Républicains et Laiques Audois

vendredi

19

avril 2013

Bonté vs perversion ?

Ecrit par , Posté dans Non classé

L’homme est naturellement bon et la société le pervertit. Cette affirmation de Jean-Jacques Rousseau, court toujours comme une évidence. Locke et d’autres ont développé aussi le contrat social qui signifie acceptation d’avantages en échange de contraintes subies

La soumission à une règle collective, sociale, serait-elle dépravation de la nature et apprentissage de la méchanceté ? Le conservatisme sociétal empêcherait la bonté ? C’est vrai que la soumission peut être source de fanatisme et d’intolérance. Mais la société ne serait-elle que négative, conservatrice et moyen de réprimer toute initiative qui ne coulerait pas dans la tradition admise et le conformisme ne s’oppose-t-il pas au renouvellement des idées ? Par ailleurs, l’individu seul ne serait-il pas capable de pensée juste et de contestation valable du modèle social sclérosé ? L’individualisme serait-il meilleur que l’intérêt commun ?

Le choix entre ces deux approches est bel et bien partisan car aucune ne prend en compte la réalité. Me voici au départ d’une dissertation intéressante mais classique que je vais donc laisser de côté, sans l’ignorer, parce que je n’ai pas envie de disserter et que je préfère exprimer une position personnelle basée sur mon expérience.

La société de droit dans laquelle nous vivons protège notre probité par la présomption d’innocence. Nous vivons ainsi dans une société qui protège l’individu qui, tant qu’il n’a pas commis un délit (ou un crime) ne peut pas être accusé de l’avoir fait ni mis en cause sur la possibilité qu’il puisse le commettre un jour. Quand il l’a commis, elle l’entoure de toutes les garanties de défense lui permettant de s’expliquer, de se justifier et d’en sortir parfois blanchi même si ce n’est que par des procédures mettant en cause l’instruction.

Nous touchons à l’idéologie politique. L’idéologie de droite/gauche insistant sur les victimes oubliées dans une défense du prévenu qui passe par une culpabilisation de la société qui n’a pas su l’éduquer et qui serait ainsi responsable en partie du passage à l’acte du présumé coupable. Cette opinion se renforce par le passage aux journaux télévisés des avocats de la défense, sans contrepartie de l’accusation dans des cas médiatiquement importants.

Cela mérite encore discussion et pourtant je vais l’éluder. Car, aujourd’hui, je voudrais exprimer ma conviction que l’honnêteté ne peut pas se limiter à la proclamation de l’homme naturellement bon ni à la présomption légale d’innocence qui nous couvrirait tous.

Je me suis fixé toujours l’objectif que personne ne puisse jamais douter de mon honnêteté et je crois que personne n’a jamais pu m’accuser de malhonnêteté dans aucun épisode de ma vie. De la même manière je crois bien volontiers que les personnes que j’ai connues étaient foncièrement honnêtes. Je suis sûr que les gens honnêtes sont une majorité. Je reste optimiste pensant que la majorité, l’immense majorité des gens, est honnête et que les gens malhonnêtes sont rares même s’ils existent partout.

Car, dans mes multiples vies, mon expérience ne m’a pas permis de garder une vision idyllique. Sans être ni policier ni psychiatre, j’ai rencontré des exemples de paranoïaques, d’escrocs, des mythomanes, des gens de mauvaise foi, rares mais bien réels. Rien ne les distinguait des autres jusqu’au moment où leur nature s’est révélée à ma grande surprise. Il m’est même arrivé de dire que les escrocs et les mythomanes sont des gens très intelligents et souvent attachants tant qu’on ne les a pas découverts.

Mais j’ai aussi rencontré des modèles de dévouement, de conviction d’honnêteté, dont j’ai été et je suis fier d’avoir été le compagnon d’idéal et l’ami parfois. Heureusement, qu’ils ont été bien plus nombreux que les autres car je n’aurai pas pu vivre à l’aise dans un monde de « ripoux ». Je ne veux pas laisser l’impression de n’avoir fréquenté que des déviants. Ceux-ci ont représenté moins d’une dizaine dans ma vie, mais je les ai rencontrés et je ne peux pas dire que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » comme certains le pensent.

