Il reste à construire une démocratie que l’Irak n’a jamais connue. Il reste à éviter les règlements de compte dégénérant en guerre civile. Il reste à administrer un pays en veillant à ce que les « libérateurs » ne deviennent pas une « armée d’occupation ». Rien n’est terminé.
Il reste à trouver des irakiens intègres et non intégristes pour bâtir un avenir et faire coexister sans népotisme des communautés rivales : tribus bédouines, des sunnites, des chiites, des kurdes, des chrétiens... Il faudra se méfier des retournements d’opinion aussi enthousiastes aujourd’hui pour les GI vainqueurs qu’ils l’étaient hier pour un dictateur tout puissant.
Reste à voir les réactions dans l’opinion musulmane internationale, sensible à la faute de Bush appelant à la « croisade », dans son ignorance de ce que cela évoque depuis le Moyen Age dans le souvenir collectif des descendants de ceux qui subirent l’action des croisés. Ceux-ci ne furent pas les preux chevaliers de l’occident chrétien : ils pillèrent, massacrèrent et violèrent les populations, tant musulmanes qu’orthodoxes rencontrées sur leur chemin entre Vienne et Jérusalem.
Si l’on veut la liberté et la démocratie en Irak, il faudra beaucoup de courage aux nouveaux dirigeants, beaucoup de dévouement et un gouvernement par des Irakiens qui n’apparaissent pas aux ordres des américains, qui cherchent à dépasser les fractures religieuses et ethniques pour faire des communautés diverses une nation. Sinon, ce sera l’éclatement du pays et les luttes fratricides, prélude à une nouvelle dictature pour sortir du chaos.
Mais peut-on parler encore de laïcité en Irak quand le risque de l’après Saddam est l’islamisme et le désir de revanche de ceux qui furent réprimés ? Quand ce concept fut perverti par le parti Baas qui bâtit une dictature alors que la laïcité ne se conçoit que dans la liberté de croyance et d’expression ?
Raymond BELTRAN
le 10 avril 2003