Républicains et Laiques Audois

mardi

12

août 2014

Communautés ou communautarismes ?

Ecrit par , Posté dans Non classé

La dialectique, pour ne pas dire la mauvaise foi, des opposants à la laïcité, se drape dans l’existence de diverses « communautés » d’adhésion pour refuser la condamnation du communautarisme

Mais il ne faut pas tomber dans le piège qui repose sur une confusion volontaire : l’on confond allègrement « association » et « communauté ». Le fait de se rassembler par des goûts communs ou pour une action commune ne fait pas du communautarisme ! Les fumeurs de cigare ou les buveurs de bière peuvent avoir une passion commune mais leur passion ne leur fait pas faire du communautarisme… sauf, si, comme en Pologne naguère, ils se font élire au Parlement pour légiférer car leur passion de la bière ne peut pas être un programme de gouvernement et qu’ils n’ont pas à imposer aux autres de boire de la bière.

Inutile de faire une liste d’appartenance à des « communautés » qui ne sont en réalité que des associations. Résumons-nous. Ne considérons que les communautés qui regroupent au nom des origines ou des confessions religieuses, car c’est là que le danger de communautarisme est le plus réel. Et tout de suite remarquons que le suffixe « isme » correspond à des pratiques poussées hors des normes « normales » et qu’il n’est pas condamnable de fréquenter une communauté mais que seulement le sont les excès faits au nom de la communauté.

Il y a des communautés fermées qui sont des sectes dans lesquelles l’individu disparaît dans un « esclavage » dans lequel le « chef » ou le « gourou » impose sa règle, son mode de vie personnel et social à ses membres. Certaines communautés religieuses ne sont pas loin de ce modèle et cela rend très difficile le classement des sectes selon des critères de dépendance car alors ils incluraient dans l’énumération couvents et abbayes… Il est difficile de distinguer droits de l’homme et vocations religieuses !…

Les communautés qui conduisent vers le communautarisme sont de deux sortes : celles basées sur des concepts nationaux, avec la dérive nationaliste, et celles basées sur des concepts religieux, avec la dérive intégriste, et dans les deux cas le fanatisme en est le corollaire. Car ce qui fait le communautarisme c’est la dilution de la personne dans la communauté qui prend la place de la personne. C’est le rangement en son sein du citoyen, devenu membre anonyme, ne s’exprimant plus en tant qu’individu mais simplement à travers les porte-parole de la communauté.

Certes, parler au nom d’un groupe n’est pas interdit. C’est ce que font des leaders politiques, parce que les partis politiques sont constitutionnellement investis pour concourir à l’expression du suffrage des citoyens. Ils doivent ainsi être lieu de débats qui permettent d’éclairer la politique et d’exprimer des idées qui proposent des pistes pour l’amélioration de la société. Quoi qu’on pense de leur fonctionnement et de leur faible base d’adhérents, ils sont garants de démocratie par leur liberté et leur diversité.

Ce qui rend inacceptable le communautarisme c’est qu’il veut imposer l’intérêt de la communauté, intérêt particulier qui s’impose à l’intérêt général et qui, accessoirement, s’imposerait à tous les citoyens. L’intérêt d’une minorité passerait alors avant celui de l’ensemble de la nation.

Ce qui rend inadmissible le communautarisme musulman est que l’on englobe dans cette communauté tous ceux qui portent un nom à consonance arabe car ils sont considérés, de ce fait, musulmans. Le père étant supposé musulman, les enfants sont automatiquement musulmans selon le Coran. Comme l’apostasie est toujours, selon la Charia, éligible de la peine de mort, il est culturellement difficile de s’exposer comme athée ou ayant choisi une autre religion que l’Islam sans renoncer à son nom et à ses origines familiales.

Au niveau individuel cette communauté religieuse amène à imposer à ses membres tous les préceptes religieux que seule une minorité approuve. Elle les enferme dans une identité religieuse dont ils ne peuvent s’échapper que difficilement. Surtout que le haut du pavé médiatique est tenu par les fondamentalistes, soutenus par les chaînes TV du Golfe et seuls à s’exprimer sauf exception rare.

Combien devient difficile pour un athée d’origine musulmane d’exister et, surtout, d’exister socialement, tant la pression communautaire est grande dans les quartiers, ce qui se voit bien au niveau vestimentaire. La discrimination choisie se développe et la séparation est chaque jour plus grande entre les membres de « la communauté » et les autres.

Même si ces facteurs ne sont pas seuls à expliquer les difficultés à sortir du ghetto des quartiers, ils sont quand même assez importants pour être pris en considération. Quand cela dure depuis longtemps et quand cela s’aggrave depuis peu en raison des replis identitaires volontaires suscités par l’intégrisme religieux, par la langue et par les vêtements, les obstacles se renforcent.

