Le constat des journalistes en Afghanistan nous a fait remémorer notre commentaire du 29 novembre 2001 que nous avions intitulé « Retour en Charybde ? ». Nous avons confirmation que les seigneurs de la guerre, féodaux locaux, confisquent pour eux, au nom de leur clan, les richesses qui circulent et gardent dans la misère les populations soumises à leur pouvoir, en préparant une future guerre civile.
Il n’y a pas encore de nation afghane. La division ethnique prédomine. Il n’y a pas de vrai d’Etat central. Il n’y a pas plus de liberté religieuse et les afghanes sont toujours soumises au pouvoir religieux, au nom de la tradition. Si les filles ont accès à l’école, ce n’est pas le grand nombre car les interdits demeurent et ils limitent leur scolarité à la stricte sphère féminine !... Les jeunes du Liban souhaitent que l’état civil devienne laïque, car douze ou treize communautés vivent « ensemble », mais séparées, dans ce pays si proche de nous. Les mariages inter-communautaires sont impossibles sur place. Alors, il faut aller à Chypre pour s’épouser et choisir de vivre en marge, après, en butte à l’hostilité des clans d’origine.
Si les massacres inter-religieux sont terminés sous la férule syrienne, qui a mis le Liban sous tutelle, il n’y a pas d’interpénétration entre Libanais, séparés institutionnellement par le Pacte National de 1923. Ceux-ci sont figés dans leur « communauté religieuse » et ne peuvent pas en sortir du fait de l’organisation de toute la vie civile dans un cadre ethnique, d’essence religieuse.
Clans et divisions ethniques dans les deux cas. Au-delà des différences de degré dans leur situation, nous y voyons les résultats de l’existence de sociétés multiculturelles. Celles-ci n’ont jamais démontré leur capacité à assurer leur cohabitation pacifique durable. Et ce n’est pas l’emprise religieuse qui permet leur évolution !
Raymond BELTRAN
le 13 février 2003