Républicains et Laiques Audois

vendredi

5

avril 2013

Clarifions la laïcité encore une fois

Ecrit par , Posté dans Non classé

J’ai déjà eu l’occasion d’expliquer comment je suis venu à m’intéresser à la laïcité pour deux raisons qui se confortaient entre elles. L’explication insatisfaisante donnée par les enseignants français aux enseignants étrangers et la difficulté à comprendre ce qu’elle est pour les citoyens français non enseignants.

Au bout de plus de 15 ans d’efforts didactiques, je crois avoir fini par comprendre, moi, ce que je voulais obtenir. Mais je ne suis pas du tout certain d’avoir réussi à faire comprendre aux autres ce qui m’a semblé si simple pourtant à définir.

Je continue à constater la multiplicité des explications qui circulent, que personne ne comprend parce qu’elles sont différentes pour chacun et qui noient dans des discours manipulateurs ce qui est, je persiste à le dire, très simple à comprendre. Ma voix se perd dans un océan d’explications confuses mais tonitruantes. Je n’ai pas l’ « aura » qui ferait que mes écrits soient repris, qu’ils fassent autorité et qu’ils deviennent source de réflexion prise en compte dans les média.

Aussi, je dois prendre et reprendre ma plume pour répéter encore et toujours la définition de la laïcité que l’on m’entend dire depuis longtemps mais que l’on ne veut pas retenir, voulant toujours l’envelopper dans des oripeaux idéologiques ou moraux qui la dissolvent.

Ce que n’est pas la laïcité :

La laïcité n’est pas un moyen de promouvoir la liberté des religions.

La définir ainsi est une perversion de l’histoire. Car la laïcité a eu pour objectif de libérer les individus de la soumission à une religion quand cette religion était dominante et ne souffrait pas de refus. Cela a dû se faire par une lutte intensive et l’anticléricalisme a été nécessaire pour parvenir à l’imposer.

Ce n’est que lorsque la laïcité a été bien établie en tant que principe politique qu’elle a permis à l’individu de choisir sa religion, sans encourir le délit d’apostasie et la mort qui s’en suivait, qu’elle lui a permis de pouvoir choisir de ne pas avoir de religion s’il le souhaite. Maintenant qu’elle existe, on peut en déduire que les religions sont libres pour ceux qui les choisissent sans contrainte, à condition qu’elles ne cherchent pas à s’imposer à ceux qui ne les désirent pas comme c’est le cas dans les pays musulmans intégristes.

La laïcité n’est pas une obligation de tolérance de tout ce qui est religieux.

Comme les religions sont prosélytes par nature, comme elles se pensent universelles et détentrices d’une Vérité qu’elles veulent répandre, les défenseurs de la laïcité doivent rester vigilants afin de préserver la liberté de choix et d’expression des individus face aux églises, mosquées ou autres structures ecclésiales qui veulent les dominer et leur montrer « Le chemin » à suivre.

C’est pourquoi les laïques non croyants se méfient légitimement des religions. S’ils ne sont pas systématiquement antireligieux c’est parce qu’ils sont partisans d’une liberté de croyance ou de non croyance en tant que liberté individuelle accessible à tous. Mais par ailleurs rien ne leur interdit d’être personnellement antireligieux car ils ont le droit personnel de ne pas aimer les religions qu’ils réfutent pour eux-mêmes.

Cette liberté individuelle que la laïcité défend a pour conséquence que le système politique laïque n’a pas à interdire les religions pour ceux qui librement les veulent pour eux. « La République garantit la liberté de culte », affirme la loi de 1905 dès son début, mais pour préciser à l’article suivant la séparation des églises et de l’Etat par la rupture d’avec le Concordat de 1802, ce qui entraîne le refus des subventions cultuelles et du financement de la religion par l’Etat. Ce financement doit devenir l’affaire de l’engagement personnel des adeptes.

La laïcité s’est imposée progressivement en France comme une liberté pour les individus face aux religions… Elle n’a pas pour objet de développer les religions (ceci est l’affaire de chacune d’elles !).

Ce qu’est la laïcité :

Juridiquement, il n’y a pas de définition. La loi de 1905 qui l’organise n’emploie pas le mot laïcité et l’art. 1 de la Constitution ne dit que « La France est une République laïque », mais sans la définir. Mais il existe une jurisprudence qui permet un corpus auquel on peut se référer et que le Conseil d’Etat, comme le Conseil Constitutionnel ont fini par établir.

