


Antisémitismes
Par raymond beltran, à 11:10 :: République :: #369
Une querelle entre intellectuels s’est développée à propos du retrait de la vente d’un livre récent. Ce livre dénonçait la présence d’un nombre important de juifs dans une émission de radio : il en donnait la liste exhaustive.
Certains n’y ont vu qu’un acte de censure. D’autres se sont inquiétés de la résurgence de certaines méthodes, visant l’appartenance à une religion ou à une communauté, bouc émissaire des tares dénoncées.
Sous l’apparence formelle d’une querelle entre « tolérants » et « intolérants », entre liberté de pensée et censure, apparaît un fond inquiétant : la mise en cause d’une communauté dont les membres seraient porteurs d’un péché originel, devenant alors l’archétype des défauts qu’on leur attribue collectivement, comme des tares congénitales.
Dans un passé récent, de sinistre mémoire, ce procédé a déjà été utilisé : cela a été des listes de francs-maçons publiées au J.O. et reprises par la presse, qui les désignait ainsi à la vindicte publique, comme porteurs de tâches d’infamie ; cela a été des campagnes anti-juives, avec reprise de vieux fantasmes, qui ont « justifié » les pogroms, allant jusqu’aux camps d’extermination nazis.
L’antisémitisme s’attaque tantôt aux juifs, tantôt aux arabes. Il se nourrit d’amalgames, attisant la haine populaire.
Notre République ne considère que les individus, avec leurs droits et leurs devoirs, sans considération d’une appartenance ethnique ou religieuse, souvent factice. Vouloir intégrer chacun dans un cadre accusateur c’est lui enlever la possibilité de libre choix de sa destinée et le réduire à être un jouet d’un fatalisme qui l’entraînerait aveuglement comme élément passif d’un ensemble communautaire.
Notre République a toujours refusé ces réductions qui ne sont qu’une forme de racisme.
Raymond BELTRAN
le 22 juin 2000
