Républicains et Laiques Audois

samedi

10

janvier 2015

Banalisation du terrorisme.

Ecrit par , Posté dans Non classé

Depuis des années je me bats contre le terrorisme que certains intellectuels finissent par rendre sympathique à force de relativiser son existence.

J’ai, à de multiples occasions, réagi à des actes que l’on condamnait du bout des lèvres ou que l’on justifiait pour des raisons multiples. J’ai, en particulier, été hérissé par l’affirmation que « les terroristes d’aujourd’hui seront peut-être les héros de demain », qui prétend s’appuyer sur l’histoire récente mais qui est la preuve d’une grande naïveté intellectuelle et d’un manque de réflexion surprenants chez ceux qui répètent cette affirmation.

Est-ce, parce que les nazis occupant la France ont appelé « terroristes » les résistants, que la Résistance d’alors était du terrorisme ?… Il est normal chez ceux qui subissent des attentats qu’ils cherchent à discréditer leurs auteurs en les désignant comme des « terroristes ». C’est une qualification péjorative qui ne devient juste du seul fait qu’elle ait été utilisée.

Il faut considérer le contexte. Dans la France occupée, sauf exception condamnable, les attentats visaient des militaires, des transports militaires, des postes officiels et des collaborateurs ou des miliciens. S’il y a eu des dérapages, et il y en a eu, ils n’ont pas constitué l’essentiel de la Résistance à l’occupant. Si des civils ont été visés, cela l’a été par les Allemands, en représailles à des actes de lutte armée et cela a concerné des otages fusillés… les pendus de Tulle, des populations civiles comme à Oradour-sur-Glane, etc.… Actes de guerre qui était des crimes de guerre, mais le terrorisme était ici le fait des nazis occupants qui voulaient terroriser la population pour lui faire se couper des résistants.

C’est désolant de constater qu’aujourd’hui encore l’on puisse reprendre les arguments culpabilisants des nazis contre la résistance comme une vérité qui voudrait justifier telle ou telle forme de terrorisme… Cela relativise la portée de ce que l’on peut dire contre le terrorisme en introduisant le doute sur sa signification.

Les résistants pratiquaient une lutte armée contre un occupant peu scrupuleux dans sa pratique avec ceux qu’il capturait ou ceux qu’il détenait préventivement, qui étaient torturés sans ménagement, fusillés pour l’exemple ou déportés. Aujourd’hui nous sommes dans un État de droit dans lequel on cherche à capturer vivants les terroristes et on ne les abat qu’en cas de légitime défense : cela doit être prouvé chaque fois par la police… Arrêtés, les terroristes bénéficient des lois s’appliquant à tous les citoyens !… On est loin du sort subi par les résistants qu’on ne considérait pas en combattants pris en état de guerre.

Le terrorisme que nous connaissons maintenant s’en prend à des symboles qu’il faut faire taire. Dans un pays démocratique qui est tolérant envers leur religion, dans un État de droit, il cherche à interdire de pratiquer des formes religieuses qui ne lui conviennent pas et il veut forcer l’opinion à imposer celles qui correspondent à leurs convictions intégristes et partisanes. L’on tue des juifs parce qu’ils sont juifs, on met des bombes dans des lieux publics en cherchant à tuer le maximum de civils… Pour imposer une politique extérieure différente au gouvernement on cherche à terroriser la population civile, en transposant en France les conflits qui se déroulent ailleurs, cherchant ainsi à isoler ceux qui sont de leur confession de ceux qui pratiquent une autre.

Ils veulent imposer leurs vues et leur interprétation littérale des premiers siècles de l’Hégire à tous leurs coreligionnaires et ils veulent pour cela provoquer des réactions contre les pratiquants modérés, qui les séparent du reste de la population pour mieux les dominer et les manipuler. L’islamophobie, ils la provoquent volontairement, pour soi-disant défendre leur religion, mais cela les arrange bien que leurs actes amènent en réaction un refus des citoyens rendant plus difficile leur intégration dans la société occidentale.