Pourtant les sociologues estiment que moins de 30 % des soi-disant musulmans sont pratiquants des mosquées, ce qui laisse une bonne marge d’appréciation sur le suivi des consignes religieuses par la « communauté » (L’Oumma). Pourtant il y a peu d’interviews personnelles, seulement des interviews des porte-parole de la communauté lors d’un fait médiatique !… La ghettoïsation est bien réussie !… Si personne ne sait plus ce que pensent personnellement les membres de ces « communautés », tous savent ce qu’ils sont censés penser d’après leurs porte-parole.

Si la communauté associative d’adhésion à l’Islam est légitime, quand elle devient trop exclusive, fermée et contraignante, elle aboutit à la séparation d’avec la communauté nationale, bien plus large, et donc à l’enfermement qui isole et qui facilite les rejets. Et… pourtant, les exemples d’intégration se multiplient, mais s’ils sont nombreux, ils restent discrets. Une évolution continue pourtant toujours malgré cette pression communautaire ségrégative.

C’est parce que le communautarisme se manifeste sous forme de tension avec les musulmans que je développe mon propos dans ce cadre. Mais d’autres formes d’exacerbation des « droits des communautés » en tant que telles existent et se manifestent encore sous prétexte d’identités culturelles à préserver. Les Roms en font partie, tout en apparaissant comme victimes d’une société qui ne facilite pas leur mode de vie transporté de l’Est, d’où ils originaires, à l’Ouest où ils ont choisi de vivre.

On ne parle plus maintenant de droit à la différence, mais du multiculturalisme que l’on devrait tolérer dans une République laïque. L’on prend prétexte ainsi sur les difficultés constatées à l’intégration depuis que l’emprise religieuse augmente dans nos banlieues. On est incités à prendre le virage et à favoriser les différences, à laisser s’implanter en France les coutumes sociales d’origine. Sous prétexte de largeur de vues et croyant naïvement que le melting-pot américain est transposable en France, on favorise la désintégration de la société française. Nos citoyens le perçoivent très bien et le FN sait utiliser leur crainte pour rendre acceptable son discours anti-immigrés.

Il est facile de dire que c’est la faute des « nationaux » qui ne veulent pas faire l’effort d’accepter l’intégration multiculturelle, en oubliant le bon sens qui veut que les hôtes admis respectent les us et coutumes qu’ils trouvent et non qu’ils veuillent imposer les leurs à ceux qui le reçoivent. Dans ce dernier cas ils se comporteraient en « envahisseurs » et le FN a très bien su le faire ressentir à nos compatriotes, malgré des élus politiques obnubilés par un droit à la différence inspiré des USA qui les a détournés de la réalité perçue par les électeurs.

Sous prétexte d’exercer sa religion pleinement comme dans un pays musulman, l’un des dangers du communautarisme est sa revendication d’usages contraires aux lois républicaines. Par tolérance on devrait admettre des usages comme l’excision des fillettes, le port du voile intégral, par exemple. Sous prétexte de laïcité on devrait tolérer ce qui est étranger à nos usages. La laïcité et la tolérance peuvent servir à déstabiliser la République dont il est devenu habituel de siffler l’hymne national dans un stade. Le croyez-vous possible aux USA ?…

Au nom d’une religion qui se manifeste par son intolérance à l’égard des autres religions dans beaucoup de pays où elle est dominante, faut-il plier aux provocations qui veulent nous faire maintenir une identité séparée ?

La tradition française met en avant depuis la Révolution de 1789 l’idée de nation et la recherche de l’unité nationale que la 3è République a continuée. Notre histoire n’a rien de commun avec les USA qui se sont constitués à partir d’immigrations importantes, mais dans un moule commun, et dont les citoyens ont su intégrer des coutumes diverses dans un patriotisme et une ferveur sans aucune mesure avec notre pratique. S’ils n’oublient pas leurs origines ils sont fiers d’être « américains » et de l’importance de leur identité américaine. Cette aspiration d’avant et cette satisfaction d’après sont facteur d’intégration, grâce aussi à une économie qui produit des emplois… L’immigration aux USA cherche du travail, celle venant en UE cherche sécurité, protection et protection sociale.

Je crois que l’avenir de paix ne peut se construire que par l’intégration des diversités, progressivement, dans une unité nationale et internationale qui sera en même temps fruit d’un métissage physique et d’un métissage culturel, même si cela demande des siècles. Tant que les communautés seront séparées en tant que telles, elles s’affronteront au nom de leurs valeurs et le monde nous a montré ces dernières années à quoi cela a abouti aux Balkans et partout ailleurs.

Raymond Beltran
Le 12 août 2014