Cette minorité m’a cependant marqué car rien ne m’aurait permis au départ de me méfier de ces particuliers et ma surprise a été totale quand je me suis aperçu de leur comportement. D’autant qu’ils savaient se vanter d’une expérience qui les rendait très intéressants, tant qu’on ignorait leur capacités d’invention. Je les ai rencontrés dans des milieux très divers. Ils existent partout. S’ils ne sont pas la majorité des gens, j’insiste, il ne faut pas nier qu’ils existent.

A cette expérience personnelle s’ajoute l’observation de la société que les média m’apportent tous les jours et qui m’amène à considérer des scandales dans le milieu associatif, dans l’humanitaire avec des sommes considérables en jeu, détournées sous forme d’abus de biens sociaux et des abus et détournements par des élus politiques profitant de leur position… et confondant leur poche avec celle des organisations dont ils sont responsables. Cela m’a fait douter des hommes, même s’il me reste encore beaucoup d’optimisme.

J’ai fini par penser que les hommes sont honnêtes dans leur immense majorité, mais que si les sommes en cause sont importantes, si la position atteinte leur laisse à penser qu’ils peuvent se le permettre impunément, alors sont nombreux ceux qui se laissent tenter et aller jusqu’à des abus malhonnêtes.

Le poète espagnol Quevedo a écrit ces vers : « Poderoso compañero / es Don Dinero » (Sire Argent est un puissant Seigneur)…

Il faut pour ceux qui ont des responsabilités leur donnant accès à des maniements directs ou indirects d’argent, des règles précises et contraignantes à respecter. Il faut accompagner ces règles déontologiques de sanctions administratives rapides en cas de corruption ou de malversations, sans attendre de longues procédures judiciaires et ne pas retarder pendant des années l’application de la décision prise à leur encontre.

Il faut des mécanismes de contrôle sérieux et rapides à intervenir pour être dissuasifs dès que la menace de dérive apparaît. Le risque du pouvoir personnel est grand pour qui dispose d’argent et se considère de ce fait investi de puissance : « Poderoso caballero / est Don Dinero ».

Le pas en avant qui permet de dépasser les limites morales est vite franchi… les années de procédure permettant de continuer à bénéficier pendant ce temps des situations acquises, tant qu’il n’y a pas eu de condamnation définitive. La faible incidence financière personnelle de la sanction finale si l’on est reconnu coupable… Cela n’incite pas à la prudence et permet de s’accommoder avec le laxisme du « Je ne me rendais pas compte que j’ allais trop loin» ! L’accoutumance au luxe, les facilités pour faire prendre en charge les dépenses personnelles comme des dépenses professionnelles permises, cela devient trop fréquent et les journaux sont pleins de cas avérés qui discréditent la politique et ceux qui la pratiquent et ouvrent ainsi la voie au populisme.

La démocratie repose sur la vertu de ses dirigeants, mais on finit par croire que cela relève de l’utopie. Elle repose sur des règles et fonde ainsi un Etat de droit qui permet les libertés et donne aux individus des garanties judiciaires. Pour qu’elle ne soit pas discréditée il est nécessaire qu’elle soit très exigeante sur la probité de ses leaders et que cette exigence soit rigoureuse et ferme. Ils ne sont pas des citoyens comme les autres et ne peuvent pas être considérés comme tels.

La justice doit permettre de cesser immédiatement les détournements et ne pas attendre de longues procédures pour les sanctionner. La présomption d’innocence ne doit pas justifier des délais d’application d’une sanction qui arrivent à durer des décennies d’attente dans beaucoup de cas. La vertu des dirigeants doit être aidée par des contrôles entrainant une sanction dès qu’un soupçon est confirmé.

« La chair est faible » dit-on dans certains milieux religieux… la tentation forte… les occasions de malversations fréquentes à un certain niveau… mais si la société est permissive avec ceux qui la dirigent il ne faut pas s’étonner des contestations et de « la lassitude démocratique » contestataire qui remet en cause l’existence même de la démocratie.

Le 19 avril 2013
Raymond Beltran