Si en France ils s’attaquent à la liberté d’expression de ceux qui ne partagent pas leurs idées, à la liberté de croyance et de non croyance des familles venues des pays musulmans, ils attaquent en fait la liberté de tous. Mais nous n’oublions pas que les attentats contre les populations civiles se déroulent aussi dans des pays où leur religion est officielle et qu’ils tuent des musulmans dès qu’ils sont sunnites contre chiites et réciproquement. Leurs cibles sont les écoles, car il faut éradiquer l’éducation et en interdire l’accès aux filles, qui doivent être ignorantes et soumises à leur maître. Faut-il dresser une liste de preuves factuelles en Asie orientale, moyenne ou proche, et maintenant en Afrique là où ils s’imposent ?… Les femmes et les enfants sont leurs cibles prioritaires et cela ne dérange pas notre conscience de gauche !…

Dans des périodes antérieures, dans la Russie des Tsars, dans la période où le nihilisme était une forme de lutte armée parmi les étudiants révolutionnaires, des attentats à la bombe étaient préparés par ces jeunes contre la famille du Tsar et la police qui les traquait. Albert Camus dans « Les Justes » a transposé le climat d’alors, la conviction qui animait ces jeunes et leur esprit de sacrifice avant, pendant et après leur action. Il a expliqué l’échec d’une préparation minutieuse d’attentat par ce que le lanceur de la bombe qui devait tuer le Grand-Duc s’était aperçu qu’il était accompagné par ses enfants et qu’il n’avait pas pu, voyant leur regard, consentir à les tuer et ceci malgré la haine de la famille royale qui l’animait… Il ne pouvait pas tuer des enfants !… Cette pièce de théâtre est basée sur un fait réel et des archives de la police qui captura ces rebelles qui furent trahis par un camarade… des terroristes qui étaient des humanistes, qui avaient des convictions mais aussi une conscience et qui estimaient que tout n’était pas permis !… On est loin du présent.

On invoque maintenant le djihad (la guerre) contre l’Occident que l’on rend responsable de l’effacement de la civilisation arabe, qui fut brillante. C’est pour revenir au passé, ne voulant jamais remettre en cause la « fermeture des portes » qui fut décrétée à la fin du XIIe siècle afin de refuser toute nouvelle réflexion sur une civilisation qui sombra alors progressivement dans un déclin qu’aucune étincelle intellectuelle ne réveilla plus. La remise en cause de cela pour déclarer la « réouverture des portes » à El Azhar au XIXe siècle n’a touché que peu d’étudiants qui n’ont rien pu contre la lourdeur d’une tradition figée. Le passé demeure plus fort, et des intellectuels musulmans ont beau remarquer que l’avenir de leur civilisation passe par une adaptation au présent, ce ne sont encore que des témoignages sans écho, car cela signifie l’examen historique et critique du Coran et sa lecture éclairée par la science, comme cela a été le cas pour la Bible.

L’argent ne manque plus chez les djihadistes. On est loin du « terrorisme, arme des pauvres » que l’on a pu justifier longtemps ainsi. Le terrorisme actuel tend à créer une déstabilisation de la civilisation occidentale et il s’appuie sur la relativisation de nos valeurs républicaines une relativisation qu’une tranche importante de notre société a assimilée comme un fait incontestable.

Un sursaut comme celui de ces jours témoigne que l’on a atteint pourtant la limite de cette déstabilisation devant la barbarie et l’atteinte aux libertés que ces attentats ont révélée dans leur plénitude. On a fini par comprendre. Espérons que cela sera durable et que les divisions politiques partisanes ne reprendront pas encore, une fois l’émotion passée.

J’ai souhaité rappeler mon opposition de toujours au terrorisme dans une démocratie et, encore une fois, à sa forme habituelle s’en prenant aux populations civiles pour écraser leur droit à la parole et à la liberté. C’est ma contribution à cette riposte rendue nécessaire après les attentats liberticides de ces jours. C’est ma manière d’exprimer ma foi dans l’unité du pays, dans une coexistence des individus qui est le propre de notre laïcité institutionnelle.

Pour la liberté, contre l’oppression. Pour la justice, contre la censure. Pour la liberté de critiquer une religion quelle qu’elle soit…

…Je suis Charlie, parce que je suis…

Raymond Beltran
le 10 janvier 2015