La guerre, prévisible à l’écriture de ces mots, sera malheureusement réelle quand ils seront publiés. Mais elle n’effacera pas l’idée que l’on a voulu écarter l’électeur de tout débat autour de l’organisation administrative du pays.
La réforme a pour objet d’accélérer la décentralisation. Le gouvernement s’y était engagé. Les parlementaires en avaient discuté et voté. Même que le Président de la République avait promis de la faire adopter par référendum : exit des promesses électorales, alors qu’il est si facile, quand on a la majorité, de faire passer sans risques une loi constitutionnelle !... Cela évite confrontations, explications et débats. Rien d’illégal, mais le minimum d’usage de la démocratie !
La régionalisation, autant que l’Europe, ne relèveraient pas de la sphère citoyenne. Cela ne concernerait pas l’individu électeur, que l’on tient soigneusement à l’écart du débat, même si ce vote modifie l’organisation de l’Etat. Ni la majorité ni l’opposition n’ont daigné l’informer ni le faire débattre. Pourquoi le déranger dans sa léthargie alors que les leaders savent si bien jouer seuls leur rôle ?
L’ennui est que les peuples endormis se réveillent un jour et que ce réveil est d’autant plus violent qu’ils ont été trop longtemps méprisés. Leurs excès sont alors incontrôlables... On n’a pas voulu analyser les enseignements du 21 avril 2002 !... La méfiance envers une démocratie devenue de plus en plus formelle grandit et les électeurs sont plus nombreux à rejoindre les rangs de ses adversaires.
Les valeurs républicaines sont en danger si les leaders politiques ne sont pas capables de prendre en considération l’urgence qu’il y a à démocratiser la vie publique. Au lieu de sauvegarder confortablement de fragiles acquis électoraux, il faudrait conforter l’essentiel : Une République qui rassemble et qui respecte les électeurs sans les reléguer au rang de simples machines à voter. Gare aux lendemains qui déchantent !
Raymond BELTRAN
le 20 mars 2003