du milieu dans lequel j’évoluais. J’avais pu profiter pour cela des changements d’équilibre intervenus à l’interne. J’avais pensé que l’on pouvait avancer sur ce terrain et dépasser les blocages qui maintenaient des oppositions… Elles demeurent encore vingt ans après !… des regrets que rien n’aie changé depuis ce temps…

Mon syndicat était en rupture avec sa fédération et mon travail se situait en milieu fédéral. Les blocages et les tabous des mandats, venus de mon milieu, sautèrent alors. Un syndicat concurrent élargit son champ pour se généraliser à l’ensemble de l’enseignement scolaire, visant à occuper le terrain de mon syndicat devenu dissident. Cela ouvrait un champ de revendication à investir sur des terrains nouveaux. Cela permettait à des idées nouvelles de s’exprimer.

Les pesanteurs anciennes devenues plus légères et les gourous du passé devenus opposants, les réalités du terrain pouvaient être prises en compte face aux idéologies qui bloquaient tout auparavant. Des cogitations nouvelles pouvaient s’appuyer sur autre chose que les querelles traditionnelles entre enseignants et représentants des professions. De part et d’autre c’étaient les mêmes fermetures et les mêmes oppositions.

Dans ce contexte, le constat que le combat EN contre alternance en matière de formation professionnelle était sans issue et rempli de contradictions s’imposa à nous. En effet, on rejetait vers l’apprentissage, dans nos LP, les élèves jugés insuffisants et l’on contestait en même temps l’existence de cet apprentissage jugé concurrent !…

Avec une conseillère issue de l’Inspection, des discussions nombreuses s’établirent après chacun de nos retours de commission où nous étions en rapport (en opposition) avec les partenaires sociaux, défendant nos positions, classiques pour tous, contre le développement de l’apprentissage.

Puis, finalement, nous écrivîmes notre position dans certaines publications hebdomadaires de la fédération, occupant le vide provoqué par la défection du syndicat corporatif. Il n’y eût aucune opposition à ces écrits, ce qui nous encouragea à poursuivre et à développer notre proposition.

Une première fois ce fut fait dans un discours du SG de la fédération, dans un colloque provoqué par Mme Edith Cresson, alors Premier Ministre. Le SG proposa que l’on ouvre dans les LP des filières en alternance pour l’apprentissage qui accueilleraient les élèves volontaires et ceux qui n’étaient pas retenus dans les filières LP habituelles. J’avoue avoir été pour quelque chose dans le texte de la proposition du SG de la fédération.

Même si cela semble complaisant à certains, je veux témoigner ici de l’émotion que cette proposition avait alors suscité au niveau national des Chambres de Métiers qui craignaient que cela ne ruine définitivement la filière de l’apprentissage qu’ils contrôlaient. Ils ne nous le cachèrent pas. Côté Chambres de Commerce et CNPF (MEDEF d’aujourd’hui) les réactions furent moindres car ils comprirent le peu de chances qu’il y avait pour que nous fassions accepter par les enseignants concernés cette évolution et combien leur inertie pouvait être suffisante pour tout empêcher.

Une deuxième fois ce fut lors de la reprise par le Congrès fondateur du S. E. du travail de la fédération au niveau des revendications pour l’enseignement technique. C’était un domaine vierge pour le S.E. Nous proposions de créer des pôles de formation pour une profession complète, avec la totalité des métiers qui y concourent à tous les niveaux, du CAP au BTS au moins, et dans un seul lieu pour chaque profession. Ces pôles devaient être le fruit de la collaboration de l’EN avec les branches professionnelles concernées.

Cela pouvait être un moyen de dépasser les oppositions traditionnelles, stériles, et d’éviter les gaspillages, valorisant la formation professionnelle auprès des jeunes, montrant une vitrine de réussite et de progression possible, avec des passerelles de mérite à établir pour les jeunes concernés. C’était un moyen de réunir LP, LT et CFA, personnels et machines, en un seul établissement public, réactif face à la profession. Mise en commun du matériel, des machines, des ateliers, qui seraient utilisés ainsi à plein temps, en prise directe avec les évolutions de chaque profession, sans l’éparpillement actuel… Cela devait-il s’appeler Institut Polytechnique ?… Le nom ne faisait pas l’unanimité…

Les publications de la Fédération, avant que le S.E. n’existe, avaient recueilli cette proposition cohérente et tournée vers l’avenir. Le Congrès fondateur du SE entérina la revendication, qui perdura mais sans que personne ne lui donne le moindre élan. Elle resta comme un sédiment témoin d’un temps de rêve : les responsables actuels on dû oublier depuis son origine, avec le temps qui a passé… Cela a duré le temps d’une illusion car la chape des tabous anciens a repris rapidement sa place habituelle dans nos établissements.

Les corporatismes syndicaux anciens prirent le meilleur sur les innovations qu’un élargissement syndical aurait permis. Les anciens maîtres du jeu contrôlèrent la situation, le nouveau syndicat n’ayant pas réussi son élargissement en LP et ayant renoncé rapidement à toute lutte sur ce terrain. Exit donc l’idée ?…

Pourtant un peu plus de 10 ans après… surprise !… Jean-Luc Melenchon étant Secrétaire d’Etat à l’Enseignement Technique, cet établissement polytechnique ou polyvalent a ressurgi dans les journaux. Mais aucun souffle n’ayant animé l’idée ni du côté syndical ni du côté politique et rien ne se concrétisant au niveau des échanges entre EN et partenaires sociaux, le soufflé est vite retombé après une courte existence médiatique.

J’avoue que la lecture des journaux de ce moment me fit croire que l’on pouvait enfin progresser dans cette voie. Notre rôle initiateur récupéré par d’autres ?… Tant pis !… Un « nègre » conseiller ne peut pas revendiquer des droits d’auteur honorifiques. L’important n’était pas d’en tirer un bénéfice personnel mais que cela se réalise. L’important était la prise en compte de cette idée quelle que fût son origine.

Encore quelques années plus tard, force est de constater que rien n’a fait avancer ces propositions du début des années 90. Est-il trop tard pour que l’on mette en route ce système de formation ?

Il ne me reste que des regrets, avec l’impression qu’aucune volonté ne fera bouger un mammouth qui n’accepte comme perspective que le passé. Les chapelles rivales gardent chacune précieusement leur pré carré pour que d’autres n’empiètent pas sur lui.

Les rigidités peuvent perdurer longtemps… Si personne ne reprend l’idée et si personne ne lance les discussions qui mettraient en place l’ébauche, le process, de ce qui peut être la synthèse des systèmes parallèles d’aujourd’hui. Peut-être le moyen de garder au service public d’éducation son rôle moteur, mais en faisant sa place aux professionnels, en comprenant enfin que l’EN seule ne peut pas faire mais que les branches professionnelles seules ne peuvent pas être autre chose que marginales, ou très pointues, mais qu’elles ne couvriront jamais la moyenne des jeunes. Que l’avenir prometteur serait la synthèse des systèmes !

Raymond BELTRAN
Le 25 février 2011