Républicains et Laiques Audois

dimanche

28

août 2011

« "Comment peut-on être naïf ?" »

Ecrit par , Posté dans Non classé

Il n’y a plus de Persans comme les voyait Montesquieu. Mais il y a toujours des « naïfs », ceux qui habitent en dehors du terrain des professionnels de la politique, et que ces derniers considèrent comme tels.

Ce sont donc des raisonnements naïfs que je vais développer aujourd’hui.

Une majorité, installée au gouvernement depuis des décennies, ayant à sa disposition des organismes avec des experts excellents dans toute sorte de spécialités, choisit toujours, selon l’opposition, la plus mauvaise des solutions pour résoudre les problèmes qui se posent au pays.

Jamais, même par hasard, ils ne choisissent une bonne réponse. Toutes sont mauvaises, inappropriées. Elles ne sont pas prises au bon moment et elles ne font que toujours aggraver la situation.

C’est à se demander si cette majorité, ce gouvernement, ne sont pas volontairement suicidaires et qu’ils ne cherchent à tout prix qu’à être battus. S’ils sont intelligents, c’est à ne rien comprendre à leur obsession de vouloir perdre. Sinon, comment peuvent-ils être si nuls qu’ils ne fassent que ce qui ne convient pas, toujours le plus mauvais de tout !…

C’est semble-t-il la conséquence d’une maladie que l’on attrape quand on devient politiquement majoritaire dans une démocratie. En effet, à idéologie renversée, une situation analogue se retrouve aussi dans beaucoup d’autres pays.

L’Espagne est devenue emblématique de ce syndrome. Le gouvernement élu avant la crise de 2008 s’est vu reprocher ne pas respecter ses promesses (d’avant crise). Toutes ses démarches étaient mauvaises. Il n’avait rien compris et il ne faisait que faire empirer la situation économique du pays…

L’économie basée principalement sur le binôme tourisme-construction (ladrillo), qui avait fait l’essor les années précédentes d’Aznar s’était effondrée. Cela ne découlait pas de la responsabilité de Zapatero mais son gouvernement a du faire face aux conséquences de cet effondrement avec les vagues du crédit hypothécaire disparu et le chômage record qui s’en est suivi. Cela n’a pas été du tout l’analyse de l’opposition qui a contesté la majorité socialiste depuis le début et qui a renforcé sa contestation depuis la crise, avec un succès certain auprès de l’opinion. Il faut le reconnaître…

« Il fallait faire autrement. » C’est la phrase clé de l’opposition en politique, le summum du discours politique quand on est dans l’opposition.

Tout est mauvais dans le gouvernement. Tout est discutable dans son action. Pour le parti populaire PP, opposition de droite, les socialistes au pouvoir à Madrid se sont toujours trompés et ils ont gouverné en dépit du bon sens. Eux, ils auraient fait autrement et les choses se seraient passées autrement s’ils avaient eu les rennes du pouvoir. Rajoy l’a toujours dit… (Cela fait des années que je suis de près cette actualité étrangère).

Pourtant les propositions concrètes du PP étaient restées vagues et floues dans les débats : « il ne faut pas que cette majorité, aveugle au pouvoir, soit éclairée, car elle volerait les idées de l’opposition pour les utiliser à son compte. »… (Il me semble avoir entendu aussi quelque chose de similaire en France il y a quelque temps. Je ne dirai pas de nom, mais cela m’avait alors scandalisé sans faire de buzz dans le web).

C’est un jeu où l’important n’est pas de bien faire, de contribuer au bien de tous mais de démolir ce qui est fait par ceux qui sont aux commandes pour avoir une chance plus grande de prendre leur place plus tôt. Dans l’opposition on sait mieux comment être efficace.

Je crois que c’est la déviance fatale des démocraties. On ne cherche pas à avancer vers l’intérêt général, tout en l’affirmant très haut et fort. On cherche plutôt comment influencer le peuple, ce fondement du régime, dont dépend leur prochaine élection, quitte à le duper, en travestissant les réalités, pour l’anesthésier et l’amnésier afin de discréditer ceux qui détiennent le pouvoir en les traitant d’incapables, afin qu’ils perdent toute autorité.

De plus en plus la démagogie prend la place sur la démocratie. L’important, sauf pour quelques rares hommes d’Etat, n’est pas le progrès de l’ensemble mais l’accession à la place d’honneur.

Ce n’est pas plus propre à la gauche qu’à la droite. C’est une tactique minable mais qui tend à devenir maintenant l’usage courant un peu partout. En tout cas les média modernes la font plus obsédante. Cette attitude ne favorise pas les propositions constructives mais seulement la contestation, le refus de tout.

