Républicains et Laiques Audois

jeudi

25

février 2016

Actualité de l’immigration en 2016

Ecrit par , Posté dans Non classé

 

En voulant commencer cette réflexion sur l’immigration d’aujourd’hui et sur la manière dont les « refugiés » sont accueillis dans l’UE je sais qu’il est difficile d’être impartial et que, surtout, je vais dire ce qui n’est plus admis comme politiquement correct. J’assume ce risque.

Il y a d’abord une réalité. Rien n’empêchera l’afflux d’immigrés venant les uns des pays pauvres, d’autres des pays en guerre, vers ce qui leur paraît être un paradis, les pays occidentaux. Ni les obstacles matériels, ni les distances, ni les dangers à affronter, ni les frais à payer à des passeurs sans scrupules. Des passeurs que personne ne dénonce car ils ne sont pas « américains » ni « occidentaux », donc pas parmi ceux qu’on peut accuser. Rien n’empêchera la ruée vers richesse, liberté et espoir que nous représentons pour eux. À tort ou à raison, c’est une réalité.

Une autre réalité c’est la capacité d’accueil de nos pays, dont il ne faut pas oublier qu’ils sont plongés dans une crise économique profonde, même si cela paraît négligeable pour ceux qui, chez eux, n’ont ni garantie de subsistance ni droits.

Je veux d’abord rejeter les poncifs habituels que j’entends. L’Europe a toujours accueilli les étrangers ?… Est-ce aussi vrai qu’on le dit ? Je sais que les Suédois sont allés vers l’Amérique quand leur pays vivait misérablement et les « Johnson » sont bien implantés là-bas, que les Italiens ont fui un pays qui ne leur permettait pas de vivre malgré son ancienne culture, que les Espagnols ont souvent choisi l’Amérique latine, puis l’Allemagne ou la France pour mieux vivre ou pour sortir d’une guerre civile. Ces pays ont été des pays d’émigration et ils ont eu du mal à assumer maintenant qu’ils étaient devenus des pays d’immigration… L’Europe a toujours accueilli des immigrants ?… Si on fait le tour des 28 pays de l’UE c’est loin d’être un fait.

Il n’y a qu’une chose de vraie, c’est que la misère ou le manque de perspectives ont toujours attiré vers l’aventure ou vers la possibilité de mieux vivre, en tout cas vers le mirage qui laisse penser qu’on va pouvoir s’enrichir ou améliorer sa condition.

Un autre poncif est que la France qui a mal accueilli les espagnols en 1939 sait comment faire, riche de son expérience, pour bien accueillir les migrants d’Asie et d’Afrique. Constatons d’abord que ce sont deux contextes différents et deux situations géographiques qui n’ont rien à voir. La France était frontière avec l’Espagne en 1939, comme la Turquie, le Liban et la Jordanie le sont avec la Syrie en 2016.

Entre la France et la Syrie il y a beaucoup de kilomètres et beaucoup d’autres États intermédiaires. Les Syriens qui sont partis vers l’UE ne sont pas harcelés à notre frontière par les troupes des parties en conflit et il s’agit ici non d’une urgence d’accueil immédiat pour ne pas être fusillés par l’armée d’Assad mais d’un choix fait d’arriver dans un autre pays lointain. Il n’y a pas maintenant la même urgence à traverser les Pyrénées. Ce n’est pas comparable. La comparaison faite dans ce cas n’est qu’un appel au sentiment de culpabilité : « vous n’allez pas recommencer comme en 39 ! ».

Sans méchanceté, remarquons toutefois que la solidarité interarabe et inter musulmane brille par son absence avec les riches pays du Golfe seulement préoccupés à régler leurs comptes entre sunnites et chiites. Il n’y a de culpabilité que pour les pays occidentaux qui bénéficient d’une culture judéo-chrétienne du repentir.

J’arrêterai les poncifs avec celui-ci. L’Europe a la possibilité d’accueillir beaucoup de personnes encore. Belle affirmation, très généreuse, mais fondée sur une absence de la moindre analyse et sans la moindre preuve de vérité. Il est vrai que les politiques ayant amené à la diminution de la natalité ont provoqué dans certains pays comme l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne une baisse durable de la démographie, que de cela résulte une baisse de la population active qui favorise une insertion dans l’emploi bienvenue en Allemagne parce que son économie n’a pas trop souffert de la crise. Mais ce n’est pas le cas ni en Italie ni en Espagne ni en Grèce… Et, en France ?…

Qui peut affirmer combien d’immigrés peuvent être accueillis sans poser de problème en Europe ? Qui peut dire comment et par qui ce nombre pourra être fixé sans qu’il soit dépassé aussitôt par le flux croissant d’arrivées supplémentaires ? Qui peut dire encore, sans crainte du ridicule, que l’appel d’air de l’Allemagne n’a pas provoqué un afflux supplémentaire de migrants dans les routes des Balkans ?

