


Etre agnostique
Par raymond beltran, à 09:55 :: Religions :: #288
Thomas Huxley forma en 1869 l’adjectif « agnostique » sur la base d’un « a » privatif précédant « la gnose », la connaissance, pour désigner ceux pour qui Dieu est inconnu (Robert historique de la langue française). Un agnostique refuse de trancher sur la question de l’existence de Dieu.
Il remarque que la science ne donne pas une réponse métaphysique à la création du monde et à l’établissement de ses « lois » dont elle constate seulement qu’elles régissent l’univers.
L’esprit humain cherche ainsi une intelligence supérieure qui expliquerait la vie avec sa complexité, nous permettant de comprendre. Exigence de « croire » à quelque chose de transcendant qu’on appellerait Dieu et qui nous permettrait de savoir.
Dieu est une construction humaine. Mais d’où viendrait-il et à quoi correspondrait-il ? Problème de la poule et de l’œuf : qui a été le premier ? Si les hypothèses sur le « big-bang » initial permettent d’avancer peu à peu dans le domaine de la connaissance de la création du monde, au-delà des mythes bibliques, l’avancée dans l’explication de Dieu est nulle. Il ne s’agit là que de foi, de confiance aveugle dans une explication théologique.
La recherche scientifique n’apporte pas une solution à toutes les questions que les hommes se posent. Mais l’explication religieuse n’est que mythique, témoin d’une interrogation ancienne, diversifiée par chaque culture.
Dieu est une construction humaine, fabriquée pour rassurer, pour expliquer, sans que cela prouve de sa réalité. Il est légitime de refuser son existence. Aussi insuffisante que soit l’explication scientifique à l’aune de l’intelligence humaine, l’on doit constater qu’elle se fonde sur des observations et sur des constatations rigoureuses et non sur une construction d’explications dont l’objectif est de justifier une conclusion déjà admise et non remise en cause.
Pascal fit un pari : qu’avait-on à perdre à parier sur l’existence de Dieu ? S’il n’existait pas et qu’on y avait cru on n’avait rien perdu ; mais s’il existait et qu’on n’avait pas cru l’on avait alors tout perdu. Pari séduisant, mais en fait il ne s’agissait pas de croire ou ne pas croire à l’existence d’un dieu, mais de se plier aux injonctions d’une église résultant d’une tradition particulière.
Comment ne pas être sensible, dans notre monde ouvert, à des traditions et à des civilisations différentes de la nôtre ? Comment ne pas voir qu’à la même question de l’existence d’un Grand Horloger les réponses apportées témoignent que le questionnement est universel mais que les solutions inventées divergent ! Pourquoi la solution chrétienne serait-elle meilleure que la juive, la musulmane, la bouddhiste ou l’animiste ?
Dieu est une construction humaine. Les modalités que l’on impose en son nom aux croyants sont aussi des constructions humaines, avec des obligations, des interdits, des dogmes et des « vérités » absolues qui se sont bâtis dans des contextes historiques précis.
Voltaire a été déiste : il croyait à l’existence d’un Horloger, mais il refusait de se plier aux diktats religieux de l’Eglise catholique et il luttait contre son intolérance envers les non croyants. C’était dans un temps où le Chevalier de la Barre fut décapité parce qu’il ne s’était pas découvert au passage d’une procession.
De nos jours il y a des agnostiques qui ne croient pas à l’existence de Dieu : ils sont athées ; d’autres sont déistes, c’est-à-dire qu’ils admettent une possibilité d’existence supraterrestre, mais qu’ils ne se soumettent pas à une religion précise et à ses explications particulières. Cet agnosticisme est ouvert : il va de pair avec tolérance de ceux qui optent pour une croyance à condition qu’ils ne cherchent pas à l’imposer aux autres. L’agnostique refuse de se laisser enfermer dans une structure religieuse, exclusive des autres, qui débouche souvent sur le fanatisme et sur la proclamation de dogmes s’imposant à tous.
Les agnostiques sont tolérants, donc laïques. Ils refusent les cléricalismes de quelle religion qu’ils proviennent. Ils sont partisans de la liberté absolue de croyance et de non-croyance. Leur agnosticisme ne les rend pas amoraux, car on peut avoir une morale sans que ce soit par crainte de l’enfer, mais par dignité humaine.
Raymond BELTRAN
le 25 juillet 2002