En ce qui me concerne, hors les prises de position d’hommes politiques comme Victor Hugo ou Jean Jaurès ou Clemenceau, des débats à l’Assemblée Nationale au long du 19è siècle, que je n’ignore pas, je me tiendrai aux lois Ferry et Goblet qui ont établi la laïcité dans l’enseignement scolaire. En parallèle s’est développée une doctrine de neutralité de l’institution, nécessaire à l’époque pour arrêter les habitudes d’intégration religieuse, mais aussi une doctrine de tolérance pour éviter des excès dans les réactions.

A partir de cela, je dis simplement que « laïcité » veut dire neutralité absolue des institutions et services officiels, afin qu’ils accueillent tous les citoyens sans distinction, sans pression ni contrainte, quelles que soient leurs origines ou leurs croyances. C’est ce que j’appelle la sphère publique, qui doit être ouverte à tous. Les institutions officielles n’ont pas à connaître ni à se mêler des croyances individuelles ni des habitudes communautaires religieuses ou politiques de ceux qui les fréquentent.

Les croyances, les opinions sont libres pour chacun dans tout le reste de la vie en société, dans la limite de l’ordre public, de la loi commune qui exclut les sévices, le tapage nocturne, l’occupation sans autorisation de l’espace public, etc. En dehors de cette sphère publique officielle définie à l’alinéa précédent, le reste est du domaine de la liberté, dans le respect des autres, que l’on considère comme la sphère privée de chacun, qui ne se limite pas à l’espace confiné de sa maison.

Je considère comme une argutie l’argumentation de l’église catholique qui refuse cette distinction sous prétexte qu’elle interdirait l’expression publique des religions en dehors des églises ou de chez soi. La nécessité d’un troisième espace entre les deux qui serait l’agora de débats publics n’est qu’un moyen de laisser entendre que les religions seraient interdites sur la voie publique, comme si des processions n’obtenaient pas d’autorisation et que les interventions publiques de la religion dans les média n’existaient pas. Cette sphère supplémentaire apparaît comme l’instauration d’un espace polémique, qui ne serait qu’incitation à l’affrontement. Je ne crois pas souhaitable de transformer les rues en champ de débat permanent pour des orateurs « type Hyde Park de Londres ».

Ce n’est pas parce qu’on définirait ce troisième espace public intermédiaire qu’on changerait la réalité de liberté individuelle et religieuse que la laïcité garantit en dehors de la sphère publique institutionnelle définie ci-dessus. Précisons encore que cette neutralité ne concerne que les institutions et services officiels dans leur fonctionnement : les personnels ont d’obligation d’être neutres pendant leur présence en poste. S’ils demeurent libres en conscience, ils doivent appliquer la loi, alors que, dès qu’ils ne sont pas en service, en dehors de leur travail ils n’ont pas d’obligation de neutralité.

Il n’y a pour moi donc aucune obligation d’ajouter cette troisième sphère intermédiaire pour garantir une liberté qui existe déjà. Vouloir l’instaurer c’est laisser supposer que la liberté n’existe pas dans cet espace public et ceci est très intentionnel. C’est une manière de mettre en cause ce qui fonde la laïcité afin de la débiliter.

A quoi sert la laïcité ? :

Pas à développer les religions car ce ne sont pas les religions qui ont poussé à développer la laïcité, sauf si elles étaient très minoritaires et qu’elles l’invoquent face à celle qui domine et les écrase. Ce n’est que par l’affaiblissement des croyances religieuses, en tout cas dans leur pratique, que la laïcité a pu exister contre une pensée unique religieuse.

La laïcité est un moyen politique de garantir la liberté individuelle de pratiquer une religion, d’en choisir une autre, de ne pas avoir de religion et de vivre malgré cela en bonne harmonie avec ceux qui ont fait un choix différent, tout en les côtoyant dans la vie sociale.

La laïcité exige la démocratie pour exister et elle ne s’épanouit que dans une liberté individuelle que la société laïque permet dans le cadre de la loi démocratique.

La laïcité est un moyen de vivre ensemble dans la diversité des opinions, des origines, des traditions, car la vie sociale qu’elle offre est institutionnellement neutre, tout en évitant l’éparpillement et le cloisonnement du multiculturalisme.

C’est un moyen de ne pas séparer les citoyens dans la vie publique alors qu’ils restent libres de leur vie personnelle, sans cloisonnement communautaire. Elle permet la coexistence pacifique qui manque cruellement dans les sociétés théocratiques.

Le 5 avril 2013
Raymond Beltran