Elles sont chaque fois dirigées contre quelqu’un ou contre un groupe précis désigné à la vindicte publique dans le confort de l’anonymat.
Ce sont des faits sociologiquement connus et étudiés. Mais cela n’empêche pas de nouvelles rumeurs de se répandre avec succès. Chacun de nous entend chaque jour des affirmations sans fondement qu’il suffit d’analyser pour remarquer que, à part le contenu malveillant, elles ne reposent sur rien de concret.
A cause de cette part de malveillance on répète ces « bruits » et on leur donne la consistance de ce qui se dit partout. Ce qui fonde la rumeur n’est pas la vraisemblance des faits relatés. On se contente de transmettre « l’on dit », sans le reprendre à son compte, mais avec le poids de la chose admise, sans exercer aucun esprit critique : « il n’y a pas de fumée sans feu !».
Mais, nous savons bien que ce qui fonde le crédit de la rumeur est le fait que l’on noie parfois dans des procédures opaques des faits délictueux commis par des gens connus, occupant des postes importants. Cela incite à penser que « puisque tous sont pourris » c’est que tous ont quelque chose à cacher et que, heureusement, que la rumeur permet de savoir ce qui se cache !
La rumeur se combat par la transparence de la démocratie, par une justice équitable s’exerçant dans des délais raisonnables afin de ne pas laisser s’instaurer l’idée que certains sont intouchables. Sinon... la recherche de l’information, la réflexion personnelle, le refus des amalgames, tout cela disparaît devant la caisse de résonance de l’opinion publique...
Comment ceux qui acceptent si facilement les accusations répandues par la rumeur, avec la condamnation implicite qu’elles comportent, absolvent si facilement, dans des scrutins démocratiques ou dans les émissions TV populaires qui leur sont consacrées, ceux qui ont été condamnés par la justice ? Où sont les citoyens capables de raison ? Où est la morale civique ?
Raymond BELTRAN
le 14 octobre 2002