Républicains et Laiques Audois

lundi

10

novembre 2014

__ « "Quelle Europe souhaitons-nous ?" » __

Ecrit par , Posté dans Non classé

La question posée incite à développer l’utopie maximale, dans laquelle tout est parfait et rien ne peut l’empêcher. C’est ainsi que l’on rend irréalisables des souhaits réalistes mais qui demandent de prendre en compte les difficultés manifestes de réalisation que l’on rencontre.

Balayons d’abord l’objection sur ce qui aurait dû être fait, mais qui ne l’a pas été au début. On peut discuter en vain que l’on aurait pu commencer par autre chose que l’économie. Discussion oiseuse car on ne revient pas sur le passé pour le refaire aujourd’hui à son gré.

il y a ainsi les objections que tout le monde fait sur la technocratie européenne, énoncée comme une évidence communément admise. C’est en partie vrai. Mais cet énoncé creux occulte les grosses anomalies de la machinerie, vraie usine à gaz, qui a été mise en place à Bruxelles et qui grossit régulièrement à chaque élargissement.

Pour des évidences politiques l’on a cédé à des demandes d’adhésion multiples de pays non préparés mais qui exigeaient les pouvoirs des membres de plein droit. D’élargissement en élargissement on en est à 28 pays. Chacun amène son contingent de fonctionnaires supplémentaires, de langues qui demandent traduction et emploi d’interprètes. Égalité qui entraîne une obésité administrative et des frais sans limite, toujours en croissance. Combien de fonctionnaires européens ? Un gouvernement fédéral européen ne pourrait-il pas fonctionner à plein régime avec moins de personnel ?…

Puis il y a les confusions et les amalgames faux. La Commission européenne a un pouvoir de proposition et une tâche d’exécution des décisions prises par le Conseil de ministres. Elle peut proposer des sanctions en cas de non-respect des directives ou des décisions adoptées, qu’elle ne prend pas d’ailleurs elle-même, car elles sont du seul ressort du Conseil de ministres de l’Union Européenne, donc des gouvernements nationaux.

Je crois qu’il est important de clarifier ces choses plutôt que de répéter encore et toujours l’accusation de « technocrates » à l’égard de la Commission. Elle n’a pas été élue directement par les citoyens, pas plus que certains ministres du gouvernement français ne l’ont été par les électeurs sans qu’ils soient accusés d’être des technocrates, pas plus que les conseillers des ministres ne le sont.

Le problème de l’Europe est sa crédibilité auprès de l’opinion publique, car, à force d’accuser Bruxelles de tout ce qui ne va pas et d’oublier de la créditer de ce qu’elle apporte, on a fini par laisser se répandre l’opinion que tout irait mieux sans cet organisme. Souverainistes et, liés avec eux, la masse des citoyens qui suivent leurs critiques par manque d’information, se coalisent pour développer les nationalismes que l’Europe avait pour vocation de freiner et qui gagnent du terrain.

Le Parlement européen est devenu le refuge où l’on case les échoués des partis politiques et le moyen de fournir des revenus à ceux qui les ont perdus dans la classe politique. Le vote à la proportionnelle garantit aux têtes de liste d’être élus et l’on ignore ensuite le travail et les votes de ces députés, leur absentéisme étant dénoncé par ailleurs et malheureusement bien vérifié.

Chaque modification des traités ajoute une couche administrative et ce qui était valable à 6, au début, est devenu monstrueux à 28. Les nouveaux venus ont cherché tous à bénéficier du système et jamais à l’améliorer ou à le rendre économique et efficace.

Si la construction politique a été évitée pour pouvoir avancer au début, après l’expérience négative d’Aristide Briand en 1929, chaque pays a toujours veillé à ce que des compétences régaliennes ne soient pas mises en commun. La justice, l’armée, l’éducation ne sont pas de la compétence de l’union européenne. Un principe de subsidiarité a été créé pour préserver des domaines entiers, dont l’économie et les affaires extérieures. Quoique l’endettement des Etats et l’Euro par rapport aux engagements sur les déficits ont permis à la Commission de demander le respect des engagements souscrits. Il n’y a pas de politique économique européenne.

Le traité de Lisbonne, en vigueur, n’a pas supprimé l’unanimité nécessaire pour les décisions prises, que le traité de Bruxelles (dit Constitution en 2005) aurait fait disparaître s’il avait été approuvé. Nous avons 2 présidences, l’une pour un semestre l’autre pour trois ans, une ministre aux affaires extérieures, mais pas des politiques communes pas plus qu’au niveau économique sinon la pression de la banque centrale européenne (BCE) et de l’Eurogroupe. Pas de politique de défense commune, après la CED rejetée dès le début. Seulement des coordinations cherchant un consensus, chacun gardant son indépendance.

Cela a été le défaut originel de la communauté économique européenne (CEE). Cela reste le défaut essentiel de l’union européenne (UE) encore maintenant. Pas de gouvernement de l’Europe, seules des coordinations d’intérêts divers et parfois opposés, en particulier sur le plan social avec le Royaume uni, qui a refusé toujours toute implication de l’Europe dans le social.

Les discussions sur l’Europe fédérale ou confédérale ont disparu depuis longtemps des débats européens, même si les régionalistes rêvent toujours d’une Europe des régions où régneraient les langues locales !!!… Le non au référendum de 2005 a sonné le glas de cette Europe politique pourtant indispensable, que tout le monde ou presque demande mais que tout le monde refuse dès qu’elle est mise en route.

Pourtant, si nous voulons et c’est notre cas, une Europe forte il faudra bien un gouvernement fédéral de l’UE, avec élection dans chaque nation en vue de constituer une majorité qui édicte les règles de l’Union, sous le contrôle d’un Parlement élu en même temps dont serait issue la majorité. Chaque État gardera des compétences mais avec une délégation à l’UE de celles qui permettent d’exister visiblement dans le contexte international pour le gouvernement central.

Il ne faut pas se faire illusion. Tout ne se fera pas du jour au lendemain et des évolutions seront nécessaires pendant des années pour que chaque pays soit au même niveau. Il faudra, avec réalisme, admettre des différences et diminuer les oppositions traditionnelles, mais il faudra éviter de vouloir une égalité possible dans une nation mais impossible sur l’étendue et la diversité des traditions de tous les pays de l’union européenne.

En définitive et en conclusion provisoire, je crois que nous voulons que l’union européenne soit efficace, avec une économie forte et un chômage très réduit, une Europe présente dans le concert international des nations, se faisant entendre d’une seule voix pour propager les valeurs humanistes qui actuellement sont occultées sous la chape de la libre concurrence. Nous voulons une Europe plus sociale, plus démocratique et pour cela nous voulons plus d’engagement pour sa transformation et moins de critiques qui aboutissent à sa disparition, malgré l’affirmation contraire de vouloir seulement « une autre Europe ».

Pour transformer l’Europe il faut du volontarisme politique, de l’engagement personnel, des propositions positives et didactiques, une meilleure information des citoyens et la mise en évidence de ce qu’elle a permis et de ce qu’elle permettrait si l’on dépassait les individualismes nationaux pour faire triompher l’intérêt général européen.

R. Beltran.
le 10 novembre 2014