Il y a eu des trous de mémoire plus récents, mais aussi bien plus anciens.
Ainsi, au XIIIè siècle, il y avait en Languedoc des communautés juives dispersées, mais importantes à Carcassonne, à Narbonne, à Lunel, etc. Elles vivaient en ghetto : on disait alors des « carrieros ». Leurs membres étaient souvent lettrés. Certains étaient médecins, même assez réputés pour être consultés malgré l’interdiction canonique de le faire.
Ces juifs savaient lire et écrire non seulement l’hébreu, mais aussi souvent l’arabe et le latin, en dehors du patois. Ils possédaient des livres manuscrits en ces langues, qu’ils traduisaient.
C’est par leur intermédiaire que les enseignements d’Averroès, qui nous ont fait connaître Aristote et Platon nous sont parvenus. (Voir le film sur la tolérance « Le Défi », de l’égyptien Youssef Chahine, qui occultait, lui aussi, qu’il s’agissait de juifs). Ils nous ont transmis également les enseignements d’Avicenne, d’Al Razi et de Maimonide, avec la science médicale la plus avancée de cette époque.
Dès avant 1181, avant d’être expulsés définitivement du Languedoc en 1394, ils avaient contribué à la création d’une Ecole de Médecine à Montpellier, source de la Faculté future.
Ces juifs oubliés cohabitaient avec les « cathares ». Ils ont marqué culturellement leur temps. Après avoir été obligés, par le concile de Latran de 1215, de porter un chapeau jaune afin de bien les distinguer des autres, seraient-ils encore exclus de cette histoire locale que certains revendiquent si fort ?
Raymond BELTRAN
le 09 novembre 2000