Républicains et Laiques Audois

samedi

31

décembre 2011

Débats et faux semblants

Ecrit par , Posté dans Non classé

Dans beaucoup de mes chroniques j’ai demandé que l’on fasse vivre la démocratie par l’investissement de la culture du débat.

Ce débat devrait devenir permanent pour alimenter l’information de chacun, l’échange et, ainsi, la communication politique entre les élus et les citoyens, et pour qu’il permette la compréhension des décisions des premiers par les seconds et la participation des citoyens à la solidarité nécessaire dans la société.

Je maintiens cette exigence de débat pour empêcher les ruptures qui interviennent entre la classe politique et des électeurs qui se sentent maintenus à l’écart des grandes décisions. Il m’est arrivé de dire que le moment des élections devrait être l’occasion privilégiée pour cela, avec le bilan du sortant et les perspectives d’avenir… Mais il ne faut pas se contenter de ce seul moment, l’information de l’électeur doit être régulière et fréquente, ce qui est loin d’être le cas.

Quand un débat s’est déroulé, quand il a été présenté comme tel, après, il m’est resté souvent une impression très forte d’insatisfaction. Il m’a semblé, en me remémorant les arguments développés, que ce débat n’était pas franc. Chacun ne développait que ce qui était en faveur de sa thèse et occultait tout le contexte autour du thème débattu.

Même quand l’adversaire titillait l’autre à propos de points cachés, il ne cherchait pas à traiter la totalité de la question. Ces débats ne mettent jamais à plat une question « débattue ». Ils ne sont que l’éclairage partisan, de chaque côté, de ce qu’il convient de dire pour se mettre en valeur et pour esquiver les attaques adverses. Cela sans compter avec la mauvaise foi qui fait présenter comme vrai ce qui ne l’est pas et qui occulte ce qu’il vaut mieux faire ignorer pour paraître avoir raison.

Si l’art de la discussion est de triompher des raisonnements adverses, il faut dire que cet art est très répandu. Je ne crois pas qu’il soit possible d’en empêcher sa pratique par des spécialistes, mais il faudrait que les citoyens en soient conscients et pas dupes. Cela demande de leur part un minimum de formation civique, historique et politique, bases qui permettraient l’exercice de leur esprit critique.

Dans le temps où sévissait la « scholastique » se pratiquait un exercice académique qu’on appelait « une dispute », pendant laquelle s’affrontaient deux thèses en présence d’un modérateur ou arbitre. Ce juge était représentant de l’Eglise ou professeur selon les thèmes en cause. Cette « controverse » avait l’avantage de faire s’affronter les arguments défendus par chaque contradicteur, sans en escamoter certains.

« La Controverse de Valladolid » nous a permis de revoir à la TV il y a quelques années cet exercice à propos de l’existence de l’âme chez les amérindiens, dans un exemple historique remarquablement reconstitué et interprété.

Serait-il possible d’appliquer cette sorte de jugement médiatique avec des journalistes impartiaux et une telle sorte de débats serait-elle acceptée par nos élus politiques ? J’en doute. Les élus mettent en cause l’impartialité des journalistes… et ils en savent quelque chose… Les journalistes refusent de contrer les affirmations des hommes et des femmes politiques même quand ils savent qu’elles ne sont pas vraies ou qu’elles sont incomplètes… et ils en savent quelque chose !

Ainsi, deux moyens d’information des citoyens-électeurs qui sont l’interview des responsables politiques et le débat entre adversaires politiques sont devenus une réalité vidée de sa substance. Jamais un problème n’est mis à plat en totalité dans un débat. Il n’y a toujours qu’une partie qui soit exposée, la plus positive, le reste demeurant occulté.

Par ces pratiques, ces deux moyens de compréhension de la démocratie sont dévoyés. Des demi-vérités et des mensonges sont émis sans que cela soit révélé aux spectateurs non avertis.

J’en étais là de mes réflexions naïves quand, hier matin j’ai entendu sur France Inter Michel Serres répondre à une question de son interlocuteur et dire que pour qu’un débat soit utile il faudrait qu’à la fin de celui-ci, l’un ou l’autre, ou les deux opposants, puissent avoir infléchi leur position et reconnaissent une avancée. Sinon, le débat ne sert à rien.

Car il n’est pas pensable que ni l’un ni l’autre n’aient employé d’arguments justes. Leurs raisonnements, même partisans et orientés ne peuvent avoir été composés que d’arguments faux ! Leurs prises de position ne peuvent pas reposer que sur des riens !

Un débat, en toute logique, en toute honnêteté, devrait avoir pour but la possibilité de montrer une évolution des positions respectives et… horreur suprême !… peut-être un consensus, ce qui dans un débat démocratique semble devenir un interdit, surtout en période électorale !

Ce que nous appelons un débat démocratique, il faudra le démythifier de sa sémantique et le réduire à une « confrontation irréductible » car son objet n’est plus la recherche de la vérité mais la confortation idéologique et dogmatique des électeurs pour garder leur vote ou pour l’acquérir, non pour les convaincre.

Vaincre et non Convaincre reprochait Unamuno en 1936 à Millan Astray dans d’autres circonstances.

Raymond BELTRAN
Le 31 décembre 2011