Républicains et Laiques Audois

mercredi

19

décembre 2012

D’anonymes à héros

Ecrit par , Posté dans Non classé

On entend trop de matamores bravaches qui se ventent de ce qu’ils auraient fait lors de tel évènement historique passé où le choix, fait alors, fut déterminant pour ceux qui le vécurent. Il y a aussi que ceux qui ont compris la difficulté à choisir en un tel moment, qu’ils ne connaissent que par les récits, et qui s’interrogent et se demandent s’ils auraient eu, dans ces circonstances, le courage de faire alors le choix qu’ils approuveraient maintenant. Ils sont conscients, contrairement aux matamores bravaches, que ces décisions ne se prennent pas d’avance.

Le tragique évènement qui s’est produit aux EE.UU., la semaine passée avec des enfants tués dans leur école m’a fait penser au choix individuel à faire dans ces circonstances dramatiques, ce qui a été naturellement et rapidement fait par des adultes en charge des enfants dans cette école. Des anonymes, qui resteront anonymes, sont devenus des héros en tout simplicité et ils l’ont payé de leur vie après avoir fait un choix instinctif dont personne ne possède les éléments déterminants : Ils l’ont fait… un point c’est tout !…

Je voudrais détacher dans ce cadre en particulier le comportement, établi par des témoins, de deux personnes dans ce massacre d’innocents : la directrice de l’école et une institutrice. On ne sait rien pour les autres, autrement qu’ils furent des victimes, peut-être aussi héroïques mais… on n’en sait rien de leurs réactions. La directrice qui était en réunion avec des personnels administratifs et qui en entendant des coups de feu demanda aux autres de rester là, enfermés, elle partit pour affronter l’auteur des tirs. Elle aurait pu se cacher et, à l’abri, appeler la police… Elle fit front. Etait-elle consciente du risque qu’elle prenait ainsi ?… Son réflexe de défendre les enfants et d’empêcher le « meurtrier » d’accomplir un massacre probable ne fut probablement pas réfléchi, mais elle, sans armes, ne pouvait pas ignorer que sa parole était sa seule défense. Pourtant, elle alla à la rencontre de l’intrus armé et y laissa sa vie… J’allais dire… simplement !

L’institutrice, elle comprit le danger en entendant les coups de feu et elle enferma les enfants de sa classe dans un « réduit » en leur demandant de ne pas faire de bruit et elle resta seule dans sa classe pour dévier le tireur des enfants qu’elle avait cachés, ce qui lui coûta la vie à elle et les sauva eux. Ayant eu l’expérience d’autres massacres collectifs antérieurs, sachant ce qu’elle fit, il est certain qu’elle était consciente du risque encouru par son acte. Elle le fit… tout simplement !… Si les enfants n’avaient rien raconté de sa geste, personne n’en aurai rien su.

Le premier réflexe de quelqu’un face à un danger est de se mettre à l’abri. Y faire face veut dire avoir une motivation, une croyance à des valeurs, un sens du devoir intransigeant, en un mot se réclamer de « hautes valeurs morales » qui ne sont pas restées lettre morte pour lui. Et qui sont le fruit d’une formation. Mais cette formation ne prédispose pas automatiquement au sacrifice, même si elle imprègne une vie. Il y a ici en plus l’étincelle qui, naturellement, impose le choix à faire. Choix héroïque même si on n’a pas conscience qu’il fût tel au moment qu’on le fait.

Au moment où des fanatiques se sacrifient pour massacrer des innocents au nom d’une idéologie religieuse ou pas, je ne veux pas d’une banalisation du sacrifice humain qui mette au même niveau leur action et le geste de cette directrice et de son institutrice. Elles sont mortes pour défendre des enfants et non pour en tuer. Elles ont été des témoins d’une humanité qui sait perdre la vie pour que d’autres vivent. Je ne peux tolérer de confusion entre le suicide fanatique de kamikazes qui tuent au hasard et le comportement sublimé de ces femmes qui se sont sacrifiées sans penser à une raison.

Je n’ai pas cherché à transcrire le nom de ces héroïnes. Avec le temps, en peu de temps, il sera oublié, mais savoir que des gens comme elles sont capables de cette générosité suprême, cela rend optimiste même si on pense qu’elles sont l’exception. Le moment venu, face au destin, personne ne sait quel sera son comportement, ni qui sera lâche, ni qui sera courageux, ni qui attendra comment tourne le vent avant de se décider, ni qui agira instinctivement avec le courage du héros qui agit et ne se pose pas de questions avant d’agir.

Elles ne sont pas mortes pour un idéal. Elles n’ont pas choisi de mourir. Elles ont réagi en exécutant ce qui était un devoir pour elles évident. Si elles ont pensé que cela les ferait disparaître, ce n’était pas suffisant pour les dissuader d’accomplir ce devoir. C’est cela la générosité sans limites d’une vie qui se dissout dans le devoir accompli.

Le 18 décembre 2012
Raymond Beltran