Républicains et Laiques Audois

vendredi

2

décembre 2011

Alternances démocratiques en Europe

Ecrit par , Posté dans Non classé

Il n’y a pas de démocratie sans alternance car si le peuple ne peut pas changer ses dirigeants c’est que l’on n’est plus dans un régime démocratique, quelles que soient les vertus des dirigeants.

Cela a été le défaut visible des démocraties dites populaires même si leurs partisans affirmaient alors la valeur exemplaire de leurs institutions. Car le peuple peut se tromper mais il faut qu’il garde la liberté de se tromper sans la tutelle d’une autorité supérieure.

Je ne résiste pas à citer la savoureuse ironie avec laquelle Bertolt Brecht réagissait au discours classique d’alors : Le Secrétaire de l’Union des Ecrivains fit distribuer des tracts dans la Stalinallee : « Le peuple, y lisait-on, a par sa faute perdu la confiance du gouvernement et ce n’est qu’en redoublant d’efforts qu’il peut la regagner. » Il y ajoutait finement : « Ne serait-il pas plus simple alors pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? »

Mais ce n’est pas du temps passé et révolu maintenant dont il s’agit ici. Combien de fois, avec les leitmotive du « on a les élus qu’on mérite » on ne conteste les choix démocratiques qui ne nous conviennent pas ?… Et, en Iran n’y-a-il pas un Guide Suprême qui choisit ceux qui peuvent être candidats aux élections et qui corrige les résultats s’ils ne sont pas conformes à ses souhaits ?… Démocraties formelles… démocraties réelles… Ne reprenons pas ces vieux poncifs politiques, mais constatons qu’ils restent vrais.

Ce long préambule pour bien préciser que je ne conteste pas les résultats des alternances intervenues en Europe en peu de temps. Mais l’on est en droit de remarquer certaines constantes qui interrogent sur les raisons qui ont pu inciter des citoyens à se déterminer ainsi.

D’abord, globalement. Dans les 2 dernières années 2010 et 2011 il y a eu 12 changements de majorité pour 4 continuités dans l’U. E. suite aux élections intervenues.

La Suède, la Pologne, L’Estonie et la Lettonie ont vu leur majorité confirmée à droite malgré la crise économique en cours. Il y a des raisons d’ordre interne pour cela bien entendu. En ce qui concerne les changements, si le Portugal du socialiste Socratès a laissé la place à une majorité de centre droit, c’est en sens contraire que les choses ont évolué au Danemark.

Les gouvernements de gauche étaient minoritaires et le sont devenus encore plus dans l’U.E, car le Portugal, le Royaume Uni et l’Espagne sont passées récemment à droite, mais il y a une perspective française pour 2012, qui irait en sens contraire, si l’on en croit les sondages actuels. Sauf erreur de ma part, 23 pays de l’UE sur 27 sont gouvernés à droite. Ne resteraient à gauche que la Slovénie, l’Autriche, Chypre et… la Grèce (?), ce qui permet de comprendre la difficulté d’imposer une Europe sociale que, par ailleurs l’Angleterre n’a jamais voulu, alors qu’il faut l’unanimité des 27.

Fermant cette parenthèse d’équilibre de pouvoirs, la remarque la plus générale est quand même que les pouvoirs en place n’ont pas supporté la crise et que les électeurs les ont sanctionnés, ne supportant pas les mesures de rigueur qu’ils avaient prises pour en sortir.

Le journal catalan La Vanguardia du 17 octobre 2011 citant Julian Santamaria, professeur de sciences politiques à l’Université de Madrid, remarquait que « les citoyens punissent les gouvernements sans se préoccuper de savoir si leurs adversaires vont faire la même chose ou pire »… « l’on accorde un chèque en blanc à l’opposition, sans qu’elle ait précisé clairement ce qu’elle va faire quand elle va gouverner »

Le vote du 20 novembre en Espagne est un exemple saisissant de ce fait. Les vainqueurs, qui ont la majorité absolue n’ont dévoilé aucun programme avant le scrutin, ils ont seulement parlé de « recortes » ou diminution des dépenses et, à ce jour, encore rien annoncé de concret. La campagne s’est faite sur le seul rejet des sortants et l’annonce que l’opposition ferait autrement, ce mot magique !

La Vanguardia déjà citée remarque en ce qui concernait les votes en Europe qu’il y a « baisse de la participation et érosion du bipartidisme avec ascension d’autres forces politiques ». Ce qui est confirmé en Espagne, selon l’analyse que El Pais du 21 novembre a effectuée : des électeurs fidèles du PSOE ont voté pour d’autres petits partis et le PP a eu plus que la majorité absolue avec seulement 600 000 voix de plus qu’en 2008 où il avait été vaincu.

Si les alternances sont une possibilité indispensable en démocratie, les votes par défaut, l’absence de débats sérieux, le rejet systématique des sortants, le refus de prendre en considération la crise aux dimensions internationales en la réduisant au niveau national, sont des excès qui nient la démocratie et ouvrent la porte à des risques.

Ce qui me pose le plus de problèmes au niveau de la pratique démocratique c’est l’absence d’analyse objective, sans manipulation électoraliste, de la crise économique en cours. Il me semble que les antécédents, les causes donc devaient être étudiées avec impartialité de manière à diagnostiquer la situation et annoncer les sorties consensuelles possibles.

Si les plans de rigueur annoncés ne sont pas convenables, la moindre des choses serait de proposer les plans alternatifs indispensables plutôt que de nier la crise en dépit du bon sens et de condamner ce qui se fait sans jamais proposer du concret… Pour faire à l’identique comme cela a été le cas au Portugal, en Grèce, en Espagne… et… la suite !

Rien ne sert de vouloir la démocratie si on ne la fait pas vivre et si, en cas de difficulté, on se contente de la détourner ou qu’on laisse la place aux technocrates.

Raymond BELTRAN
Le 02 décembre 2011