En poursuivant notre caricature, si fidèle pourtant à la réalité, je voudrais aborder les propositions des oppositions, car, au bout d’un temps de dire « autrement », il faut ajouter autre chose. Les observateurs politiques remarquant tout d’abord que « le projet » annoncé et qui devait tout tournebouler, comme tous les projets d’avant, était périmé en raison de la crise. Car cette crise existe même si certains la nient contre toute évidence.

Du côté opposition, en France tout au moins, il y a maintenant profusion de propositions alternatives, proches idéologiquement, mais différentes et parfois contradictoires. En continuant à faire le naïf qui entend et doit tout gober, mais qui garde un peu de logique en tête, on se dit : « la politique du pouvoir était la seule mauvaise, mais il y avait pourtant une grande quantité d’autres meilleures dans l’opposition. Maintenant elles vont devoir se regrouper même si elles se contredisent puisque leurs tenants vont devoir gouverner ensemble et, s’ils ont tous raison, comment sera choisie la politique qui sera suivie ? »

Cela renforce encore l’idée naïve que la majorité en place ne cherche qu’à se tromper puisqu’elle a trouvé le moyen de ne choisir que la mauvaise politique alors que l’éventail était si grand dans les bonnes solutions. Mais alors quelle sera la politique de la future majorité ? Qui nous garantira que ce ne sera encore qu’un mauvais choix ?

Comme quoi, pour terminer cette mauvaise plaisanterie estivale, ce mauvais texte de vieux potache, est-ce que bientôt on va arrêter la mauvaise foi en politique ? Est-ce que bientôt on va chercher à trouver des solutions constructives qui fassent consensus dans les questions essentielles pour le pays, pour l’Europe, pour le monde ? Est-ce que bientôt on va arrêter de prendre les naïfs pour des gogos et des imbéciles et crédibiliser enfin les débats politiques qui dépassent le niveau bassement politicien actuel ?

Va-t-on se contenter de gagner des élections toujours par défaut, sans jamais se donner une ambition, un dessein autre que celui de gagner le prochain tour ? Combien d’avril 2002 faudra-t-il pour comprendre ?

Peu à peu apparaissent des pamphlets à succès, tels « Indignez-vous ! » qui a fait beaucoup plus de bruit que le suivant « Engagez-vous ! » pourtant du même auteur. S’ajoutent des mouvements de refus d’une politique qui se complait dans la corruption et qui ignore le sentiment des citoyens.

La lassitude gagne en démocratie sans que l’on ne s’alarme.

Des jeunes exigent plus de démocratie et un fonctionnement des partis politiques moins fermé idéologiquement et plus ouvert, plus près des citoyens. Leur exigence de démocratie et de justice sociale non satisfaite, que deviendra-t-elle ?… : Des déçus qui deviendront passifs et sceptiques en politique ou des extrémistes prêts à tout, y compris renverser la démocratie ? Quelle sera la suite de ces mouvements et quelle trace laisseront-ils dans l’inconscient collectif ?…

Pendant combien de temps va-t-on prendre au sérieux des hiérarques politiques disant d’un air convaincu à la TV des choses auxquelles ils ne croient pas eux-mêmes ?… Débitant avec sérieux de la langue de bois, à côté d’intervieweurs qui les écoutent avec le sourire narquois de ceux qui laissent passer le flot de paroles qu’ils ne peuvent pas empêcher, paroles qui n’ont que la valeur passagère du moment pour ceux qui s’en contentent naïvement ?

Est-il possible de continuer de nier les réalités avec autant d’aplomb ? Qui croit-on tromper en posant ensemble en rang serrés avec le sourire forcé, voulant paraître des amis joyeux alors qu’ils demeurent des opposants prêts à tout pour s’éliminer férocement ? Hypocrisie quand tu nous tiens !…

Va-t-on enfin prendre au sérieux la démocratie et considérer que les citoyens électeurs sont autre chose que des pions qu’on manipule et considérer qu’ils sont dignes d’entendre des vérités et comprendre que si les options politiques sont diverses, il y a nécessité de s’entendre quand il le faut et réagir alors sans attendre plutôt que laisser dégénérer des situations et agir trop tard avec le seul objectif d’alimenter des oppositions stériles et néfastes pour tous ?

C’est vrai que je viens du pays des « naïfs » qui parlent d’utopies qui ne sont pas comprises dans le pays des « politiques actifs »… lesquels se demandent encore « comment peut-on être naïf ? »… mais gardent les habitudes acquises et attendent de voir arriver l’explosion inévitable sans avoir rien perdu de leurs avantages. Surtout sans se remettre en cause !…

Raymond BELTRAN
Le 28 août 2011