Je ne prétends pas faire ici une étude exhaustive de l’immigration. Je n’ai ni les études statistiques et économiques ni les matériaux qui me le permettraient. Je ne peux que réagir, en observateur qui réfléchit, mais aussi qui supporte mal les raisonnements entendus, qui, comme souvent, relèvent du sentiment, du peu réfléchi, rarement d’une analyse qui se veuille lucide.

Il faut être généreux et accueillir les gens en souffrance. Je partage cette opinion, mais il est curieux que les contes et les traditions connues ne demandent l’ouverture à notre table qu’à une personne (Le voyageur, Le mendiant, etc.) Est-ce que la sagesse populaire ne voulait pas exclure un pluriel qui pourrait être pensé comme une invasion ? Que la sagesse populaire ne voudrait pas considérer une multitude ? Car une multitude rappelle des rejets, la mémoire du passé et cela permet à des politiques de jouer avec les peurs, exploiter la situation et éveiller des xénophobies qui résultent de cette crainte.

Je persiste à croire qu’il faut être généreux et accueillir. Mais il ne faut pas que ce soit sans aucune réflexion et sans se poser quelques questions essentielles car, les ignorer signifie une volonté d’occulter ce qui pourrait conduire au refus de cet accueil. Au lieu d’expliquer sa nécessité malgré les difficultés que celui-ci suppose, on laisse la porte ouverte à l’irraison qui permet les manipulations politiques avec des conséquences encore plus lourdes. Car alors il n’y a pas que le refus d’accueillir mais en plus le virage au populisme avec ses germes autoritaires.

Il est difficile de dire le mot mais cet accueil peut-il être « sans limites » ? Quelles limites ? On est mal à l’aise à vouloir limiter les droits des autres et on parle volontiers des devoirs que l’on doit s’imposer à leur égard. Cela devient une posture courante. Mais on ne peut ignorer qu’il y a une limite entre l’accueil, qui ne peut être que volontaire, et l’invasion, qui ne peut être évitée. Tous le perçoivent, d’autant plus qu’aucune analyse ne vient la contredire ou la relativiser. Les citoyens voient parfaitement que l’afflux ne peut se contenir et que les lieux de départ se multiplient avec le temps.

Je l’ai déjà écrit : il y a une hypocrisie exemplaire à s’apitoyer sur les difficultés affrontées par les migrants, sur les noyés dans la traversée de la Méditerranée avant d’aborder la Grèce, l’Italie ou l’Espagne et accueillir seulement ceux qui ont surmonté les épreuves. À ne pas chercher à leur éviter les obstacles cela revient à se conformer à la fatalité d’une sélection naturelle. La sympathie et la générosité soulevées par les morts ne s’applique qu’aux rescapés des dangers, ceux qui ont résisté physiquement aux épreuves du voyage ou qui ont eu de la chance avec les secours.

Si on voulait être logique avec ce que l’on dit, il ne faudrait pas supporter ces morts inutiles, ces enfants noyés, ces enfants disparus le long du parcours dans les Balkans (dix mille dit-on), dont on ignore ce qu’ils sont devenus. Il faudrait, si on était sincère avec ses sentiments, aller chercher les immigrés sur place et les amener en toute sécurité à bon port, les enlevant des griffes des mafias qui les exploitent. Il faudrait s’inquiéter de ces filles entre 9 et 14 ans données en mariage autour des camps syriens aux septuagénaires des pays voisins, et aux trafics qui tirent bénéfice de leur détresse…

Le refus de laisser le libre passage en UE est en contradiction flagrante avec le fait de recueillir les migrants, par action humanitaire, pour sauver ceux qui dérivent dans des embarcations les amenant en l’Europe, sans les refouler vers les lieux de départ. Cette action humanitaire est conforme à l’obligation de les secourir, mais leur prise en compte dans l’UE ne correspond pas à l’affirmation qu’on veut limiter leur venue dans l’Union.

En fait une question se pose même si elle peut nous sembler horrible.  Les guerres et les massacres ne peuvent pas être supprimés par des questions de morale et ni l’ONU ni aucune une autre organisation ne sont capables de les arrêter ?  De ce fait le nombre de migrants, de réfugiés s’accroît. Ils sont plusieurs millions autour de la Syrie. Il y a en plus ceux partis à la recherche d’une amélioration économique, venus d’Afrique, d’Afghanistan, etc.

Peut-on les accueillir tous ? La Suède, la Finlande et pas seulement la Hongrie ou les Pays des Balkans refusent dorénavant leur arrivée. L’Allemagne sature avec plus d’un million reçus…. « Pouvons-nous accueillir toute la misère du monde « ? Je sais que Michel Rocard pour éviter cette arrivée massive aurait ajouté la nécessité d’une aide forte chez eux. Mais que voyons-nous d’autre qu’un tonneau des Danaïdes dans cette aide, quand elle ne va pas aux comptes en Suisse ou ailleurs des potentats locaux, ceux qui n’emploient pas leur richesse personnelle à soulager la misère de leurs compatriotes.

