Républicains et Laiques Audois

lundi

21

décembre 2009

A propos de canonisations

Ecrit par , Posté dans Non classé

On ne peut pas dire que cela ne concerne que les croyants, car l’impact médiatique sera subi par tous ceux qui lisent les journaux, qui écoutent la radio ou qui regardent la télévision.

Des Papes canonisés, ils ne seront pas les premiers. Appelés « Sa Sainteté » habituellement pendant leur vie de papes, ils ont, peut-on dire, vocation à le devenir encore après leur mort.
Ce n’est pas le fait qu’ils soient canonisés, ou en voie de l’être qui nous interpelle, mais la signification de cette cérémonie. Dans un premier temps je voudrais m’interroger sur sa valeur pour un croyant.
Si l’on est croyant, si l’on croit à l’existence d’un Dieu qui juge les hommes (et les femmes), qui les châtie ou les récompense en fonction de leur parcours sur cette terre, a-t-Il besoin d’un « jugement » ecclésiastique pour s’apercevoir que telle ou telle personne a atteint le nirvana catholique et qu’elle est devenue sainte ? Cette décision ne lui appartiendrait-elle pas ?… Comme dirait Desproges « étonnant !… »
Mais alors à quoi revient cette enquête pour déclarer « vénérables » dans un premier temps Pie XII et J-P II, afin de les « béatifier » ensuite et les « canoniser » enfin pour les proclamer « saints » ? Cette question concerne aussi les autres procédures de canonisation et, l’on sait que J-P II en a été le recordman pendant son règne.
Mais si Dieu n’a pas besoin que le Vatican lui souffle son appréciation pour savoir ce qu’il doit faire, quel est alors le but des cérémonies organisées en présence de foules et de représentants laïcs des gouvernements des pays ainsi honorés ?
Pour un observateur avec un peu d’esprit critique, il est évident que Jeanne d’Arc qui n’a été canonisée que plusieurs siècles après sa mort, l’a été dans un moment de crise entre la France laïque et le Vatican. Peut-être qu’il fallait alors un étendard emprunté à l’histoire pour les catholiques anti laïques… Qui pourrait penser que cette proclamation n’avait rien de politique ?…
La canonisation par J-P II de religieux « martyrs » de la guerre civile espagnole, qui oubliait les prêtres républicains basques fusillés par les franquistes pendant la même guerre, ne relèverait pas de critères politiques ?…
J-P II aurait commis des miracles pour que le Vatican puisse lui donner créance de sainteté. Cela voudrait dire que Dieu a voulu faire savoir aux membres éminents de la hiérarchie catholique qu’il lui plairait qu’on proclame à l’Univers entier qu’Il l’avait reconnu et qu’Il entérinait donc son action passée ?
Je me demande en quoi Dieu, tout puissant, avait besoin de faire reconnaître ce choix pour ce Pape et pas pour d’autres chrétiens qui sont ignorés par le Vatican… C’est qu’il était urgent de le faire avant que son charisme médiatique ne soit effacé par le temps qui passe.
Du coup, son soutien à Pinochet passe à la trappe pour un public oublieux, comme celui à l’Opus Dei et d’autres prises de position contre la théologie de la Libération… pour ne retenir que son opposition au communisme et son rôle médiatique auprès des jeunes, des rôles politiques, que l’on ne doit pas oublier.
Pie XII s’est tu, sachant lui, ancien Nonce en Allemagne, présent à l’arrivée au pouvoir d’Hitler, ayant connu la montée du nazisme, puis Secrétaire d’Etat (donc chargé de la diplomatie Vaticane) de son prédécesseur Pie XI, ayant refusé à la mort de Pie XI de diffuser l’encyclique posthume de ce dernier condamnant le nazisme. Il s’est tu alors qu’il savait que la « solution finale » était en cours… Même après la guerre il s’est tu…
Odon Vallet remarque que sa canonisation signifie en clair que quelqu’un qui n’a pas voulu secourir autrui peut devenir saint. Même si Pie XII aimait l’Allemagne, s’il a défendu Hitler et Mussolini parce qu’ils combattaient le communisme soviétique, même s’il ne voulait pas que les nazis attaquent les catholiques, est-ce cela les « vertus héroïques » qui font un saint ?
Il doit bien y avoir quelques miracles qui lui sont attribués, signes de Dieu, comme les auspices et les augures anciens, pour justifier la lecture des desseins divins et le donner en exemple à suivre par les ouailles.
Les miracles sont l’offrande à l’irrationnel chez les croyants. Ils sont présentés comme la manifestation du divin, de la puissance de Dieu. Les célébrations canoniques sont, elles, l’expression de la puissance d’une église qui peut désigner les « élus » de Dieu.
Pie XII exigeait déjà dans ses fonctions de Pape que l’on s’agenouille en sa présence et qu’on ne lui tourne pas le dos en sortant d’audience. Il se faisait soigner avec de la gelée royale par un dentiste qui remplaçait son médecin…
Pie XII n’aurait pas pu être exalté dans les années suivant sa mort… Aujourd’hui l’oubli a fait son œuvre et les traditionalistes heurtés par Vatican II attendent réconfort de l’ancien Préfet de la Doctrine.
A quoi servent les cérémonies de proclamation de saints ? Certainement à détacher ce qui peut servir les desseins du Vatican par le rappel d’un moment historique ou d’une attitude doctrinale que l’on veut saluer et donner en exemple. Les autres saints, ceux connus de Dieu seul, on les rassemble dans le 1 novembre dit de « tous les saints, » dédiés aux anonymes, aux sans grade. Cest la fosse commune des saints catholiques.
Elles servent aussi à récompenser certains clans, à les encourager à persister, à consolider certaines pratiques, en offrant aux fidèles de nouvelles icônes, des exemples et des inspirations qui confortent la ligne doctrinale.
Nous sommes dans un siècle de médiatisation. J-P II l’avait bien compris. Benoît XVI ne manquera pas de s’abriter derrière lui pour conforter les aspects politiques conservateurs de son œuvre.
De nombreux saints recensés n’ont jamais existé que dans le calendrier romain. Leurs vies n’ont été que le fruit de l’imagination de moines copistes qui ont inventé de toutes pièces leur vie « exemplaire » et édifiante. Mais ils étaient utiles pour « témoigner » même si c’était du bidonnage. Les nouveaux saints sont toujours utiles pour la politique terrestre du Vatican qui les manipule.
Raymond BELTRAN
Le 21 décembre 2009