L’échec scolaire et la violence des jeunes dans des banlieues semblent justifier cela. C’est ignorer les autres facteurs d’échec : discrimination dans l’emploi, chômage récurrent dans la famille, attitudes personnelles de refus, etc. Est-ce là la responsabilité de l’Ecole ?
Nous y pensions en lisant dans Libération les efforts du Conseil d’Irlande du Nord pour l’éducation intégrée afin d’accueillir les enfants d’Ulster sans distinction : « Ici, la religion n’a aucune importance. Elle n’est pas inscrite sur notre front. » Mais, sans aides, seulement 5 % des enfants de ce pays en bénéficient, en raison du refus obstiné de l’église catholique qui, autant que l’église anglicane, veut des écoles confessionnelles séparées et s’oppose au développement de ces établissements.
Tout sépare ces communautés dans la vie courante. Tout sépare dans la fréquentation scolaire 95 % de ces enfants, qui ne vivent jamais ensemble et « bénéficient » d’enseignements culturels orientés vers le refus de l’autre. Malgré les trêves politiques récentes, la radicalisation s’aggrave, avec identification respective aux palestiniens et aux juifs en Israël, nous précise Le Point.
Ces populations vivent de plus en plus isolées : « Comment voulez-vous prêcher à des enfants la tolérance si vous les élevez dans des structures séparées ? » En Ulster il y a 53 % de protestants et 44 % de catholiques, dont les enfants sont enseignés par des professeurs ayant suivi des formations différentes. Deux réseaux, deux communautés, cela n’aboutit pas à un avenir commun mais à un apartheid.
Ceux qui échappent en Ulster à la pression religieuse et qui gardent leur lucidité se rendent bien compte de la valeur intégrative de l’école laïque qu’ils expérimentent, même s’ils déplorent que le travail fait le jour à l’école soit détruit la nuit dans les quartiers. Sans cet effort il n’y a pas d’avenir commun mais ressassement sans fin, dans la haine, des affrontements du passé.
Nous bénéficions de cette école intégrative en France depuis plus d’un siècle : veillons à son amélioration pour mieux la perpétuer.
Raymond BELTRAN
le 02 janvier 2003