Il ne faut pas ignorer les réactions de rejet qui favorisent l’arrivée au pouvoir en Europe de partis autoritaires qui prétendent agir avec une efficacité que la démocratie n’aurait plus. Mais il y a une question qu’il faut poser à la population de nos pays : Quel partage êtes-vous prêt à faire ? Quelle place au travail voulez-vous leur assurer pour ne pas avoir à les maintenir dans l’assistanat (logement et moyens de vie) ? Êtes-vous prêt à baisser le niveau de vie de chacun, pour mieux partager avec les arrivants ce que nous possédons ? Les accueillir oui, mais comment faire pour que ce soit digne et non dans les « jungles, » dans la boue, grâce à la charité d’associations, dans des lieux de non droit ?

Il serait bon de conforter la générosité en paroles avec les actes qui mettraient cette générosité à l’épreuve de la réalité et de la longue durée. Il faut cependant tenir compte aussi des réactions des migrants encouragés par des associations à revendiquer des droits, cautionnant des actions de force contre la police. Est-ce tolérable ?…

L’enchevêtrement entre Droits humains, générosité chrétienne, solidarité mondiale, compensation à la colonisation passée et compromis européens face à cet afflux d’étrangers, fait que l’on vit des situations ubuesques.

Ainsi, les sans-papiers sont pourchassés, même s’ils vivent ici depuis des années et qu’ils travaillent, ils n’ont pas de droits. Mais ceux qui sont passés par les obstacles dressés aux frontières circulent partout sans problème et se tassent à Calais par milliers. Ils ne peuvent pas aller en Angleterre officiellement, ne veulent pas rester en France mais on les entretient sur place, par mesure humanitaire, en attendant qu’ils passent la Manche illégalement. Leur présence est illégale et leurs coups de force contre la police sont fréquents, mais leur expulsion ne se fait pas. Bien au contraire, on leur offre un hébergement. La situation à Calais est explosive depuis des années, sans solution et d’une incohérence totale. Cela coûte très cher et ne peut pas avoir d’issue logique. Cela fait des réactions de rejet dans la population locale, qui vont aller en s’amplifiant.

Les camps de concentration, même humanisés, ont mauvaise presse et se confondent trop avec les excès criminels nazis pour qu’on pense recourir à eux pour une solution temporaire de tri et de répartition, avant droit d’asile et travail et logement pour ceux qui pourraient être admis à en bénéficier. Mais ceux qui ne seraient pas acceptés à ce bénéfice devraient, en toute logique, être expulsés. Alors que l’on se contente de Centres de Rétention, d’Accueil ou d’Hébergement dans des endroits où il n’y a pas de travail à leur proposer et où ils doivent être pris en charge par l’État.

J’aimerais savoir proposer une solution. Je ne sais que montrer la difficulté du problème, les ambiguïtés des solutions en cours et l’absence de clarifications dans l’esprit des citoyens face à la complexité de cette question. Je regrette que l’on en reste à des simplismes et que l’on évite surtout d’approfondir les conséquences de la situation pour envisager l’avenir.

Nous avons vu comment une déclaration d’accueil en Allemagne a déclenché des centaines de milliers d’arrivées supplémentaires et que les meilleures intentions initiales ont fini par les refus et l’installation de barbelés aux frontières, que les pays les plus ouverts comme la Suède ou la Finlande ont fermé leur accès aux migrants. Rien ne sert de s’effaroucher avec la morale mise en avant, une arrivée massive fait peur. Dans des pays dont l’histoire a été faite de résistances aux ottomans et qui se voient parcourus par des musulmans venant des pays de l’ancien empire ottoman, cela est encore plus vrai.

Il est nécessaire que l’on assume cet accueil avec responsabilité et que l’on aille au-delà des déclarations politiciennes pour envisager ce qui est possible, ce que l’on doit refuser et les conséquences de cet accueil dans la vie de chacun. Il ne sert à rien de se lamenter que l’UE n’a pas de politique commune à ce propos, ce qui est regrettable, alors qu’on voit que chaque pays veut garder sa pleine souveraineté, alors que l’Angleterre vient de nous montrer qu’elle refuse tout rapprochement politique dans l’UE, alors que chacun pousse à garder la souveraineté propre de son pays, voulant quand même imposer ses principes aux autres pays.

Mais une politique commune européenne ne résoudrait pas ce problème. Elle aurait permis d’unifier les réponses mais elle n’aurait pas jugulé l’arrivée de migrants. Ils sont attirés par le mirage de l’Occident et par la liberté qu’y règne. Cette liberté a beau être prétendue limitée mais elle reste immense pour eux qui ont vécu l’absence de liberté.

Raymond Beltran

Le 25 février 2016