Les dictatures, les oppressions, les intégrismes religieux, les totalitarismes, s’attaquent en premier à la culture et à l’éducation.
Lounès Matoub représentait une culture populaire, engagée, en langue berbère (amazigue). Il n’était pas dans la norme admise par le pouvoir ni dans celle permise par les intégristes. Il était condamné à se taire et il a refusé de le faire. Comme les journalistes, écrivains, enseignants, assassinés avant lui. Comme les anonymes que l’on a continué de massacrer pour faire régner la peur.
En Afghanistan les écoles furent détruites par les rebelles afghans dès le début de leur révolte. Les Talibans de Kaboul ont poursuivi leur action. Les Inquisitions, avec les autodafés, n’ont pas procédé autrement en d’autres temps, ainsi que les fascismes et d’autres perversions politiques il y a peu.
La cohabitation, permettant la vie en société, laissant le citoyen libre de ses choix culturels, qui sont d’ordre privé, sont possibles dans une société laïque que Lounès souhaitait. Mais il dérangeait les intégristes et le pouvoir militaire algérien : il n’ avait aucune chance !
Les minorités (33 % de la population algérienne, tout de même !), ne peuvent être intégrées par la force et la répression policière. Il faut leur offrir un espace de liberté et des idéaux universels à partager, qui dépassent leur culture, sans la supprimer ni la renier. Il faut qu’elles ne se sentent pas exclues ni de la vie économique et ni de la citoyenneté.
Leçon à méditer en France aussi pour les enfants immigrés de la deuxième génération, qui ne demandent pas d’être traités à part, en communauté séparée, mais à être reconnus comme des égaux, libres de leur croyance et de leur culture.
Raymond BELTRAN
le 28 juin 2001