Républicains et Laiques Audois

jeudi

25

septembre 2008

Darwin : 150 ans après

Ecrit par , Posté dans Non classé

Il y a 150 ans, en septembre 1858, Darwin écrivait son « Origine des espèces », qui développa sa théorie de l’évolution. Hors deux articles dans Le Monde des livres je n’ai rien vu d’autre publié pour commémorer cette date importante.

Pourtant cet ouvrage, qui faisait le point des observations récoltées lors de son expédition maritime, avec étape aux Galápagos, eût des retombées immenses. Il mit fin jusqu’aux temps récents à la vision théologique de la création du monde tirée de la lecture de la Bible.
Le créationnisme a fait ces dernières années les belles pages des journaux, mettant en cause le darwinisme que certains ont voulu réduire à une théorie sans fondement scientifique.
Faut-il croire que l’on veut oublier Darwin pour ne pas réveiller la fureur des créationnistes et des partisans de l’intelligent design, version moderne de l’architecte de l’univers ou de l’horloger voltairien ? Le travail scientifique rigoureux de Darwin aurait-il été atteint par le travail de sape théologique ?
Il est remarquable que les interprétations idéologiques puissent prendre le pas sur les faits scientifiques. Toute hypothèse scientifique est révisable en fonction des évolutions de la connaissance. Si le darwinisme a été corrigé cela n’a pas mis en cause ses bases ; les progrès de la science ont complété les observations faites il y a plus de 150 ans ; ils ont conforté l’idée d’évolution des espèces. Mais certains voudraient que l’on juge les théories scientifiques en fonction d’une idéologie, d’une certitude religieuse, qui ne saurait pas être contredite.
La sélection naturelle est-ce une justification du libéralisme et de la loi du marché en matière économique ?… Ne faut-il pas avoir l’esprit tordu pour imaginer que Darwin ait voulu apporter par ses travaux une justification aux libéraux ?
En imposant des contraintes religieuses ou politiques à la recherche on veut limiter ses résultats à ce qui conforte les opinions que l’on professe.
Ceux qui voulaient considérer le monde fait en 8 jours par Dieu, donc parfait et immuable, ne pouvaient pas admettre les mutations, les transformations d’adaptation au milieu, les évolutions que Darwin mettait en lumière. Dès le début on voulut discréditer ses travaux.
La raison au service de la religion devrait avoir le dessus par rapport à la raison au service de la science ?… Quelle est la raison qui prime : celle qui juge en fonction de ce que l’on veut justifier ou celle qui, partant des interrogations, des observations, de l’exercice de l’intelligence, essaye de mieux comprendre la nature qui nous entoure ?
Quelles que soient les conséquences des constats faits, l’important est la recherche de la vérité, dont on sait qu’on ne l’approche que par des touches successives. Comme dans un tableau impressionniste on finit par voir un ensemble cohérent avec le recul de la théorie, même si l’on n’a pas le piqué de la photo.
L’œuvre de Darwin fut un coup de massue en son temps pour ceux qui voulaient considérer la Bible comme la vérité absolue. Depuis, les études bibliques sont, par des chemins divers, revenues sur l’historicité de ce livre. Mais les fondamentalistes reviennent en force à la lecture littérale, quitte à refuser la science.
Faut-il s’étonner que les évangélistes étatsuniens soient rejoints par des fondamentalistes musulmans et juifs ?
La communauté des scientifiques aurait une occasion de se lever contre la fausse science créationniste, profitant de cet anniversaire. Il est insupportable de voir comparer une théorie scientifique à une croyance, qui s’opposerait à d’autres croyances que l’on devrait enseigner à égalité. C’est cela qu’ils demandent à défaut d’obtenir d’interdire que le darwinisme soit évoqué dans les classes.
Nous sommes en pleine dérive de la notion de tolérance quand on entend des responsables politiques sembler accéder à cette demande y compris en Europe, en refusant de prendre partie entre les deux.
Nous avons eu droit aux 150 ans de Lourdes. Les 150 ans de l’ouvrage important de Darwin sont occultés par le voyage du Pape à Lourdes, un pape dont la position sur le créationnisme est loin d’être claire.
Peut-être que le 200è anniversaire de la naissance de Darwin en 2009 permettra ce rattrapage.
Raymond BELTRAN
Le 25 septembre 2008